À vos marques, prêts, partez !
Sport et rock’n’roll n’ont pas un historique commun très nourri, tant les excès et la transgression ont souvent nourri la légende de la musique du diable plus que l’eau de roche et la philosophie « esprit sain, corps sain », mais les choses changent, et le festival parisien s’en est très bien sorti en enfilant le survêtement pour son édition de rentrée placée sous le signe des JO, avec passage de la flamme olympique sur la grande scène et une expo photo mettant face à face sportifs en plein effort et artistes en transe sur scène. LCD Soundsystem vs Leon Marchand ? Le clin d’œil était surtout bien vu sur l’idée de communion du public autour de ceux qui nous procurent des émotions fortes. Feel good ambiance olympique donc et fréquentation record pour les 20 ans de Rock en Seine (182 000 spectateurs). Voilà non pas un bilan des médailles mais quelques-uns des temps forts :
LCD Soundsystem au top de sa forme

LCD Soundsystem (c) Christophe Crénel
Autant tout de suite frapper fort avec LCD Soundsystem. Le groupe new-yorkais a signé un retour en live tonitruant cet été (voir l’article sur l’énorme concert déjà à Beauregard). Jamais le groupe new-yorkais n’a semblé aussi épanoui et le concert de clôture de Rock en Seine a été à la hauteur des attentes. James Murphy et ses comparses ont délivré des versions furieuses de “Dance Yrself clean”, “Losing my edge” ou “I can Change” avec une formation de feu, notamment l’excellent guitariste Al Doyle, et un travail sur les visuels, arty à souhait, pour finir de nous embarquer dans cette grand-messe no wave électronique et dansante.

The Kills (c) Christophe Crénel
Parmi les têtes d’affiche très rock de cette année, pas de surprise mais un show toute crinière dehors pour The Kills, avec riffs griffus et feulements sensuels pour le duo anglo-américain qui peine un peu à se renouveler. Pour le reste, on guette toujours le sourire de Franck Black, mais le set bourru des Pixies a semblé contenter les fans, tout en permettant de découvrir leur nouvelle CDD à la basse : Emma Richardson. La nostalgie tenait une bonne place lors de cette édition avec la foule des grands jours et un accueil euphorique pour The Offspring, Madeleine de Proust rock pour ceux et celles qui, ados, ont agité la tête sur les hymnes skate punk du groupe californien. Très bonne surprise en live avec un charismatique Dexter Holland chantant bien plus juste qu’au milieu des années 90, aux côtés de son complice guitariste Noodles, et une petite reprise bien sentie de “Blitzkrieg Bop” des Ramones pour agiter les premiers rangs.

Maneskin (c) Christophe Crénel
Restait aussi l’énigme Maneskin, ce groupe italien devenu en 3 ans un blockbuster de la scène rock mondiale après sa victoire à l’Eurovision. Scepticisme balayé par la puissance du show. Ça joue très bien, avec un cocktail sexy d’entertainment et d’hymnes rock mâtinés de flow rap, façon Red Hot Chili Peppers. Ajoutez un chanteur tatoué ténébreux, un guitar hero androgyne et une sulfureuse et très bonne bassiste et vous obtenez un live d’une redoutable efficacité. Mais, sur cette planète électrique, le groupe qui, sans contexte, a retourné la pelouse du Parc de Saint-Cloud, c’est The Hives. Pelle, son chanteur s’est un peu empâté sous le costume, mais quelle énergie contagieuse, quel sens du riff. « La France est exceptionnelle ! » Le leader du groupe suédois a fait les gros yeux, bondi, s’est amusé à parler en français entre 2 bombes garage rock. Réjouissant. Et je n’oublie pas dans ce panorama des agités du bulbe une mention spéciale pour Franck Carter & The Rattlesnakes. Déjà 5 albums au compteur pour les jeunes punky boys anglais dont le show repose en grande partie sur la performance de son chanteur, corps tatoué et joyeuse tignasse rousse qui n’a pas hésité à plonger la tête la première dans la foule, non sans avoir fait le bonheur de son public féminin en demandant, dès les premiers titres, qu’un Mosh Pit permettent aux filles de se mêler à la fête.

