Printemps de Bourges

50 ans et toutes ses dents !

 

Édition historique qui ouvre le calendrier des festivals de l’année, le Printemps de Bourges a montré qu’il avait toujours de l’appétit pour la nouveauté avec ses créations et ses Inouïs. Petit tour d’horizon des acteurs de l’édition 2026 qui ont fait vibrer nos antennes.

 
Dominique A et Ph. Katerine (c) Christophe Crénel

 

Difficile d’être partout à la fois et ce résumé se veut surtout un éclairage sur quelques concerts et artistes qui ont eu le mérite d’apporter une électricité singulière aux différentes scènes du festival. D’abord merci le soleil qui, si l’on en croit Laurent Voulzy, donne des couleurs aux gens mais rend aussi intelligent. Parenthèse pleine de vitamine D entre 2 concerts qui a sans doute ajouté sa touche de smile à l’édition. Pour rester sur cette note joyeuse, mention spéciale pour la création imaginée autour de l’amitié entre Dominique A et Philippe Katerine. Accompagné d’un violoncelliste et d’un clavier, les 2 complices nous ont embarqué dans un récit truculent qui débute par leur première rencontre dans un concert en Vendée en 1991. Dominique A jouait dans un groupe de post punk pendant que Katerine servait au bar. Coup de foudre artistique qui va se poursuivre par une correspondance que les 2 artistes vont rejouer sur scène avant d’interpréter à leur façon les chansons de l’autre. Drôle, émouvant, inventif, cocasse, furieux comme cette version raide de “Louxor, j’adore” lancée par Dominique A toute guitare nerveuse dehors. Cette amitié musicale nous transporte aidée par la narration et les vidéos du grand complice Gaëtan Chataigner (ex Little Rabbits et La Secte Humaine qui accompagnait Katerine en tournée). Il n’y aura paraît-il pas d’autres concerts du duo avec ce spectacle. Mais on se prend à rêver d’une tournée avec bien sûr escale à Nantes et en Vendée.

 
Sam Sauvage (c) Christophe Crénel

 

Il a fait la couverture de Longueur d’Ondes, mention spéciale une fois de plus pour Sam Sauvage, qui confirme, concert après concert, sa formidable aisance sur scène, sorte de fou chantant qui aurait digéré aussi bien Brel que les Talking Heads. Son live est d’une folle générosité et ses hymnes ont ce pouvoir de créer du lien et une onde positive, même sur des sujets graves, ce qui n’est pas de refus. Sa sincérité et cette facilité à communiquer ses émotions établissent tout de suite la connexion avec Zaho de Sagazan. Pas un hasard si les 2 s’apprécient.

 
Slift (c) Christophe Crénel

 

Passons enfin par le 22, les salles jumelles qui font tout le piment du Printemps de Bourges. On quitte une salle pour se précipiter vers la voisine. 2 salles, parfois 2 ambiances et un joli bain de foule notamment pour découvrir les Inouïs, les jeunes pousses qui pourraient bien remplir des salles plus grandes dans les années à venir. Coup de cœur pour le Rémois Thomas Schmahl, longiligne et inclassable songwriter pop qui présente ses chansons comme de petits films, des titres funambules plein d’humour noir évoquant autant Tati que le surréalisme. Sa lecture pleine de poésie évoque son petit monde, l’usine à côté, sa maison, la voiture, parfaitement servi par sa formule trio avec, derrière sa silhouette pâle et ses improbables chorégraphies, d’imparables lignes de basse, des programmations et de petites percussions. Good vibes aussi en découvrant le charismatique Mercure Nitro, cybercrooner et personnage de cartoon, maître de la punchline, qui tient la scène avec panache sur ses rythmiques électro-punk à l’humeur maussade et attendrissante. Incroyable voix aussi que celle de CJ Beth. La Nantaise possède le timbre rauque, la puissance et le tempérament bouleversant d’une Lola Young. Hâte de voir la formule gagner encore en singularité. En ce qui concerne les affiches rock du festival, pas de révélation fracassante en l’absence du groupe suédois Boko Yout qui a planté le festival au dernier moment, mais la confirmation du pouvoir hypnotique de The Haunted Youth en mode shoegaze, la fougue joyeuse du duo dijonnais Cutting Corners en tenue de hockeyeurs. Et bien sûr énorme déflagration pour l’apparition du groupe Slift. Un vrai volcan. Le groupe toulousain envoie le feu, un tourbillon de métal et de psychédélisme avec les frangins Fossat penchés sur leurs guitares pendant que Canek Flores drive le chaos derrière les fûts de son énorme batterie. Pas de calcul, pas de format. Exutoire !

 

Texte et photos : Christophe CRÉNEL