Ange

Un Ange Passe

 

Christian Décamps a tiré sa révérence scénique mais Ange poursuit sa route. Son nouvel album Cunégonde est une vraie réussite. Entretien avec Tristan Décamps.

 

 

Avec Cunégonde, son nouvel album sorti sur Art Disto, Ange poursuit un chemin qui fait de ce groupe un combo tellement à part dans la scène française. Ce disque reste d’une certaine façon du rock progressif mais repensé avec une approche moderne du son : « En 2020 on avait déjà l’idée de faire un nouvel album d’Ange avec les autres musiciens du groupe. Mon père écrivait des textes pour le disque. Il en aura écrit six au total. On a eu l’idée de faire un disque qui soit du Ange classique mais qui aille aussi vers autre chose. L’album a toujours un côté prog forcément. Ce disque est évidemment plus proche du rock progressif que du rap mais l’univers d’Ange est très vaste et ne serait être réduit au rock progressif. On a essayé de ne pas s’enfermer dans une temporalité » nous confie Tristan Décamps qui a pris avec brio la succession de son père.

 

Si Christian Décamps pouvait être agacé que les médias n’aient pas plus de considération pour son groupe qui a pourtant traversé les styles et les modes en innovant et en se réinventant sans cesse, son fils semble moins agacé que son père par ceux qui ne jurent que par le Ange des débuts : « Je comprends la réaction de mon père et je comprends également le public qui vient nous voir pour entendre nos vieux morceaux. Je suis très respectueux du Ange des débuts mais sans être nostalgique. Nous marions dans nos shows vieux et nouveaux titres. Il est important de jouer les vieux morceaux. “L’hymne à la vie” est un titre intemporel. Il serait idiot de ne pas le jouer. »

 

Ange a, il est vrai, continué de sortir des disques intéressants après sa période prog et culte comme ce Guet-Apens dont le groupe continue de jouer des extraits sur scène : « J’ai toujours eu une attache particulière pour cet album. Je me souviens du moment où le disque est sorti. Dans le clip de “Réveille-toi” on voyait ma mère et mon père avant qu’ils ne se séparent et moi enfant. C’est un disque qui aurait mérité d’être plus soutenu par les médias en son temps. »

 

Ange a suivi sa route et si les médias ont pu les bouder, le public, lui, est resté fidèle : « On a un public composé de plein de couches sociales différentes. Il y a aussi bien des agriculteurs que des ingénieurs. Mon père avait un côté très fédérateur. On considère notre public comme un membre à part entière du groupe. Cela explique sans doute la longévité de Ange. »

 

Le combo a aujourd’hui cinquante-cinq ans d’existence et Tristan fait partie de cette aventure depuis trente-cinq ans : « Il est rare qu’un groupe dure aussi longtemps. À part nous il n’y a guère que Magma qui soit là depuis aussi longtemps dans l’Hexagone. J’aime d’ailleurs beaucoup ce groupe et sa musique si exigeante. »

 

Entrevue : Pierre-Arnaud JONARD – Photo : Thierry TONNEAUX