Alexandre Higounet
Alexandre Higounet n’en est pas à son coup d’essai au sujet de Pink Floyd, sur lequel, ouvrage après ouvrage, il pose un regard inédit, en l’analysant sous l’angle de ses composantes individuelles. Le groupe anglais est en effet de ceux dont la musique est le fruit presque miraculeux d’une addition de personnalités, de talents et de visions artistiques différents, pour ne pas dire divergents. Après Pink Floyd – Which One’s Is Pink?, qui mettait justement en lumière le rôle de chaque membre et en particulier du claviériste Rick Wright, et Pink Floyd &Syd Barrett, qui s’intéressait à l’impact persistant de l’éviction et de la déchéance du fondateur du groupe, l’auteur se penche cette fois sur l’élément le plus saillant des relations interpersonnelles au sein de Pink Floyd : l’antagonisme de Roger Waters et David Gilmour. Tout en précisant que l’évolution de la musique du groupe ne peut s’expliquer à travers le seul prisme de cette relation, Alexandre Higounet montre combien celle-ci « offre une clé de compréhension importante », tant la vision artistique respective du bassiste et du guitariste, leurs caractères antinomiques et leurs rapports de force dans la partition du pouvoir orientèrent les directions prises par chaque album. Pour cela, il déroule l’histoire des deux musiciens et du groupe, de leurs années d’enfance à aujourd’hui, pointant et analysant minutieusement les racines, l’expression et les impacts de leurs divergences, tant humaines qu’artistiques. Quiconque se passionne pour ce qui reste un des plus grands groupes de l’histoire du rock suivra avec intérêt cette véritable enquête que l’on sent elle aussi guidée par la passion. Sans jamais prendre parti pour l’un ou l’autre, le propos étant au contraire d’exposer des raisons et des torts partagés (et de rétablir la vérité sur l’apport de chacun à l’identité sonore de Pink Floyd), Alexandre Higounet déroule les fils de deux parcours qui ne pouvaient se côtoyer sans friction. Partant de Cambridge où les deux musiciens ont passé leurs jeunes années sans se croiser malgré des amitiés communes (à commencer par celle avec Syd Barrett), il retrace, album après album, les indices de leur inimitié et ses répercussions dans la trajectoire floydienne, appuyant sa démonstration sur des citations des intéressés, des autres membres du groupe, de son entourage et de journalistes, sur une étude musicologique, des analyses de textes, des éléments biographiques et psychologiques… Même s’il pose sur les faits une « grille de lecture » (selon ses propres termes) parfois très personnelle qui présente « le danger d’une rationalisation a posteriori » (en particulier lorsqu’il se livre à des interprétations de textes, cherchant le sens caché entre les lignes) et que certaines de ses déductions semblent hasardeuses, ses arguments sont souvent convaincants et témoignent d’une étude approfondie qui démêle avec subtilité les intrications entre l’artistique et l’humain et dissèque les ressorts d’une opposition qui entraîna la désintégration du groupe mais fut aussi son moteur.
Jessica BOUCHER-RÉTIF
Éditions Le mot et le reste – 240 pages, 22 euros



