Krakatoa (Mérignac, 33), 22 novembre 2024
Pour l’une de ses dernières dates avant une grande rénovation qui devrait durer quelques mois, le Krakatoa proposait en ce vendredi une affiche bien alléchante avec, au programme, les régionaux de l’étape, Opinion, et les Rouennais de MNNQNS venus présenter non pas un album, mais un spectacle – Mothership – que l’on était impatients de découvrir après les excellents échos reçus de leur prestation à Paris à La Maroquinerie.
À vingt heures trente, les quatre Bordelais d’Opinion montent sur scène, mais malheureusement rien ne va se passer comme prévu, tout du moins au début. Hugo Carmouze, leader et guitariste de la formation, multiplie les déconvenues avec son matériel qui refuse d’émettre le moindre son. Tests de cablage, de guitare, de pédales d’effets sont alors nécessaires pour trouver l’origine de la panne.

Après 25 minutes, ayant renoncé à utiliser son pedalboard visiblement cause de tous les soucis, la guitare, directement branchée à l’ampli, finit par résonner dans la salle de Mérignac. Aucunement découragés, même si contrariés de ne pas pouvoir faire le set avec le matériel adéquat, les 4 musiciens livrent une prestation toute en énergie. Derrière leur musique entre indie rock et noise pop, des influences musicales se dessinent assez nettement, il suffit d’ailleurs de regarder sur quoi joue le deuxième guitariste : une Fender Jaguar modèle… Kurt Cobain. On redemandera néanmoins à revoir le groupe qui sort le 6 décembre prochain un nouvel album, Troisième Opinion, dans des conditions normales.

Après un changement de set-up mené tambour battant (il y avait un peu retard à rattraper), l’on découvre la scène préparée pour les MNNQNS : un micro de chaque côté, près de l’un desquels sont posés les deux saxophones de Raphaël Quenehen, au milieu de la scène un clavier (Félix Ramaën) et, sur un deuxième niveau en retrait, à gauche des synthétiseurs (Hugo Van Leene), à droite la batterie (Grégoire Mainot) et au milieu, un appareil étrange, sans doute haut de plus d’un mètre, habillé de dizaines de diodes de couleurs sur lequel on peut lire : Nautilus, opéré par Robin Plante. C’est le centre du dispositif, un synthé analogique autour duquel le projet a été construit. Même si le visuel de l’affiche était claire, les spectateurs qui seraient venus pour écouter des titres des 2 albums des Rouennais en auraient été pour leurs frais, ce soir c’est Mothership, pièce musicale d’une heure et demie qui sera jouée, et ce sans aucune pause.

Dès le début, on rentre dans un univers fascinant (Adrian d’Épinay dit avoir été inspiré par le monde rétrofuturiste de Phantom of the Paradise) au milieu duquel les synthés font le job, parfaitement secondés par le saxophone et la batterie (si tous les musiciens livrent une prestation de très grande qualité, mention spéciale pour Grégoire époustouflant derrière ses fûts), alors que les guitares ont elles été laissées dans leurs étuis. Au centre, trône Nautilus qui attise la curiosité avec ses lumières qui se détachent du décor noir, et dont la conception et la fabrication par Robin Plante ont été le déclencheur de la création musicale présentée ce soir. Plus qu’un concert, c’est à une expérience immersive à laquelle le groupe invite les spectateurs, il y a quelque chose de fascinant à regarder les 6 musiciens dispersés sur la scène jouer comme un véritable orchestre, mené par Adrian au chant, plus inspiré que jamais.

Nappes de synthés, batterie omniprésente, pièces au saxophone, le groupe va là où on ne l’attend pas, casse les codes, étonne, émerveille. Ça rappelle Franck Zappa, David Bowie mais aussi et surtout les premières années de Pink Floyd, celles de “Interstellar Overdrive” et de Piper at the Gates of Dawn. Certes, les mannequins ne sont pas encore au niveau de leurs ainés pré-cités, mais ils ont en commun avec eux d’oser s’aventurer hors des sentiers battus pour une proposition musicale tout à fait inédite qui fait un bien fou en comparaison de productions malheureusement trop souvent prévisibles. Pendant 90 minutes, c’est un véritable spectacle qui se déroule sous nos yeux, avec de longues plages musicales, entrecoupées de moments durant lesquels Adrian vient poser sa voix avant de disparaître pour laisser les autres musiciens dérouler leur partition. Sans aucune pause pendant les morceaux, Mothership captive l’audience jusqu’au final en apothéose. La performance ne se raconte pas, elle doit se vivre.

Un peu groggy, on se demande alors ce qui vient de se passer, comme soudain revenus d’un voyage qui nous aurait emportés dans un autre monde, dans un vaisseau commandé par un équipage de 6 hommes en noir, et dont le cœur du réacteur aurait été un synthétiseur analogique venu d’une autre galaxie.
Chez Longueur d’Ondees, on savait que MNNQNS était l’un des groupes les plus importants de la scène française. Sur ce que l’on a vu ce soir, ils prouvent qu’ils ont encore un potentiel énorme, et sans nul doute toutes les armes pour aller conquérir les foules au-delà de l’Hexagone. Si le vaisseau Mothership passe près de chez vous, oubliez tout ce que vous savez des concerts de rock et foncez sans aucune hésitation !
Texte : Xavier-A. MARTIN – Photos : Jessica CALVO












