Orwell

Orfèvre pop Jérôme Didelot, leader d’Orwell nous offre aujourd’hui une superbe relecture de Simple Minds avec ce très beau Simple Minded. Un disque qui plaira tant aux fans des Ecossais qu’à ceux d’Orwell. Entretien.

 

 

Tu as découvert Simple Minds vers tes quatorze ans, c’est bien cela ?

 

Effectivement. J’avais des grandes sœurs qui m’ont permis de découvrir plein de trucs. Elles étaient ma source d’info, tout comme Feedback de Bernard Lenoir sur France Inter et les Enfants du Rock. J’ai découvert Simple Minds par Lenoir d’ailleurs. J’allais ensuite écouter les disques à la Fnac de Metz le samedi après-midi. Au collège il y avait un garçon, Olivier qui avait le maxi de “Speed your love to me”. On est devenus potes et on a fait un groupe ensemble. On a fait quelques morceaux sous influence Marc Seberg. On est restés amis. Lui est devenu graphiste et vient d’ailleurs de faire la pochette du disque.

 

Tu as redécouvert Simple Minds récemment ?

 

Je n’ai pas arrêté de les écouter, en fait. Les gens qui aiment ma musique ne se doutent sans doute pas que j’aime Simple Minds. La pop sophistiquée, les maitres à penser ce sont Bowie, les Beach Boys, les Beatles. J’ai lu ce super livre sur Simple Minds, Themes For Great Cities, qui explique bien l’alchimie qui existait dans ce groupe. Il y avait un côté un peu provocateur de ma part à faire un disque de reprises de ce combo un peu rejeté de la part de l’intelligentsia musicale.

 

Ce que j’ai trouvé étonnant dans ton choix c’est de faire des reprises de trois albums de Simple Minds qui se suivent mais sont très différents les uns des autres : Sons and Fascination/Sister Feelings Call qui est encore le Simple Minds arty, New Gold Dream celui de la new-wave flamboyante et Sparkle In The Rain le début du groupe taillé pour les stades.

 

Je ne l’ai pas fait exprès. Je suis allé vers les titres pour lesquels j’estimais que je pouvais apporter quelque chose. Je n’avais pas envie de reprendre les tubes. Cela n’aurait pas eu de sens de faire “Mandela Day”, “Alive and Kicking”, “Don’t You (Forget About me)”. J’aurais pu reprendre des morceaux de Real to Real Cacophony mais j’ai lié mon expérience personnelle à mes souvenirs d’écoute d’adolescence du groupe.

 

Il n’y a pas non plus de reprises de morceaux de Empires and Dance.

 

J’aurais eu du mal à reprendre des titres de ce disque par rapport à sa production si particulière.

 

Dans la bio, on dit que tu ne reprends que des morceaux obscurs d’eux mais  “Speed Your Love to me” est quand même un titre assez connu. »

 

C’est un morceau assez dingue. Il se passe plein de choses dans ce titre. C’est un morceau un peu connu, c’est vrai, mais je ne pense pas que le grand public le connaisse très bien.

 

Tu aimes cet album Sparkle In the Rain ?

 

Oui j’aime beaucoup ce disque. Les singles qui en sont tirés sont fabuleux : “Waterfront”, “Up on the Catwalk” et “Speed your love”. La face B ressemble un peu trop à une demo, par contre.

 

Cela fait plus classe de reprendre Joy ou Depeche Mode mais toi tu as été vers Simple Minds. Tu n’as pas hésité ?

 

Absolument pas même si ça a surpris les gens. Quand j’ai annoncé ce projet à un ami journaliste il m’a dit « Jesus Marie Joseph ».

 

Est-ce que tu as fait ce disque pour les fans de Simple Minds ?

 

Pas du tout. D’autant plus que ça sonne proche de ce que je peux faire avec Orwell. Je me suis fait plaisir en faisant ce disque. Je suis arrivé à cette sublimation mentale que j’avais par rapport à ce groupe. Dans la forme je suis un musicien éloigné de cette musique mais elle m’a construite. La new wave, le post-punk m’ont désinhibé.

 

Tes reprises restent fidèles à Simple Minds mais tu les transcendes.

 

Avant New Gold Dream Simple Minds était dans la rugosité. “Love Song” avait bien marché en Australie mais c’est tout. Ils faisaient peu de concessions au niveau stylistique. Les premiers Simple Minds c’est hyper osé au niveau musical.

 

Je me rends compte que tu connais très bien ce groupe.

 

Oui j’écoute toujours leurs disques avec plaisir. Je n’écoute pas trop ce qu’ils ont fait après Sparkle in The Rain par contre.

 

Un album de reprises : c’est une petite parenthèse dans ta carrière ?

 

Tout à fait. Avec Orwell je suis mon propre producteur. Cela prend du temps et demande beaucoup d’énergie. J’ai fait deux projets récréatifs, Son Parapluie et celui-ci et cela m’a redonné beaucoup de foi dans ce que je fais.

 

Tu dis Simple Minds, ce groupe mal aimé, mais ils ont toujours été un groupe apprécié quand même.

 

Je ne crois pas qu’il y ait un seul article des Inrocks sur eux par exemple. Pour cette presse c’était un groupe de stade et pourtant Lenoir en parlait. Il y a un gros malentendu sur Simple Minds. Ils ont commencé comme un groupe presque expérimental qui a viré ensuite vers des titres grand public. Il y avait d’autres groupes à cette époque comme Prefab Sprout ou Pale Fountains qui sont dans la lignée de ce à quoi j’ai toujours aspiré, des groupes avec lesquels il y a une vraie filiation. Simple Minds c’était moins évident.

 

Propos recueillis par Pierre-Arnaud JONARD // Photo : Thierry BELLIA

 

Simple Minded – Europop 2000