Vitré (35), 19 et 20 juillet 2025

Les organisateurs du Very Rock Trip festival ont décidé de rallumer un feu que l’on croyait éteint à Vitré : celui d’un festival de rock capable de parler aux corps et aux foules. Dans un univers économique particulièrement concurrentiel, exister est une vraie gageure. Proposer du rock à l’heure des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle est-il une bonne idée ? Malgré un sentiment d’uniformisation, la scène rock internationale est d’une étonnante vitalité. Un courant qui a toujours permis d’être un espace de création, d’insolence et de refus obstiné des règles.
Quoi de semblable entre les Américains de Killer Kin, les Australiens de Bad Bangs, les Japonais de Guitar Wolf et les Français de Dynamite Shakers, sinon cette inextinguible envie de créer et d’affiner son goût pour la liberté ? Amplis à fond, maîtrise instrumentale hors pair, ces musiciens remettent en selle les riffs sacrés du rock. En s’affranchissant des formats initiaux (et de la bienséance), ces formations font souffler dans les esprits un vent de révolte qui vient bouleverser les normes en vigueur, qu’elles soient culturelles, politiques ou sociales. Les publics du rock se segmentent parfois mais se retrouvent avec bonheur autour d’un projet solide. Ajoutez à cela une organisation sans faille, un lieu atypique, des tarifs accessibles, et une programmation audacieuse, vous obtiendrez la première édition du Very Rock Trip.
Ici pas d’écran géant, ni de kiss-cam. Rien que de l’authentique (et de la galette-saucisse). Se moquer de plaire à tout prix devient une évidence. Il faut exister coûte que coûte. Sur scène, les Rennais de FOOD FIGHT et les locaux de XARPI nous dessinent la bande-son des années à venir avec un talent certain. BAD BANGS et ST. MORRIS SINNERS viennent d’Australie. Deux concerts incendiaires entre rock garage et pop rock pour les premiers et rock alternatif dépoussiéré pour les seconds (avec un chanteur disciple d’Henry Rollins).
La pluie ne semble être qu’un lointain souvenir quand surgit sur scène (et dans les enceintes) ACID TONGUE. Avec un chanteur-guitariste charismatique (et un batteur au dessus du lot), leur univers rock mâtiné d’influences sixties plaît au plus grand nombre. À l’applaudimètre, cela ne trompe pas. En convoquant les fantômes des MC5 et des Stooges d’Iggy Pop, KILLER KIN dépoussière le terrain et nous embarque direct dans les nuits chaudes de Detroit. Autant vous dire que ça sent le souffre, la dope et l’alcool bon marché.
Un virage à 100% ensuite avec le quatuor californien de THE SNARES. L’impression de prendre en pleine face un parpaing m’a traversé l’esprit. Leur mélange de rock psyché et de post punk mettrait à terre n’importe quel premier communiant. Le trio montpelliérain de THE TAZMEN n’a pas perdu son humour (et sa contrebasse). Leur set, enjoué et fédérateur, me paraît trop court. Un vrai coup de pied dans les conventions et une musique ultra communicative (à classer entre les Happy Drivers et les Meteors).
On dit que le rock est aussi une affaire d’attitude. Ce ne sont pas les Japonais de GUITAR WOLF qui me diront le contraire. En surfant sur quelques notes, ils arrivent, sans trop de mal, à nous embarquer dans leurs aventures. La bonne humeur est de rigueur. On leur pardonne même d’avoir massacré au passage « Summertime Blues » d’Eddie Cochran.
Penser que rien n’a changé pour eux serait une erreur. En additionnant les dates, les membres de DYNAMITE SHAKERS ont pris du galon. En clôture de festival, les Vendéens étaient à leur place. Avec des influences d’une autre époque, ils ont su respecter à la lettre un lourd héritage, tout en s’approchant d’un style bien à eux. On est en bonne compagnie et on se dit que la rumeur les concernant n’était pas usurpée. À revoir au plus vite.
Imperméables à l’agitation, les nombreux bénévoles ont été extraordinaires du début à la fin et sont mêlés parfois aux festivaliers. Cette musique âpre et bruyante qui nous rassemble tous est une vraie bénédiction. Vous l’aurez compris, la cité médiévale de Vitré était à la fête ce week-end là. La Bretagne est une terre de festival, un terreau fertile qui a vu naître des vocations (avec un dynamisme associatif hors norme). La région est touristique, et c’est un fort levier pour toutes les manifestations. Nul doute que le Very Rock Trip arrivera à fidéliser un public de connaisseurs (et de curieux). Un grand merci à Universcene, au Very Rock Trip festival, et à Jean-Michel pour l’accréditation. À l’année prochaine. Kenavo !
Texte : Arno Jaffré – Photo : Anthony Leforestier
