Psychotic Monks (c) Christophe Crénel
Puisqu’il est question d’inclusivité, forcément un mot aussi sur le concert flamboyant de The Psychotic Monks, groupe français depuis longtemps engagé pour la défense des minorités sexuelles. Le live sur la scène du Bosquet était fou, psychédélique, bruitiste et d’une formidable liberté. Le rock peut encore se montrer imprévisible.
Bonne occasion pour saluer la performance de Ménades, jeune groupe parisien porté par le chant et le charisme d’Eva, brûlante égérie de ce groupe à l’esprit punk, farouchement féministe qui prépare son premier album, avec textes en français. Il y a du Nina Hagen dans le côté incendiaire et iconoclaste de Ménades dont le nom fait référence à des femmes sauvages accompagnant Dionysos dans la mythologie grecque.
Atmosphère, atmosphère

PJ Harvey (c) Christophe Crénel
Évidemment, quand on commence à parler mythologie, apparaît la silhouette de la grande prêtresse PJ Harvey dont la déco de scène était constituée de quelques meubles, comme échappés du tournage de Game of Thrones. Elle-même portait une longue robe ornée de branches d’arbre. Après une mise en bouche aux accents folk mystiques, c’est heureusement un répertoire plus rock qui attendait le public avec une Polly Jean empoignant avec panache sa Jaguar Fender pour interpréter ses classiques devant des fans transis.

Massive Attack (c) Christophe Crénel
La communion, c’est aussi celle à laquelle nous a habitués Massive Attack depuis la naissance du groupe de Bristol, au milieu des années 90, avec ses rythmiques lourdes et hypnotiques. Depuis quelques années, la politique a pris une place importante dans le show, trop pour certains se plaignant d’être submergés par les slogans cryptiques qui s’affichent en fond de scène sur les écrans géants. 3D portait son brassard Palestine et tous les combats qui sont les siens (anticapitalisme, anticolonialisme, écologie, crise des migrants, conflits en Ukraine ou à Gaza) ont fait irruption sur le fond de scène au cours de ce live aux allures de son et pénombre, avec la participation d’Horace Andy, Daddy G et Liz Fraser, la chanteuse des Cocteau Twins.
Les OVNIs
Forcément, sur un grand festival comme Rock en Seine, on vient voir les têtes d’affiche mais on vient aussi pour se laisser surprendre. And the winner is Loverman ! Grand numéro entre chanson, esprit punk et cabaret. Cet incroyable artiste belge a terminé son live joyeux et hirsute en traversant la foule sous une pluie fine avec son trombone pour ne plus jamais revenir.

Lucky Love (c) Christophe Crénel
Révélation également avec Lucky Love, encore du love. Quelques jours avant de devenir une des sensations de la cérémonie d’ouverture des JO Paralympiques, ce jeune artiste, acteur, danseur français aux faux airs de Freddy Mercury a mis le smile à l’assistance tout en faisant passer une onde sensuelle avec sa soul pop discoïde teintée de chœurs gospels.
Difficile évidemment de résumer 5 jours d’un festival, dont on ne peut voir tous les concerts. J’en termine quand même avec quelques flashs qui vont nourrir de bonnes ondes tous ceux qui les ont vus en live à Rock en Seine. On se serait cru dans un magasin de luminaires devant le concert de Soulwax, avec ses 3 batteurs suspendus sur des plateformes noyées de lumière, des rythmiques folles, à la fois électro et organiques avec de gigantesques synthés comme sortis d’une usine de Metropolis. Réjouissant aussi le flow plein de poésie et d’humanisme de Kae Tempest, la disco débridée de Roisin Murphy avec sa panoplie de costumes délirants ou la soul teintée de jazz du bouleversant Sampha, sans oublier mon coup de cœur pour le duo belge Charlotte Adigery et Bolis Pupul, synthétique et dansant, soul, disco et expérimental, une aventure sonore que l’on verrait bien en première partie d’une reformation des Talking Heads. L’an prochain ?
Texte et photos : Christophe CRENEL




























































