Caprices de Rock Stars
Iéna Editions
197 pages- 22 euros
À peine close sa trilogie Rock Stories où il recensait à chaque volume, les faits d’armes – glorieux ou non – de nos rock stars préférées, que Laurent Charliot nous emmène désormais backstage. Point de sexe, drogues et rock’n’roll qui viendraient bis répétiter les ouvrages précédents, mais 100 focus sur les caprices des stars du rock et de la pop avant et après leur montée sur scène. Le lecteur y retrouve la prose avenante de Charliot, l’examen méticuleux des Riders, ces notes de service des artistes listant leur désidérata pour, au choix, faciliter leur concentration, inspiration, attirer de bonnes ondes ou se détendre avant un concert, certaines d’entre elles pouvant dépasser les 45 pages ! (Katy Perry)
S’il est normal d’imaginer que musiciennes et musiciens qui passent leur vie sur la route aspirent à ne pas dormir dans des gourbis infestés de rats et de cafards après avoir dégueulé tripes et boyaux d’une intoxication alimentaire, s’il est concevable qu’une loge bien amenée permet de lutter contre le mal du pays et la solitude sur la route, la lecture de l’inventaire de Charliot laissera dubitatif : si les Riders sont les extensions des personnalités de leurs auteurs (celles surréaliste d’humour dada d’Igyy Pop, soucieuse du bien-être animale (McCartney), énigmatiques (NIN et Marilyn Manson)), d’autres révèlent tout simplement l’égo hypertrophié d’artistes ayant perdu le sens des réalités et, plus gravement, du respect des autres, ces petites mains qui en coulissent doivent s’affairer pour satisfaire ces majestés sous peine d’annulation de leur show.
Car comment imaginer le stress des équipes techniques devant souvent au dernier moment, créer en loges un étang avec des carpes Koï (Eminem), sculpter les glaçons à la main pour étancher la soif de Beyoncé avant qu’elle n’aille aux toilettes se torcher avec du papier obligatoirement rouge, quand Axl Rose exige des melons carré trouvables seulement en Asie (!), que Metallica demande une limousine pour les 30 mètres qui séparent la scène des coulisses, qu’Elton John réclame jet privé et hélicoptère sans que personne n’ait le droit de le regarder, que Mötley Crûe exigeait des serpents et des mitraillettes au temps de sa grandeur quand Prince requerrait qu’on lui construise une maison de cinq pièces à proximité de l’O2 Arena de Londres dont les mesures devaient être respectées au centimètre près.
Accompagné par les illustrations toujours physionomistes d’Edwige Dupont, le lecteur parcourt ce top 100 à la fois amusé et affligé. Il se dit qu’une fois sur scène, la plupart de ces artistes prônent la paix la paix dans le monde, la défense de l’environnement et combattent les injustices en se comportant ailleurs en petits parvenus autoritaires. Seul, parmi tout ce catalogue de parfaits faquins, Stefan Eicher sauve l’honneur en nettoyant sa loge avec les équipes techniques !
Bruce TRINGALE