Le dernier album

Ici d’ailleurs…

Mendelson, ovni génial du rock français, achève sa trajectoire comme il a vécu, dans un grand trou noir créé par lui-même, une entité si intense et si dense qu’elle en devient béance. « Je ne veux pas mourir » proclamait-il il y a plus de vingt ans, alors c’est de sa propre main qu’il disparaît, dans un fracas sourd de mots-échardes, de notes-missiles. Nul sabordage ici, mais au contraire un geste une fois encore grandiose, presque flamboyant dans la causticité, à la fois hara-kiri artistique, solde de tout compte et dernier salut de Pascal Bouaziz au « public invisible, vingt-cinq personnes dans un café », aux soutiens qui ont accompagné le groupe et à celui qui en fut avec lui le fondateur. Et toujours, centrées ici sur Mendelson, sur Bouaziz plutôt, la vision et la transcription frontales du réel. Défilent, en un inventaire sans appel, les multiples facettes du personnage : l’artiste maître de son œuvre qui l’achève d’un péremptoire coup de crayon final et qui inscrit la faible attention qu’elle a reçue dans le sort commun à tous les talents singuliers ; le père qui, dressant le maigre bilan de ce qu’il laisse à son fils, dresse celui de sa propre vie, avec une lucidité douce-amère ; le descendant de juifs algériens, exilé d’un pays qu’il n’a pas connu mais dont il porte une nostalgie absurde, liant son histoire personnelle et celle de tout un peuple. Beau, triste et puissant, ce disque dit dans un même souffle l’ambition et l’insignifiance, l’idéal et la résignation.

Site : http://mendelson.fr

JESSICA BOUCHER-RÉTIF

À écouter en priorité : “Algérie”, “Les chanteurs”, “Héritage”

 

 


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