Bertrand Blier X Cabadzi ©Christophe Crenel - Longueur d'Ondes 82

Le Tonton et les chanteurs

18 films + 1 court métrage ; 11 titres ; un réalisateur-scénariste culte ; et un travail artistique unique… À savoir : créer des chansons inédites à partir de dialogues de films bien réels… Cabadzi croise Blier ; Cabadzi fois Blier ; Blier par Cabadzi ? Cabadzi X Blier ! Le pari réussi de la rentrée.

Très en amont de la sortie de cet album si particulier prévu en septembre, où les dialogues du cinéaste servent de matière aux chansons du duo hip-hop, et quelques jours après leur première date parisienne pour ce Cabadzi X Blier, rendez-vous est pris le 24 mars 2017 chez Bertrand Blier. Loin des beaux quartiers : un immeuble simple où trône dans le hall un fauteuil bleu avec vue sur une cour fleurie… Lulu et Victorien (Cabadzi), leur attaché de presse (Vicken), le photographe (Christophe) et moi-même arrivons à l’heure dite : 14h. Le Monsieur, pensons-nous à juste titre, aime la ponctualité… Cabadzi a amené un ballotin de chocolats et une bouteille de vin rouge.

Un appartement pas autant truffé de souvenirs que l’on pourrait le penser. L’Oscar (obtenu pour Préparez vos mouchoirs) est posé au milieu d’autres souvenirs, passant presqu’inaperçu. Beaucoup de livres. Lulu et Victorien vont se changer dans le bureau pour être raccord avec leur tenue de scène. Bertrand Blier prépare une pipe qu’il fumera à petite dose. Quelques commentaires sur le débat du premier tour des présidentielles qui vient d’avoir lieu. Ton piquant et bonne humeur déjà présents…

Bertrand Blier : J’ai toujours pensé que faire de la politique n’avait qu’un seul intérêt : pouvoir limer.

Lulu : Ah c’est possible. Comme pour la musique !

Au moment où Blier nous apprend que Les Valseuses va connaître un remake US dirigé par John Turturro (L’inoubliable Jesus du Big Lebowski), cette mise en avant en musique de l’impertinence des années Giscard / Mitterrand sonne juste. Même s’il s’en défend, alors qu’il peine à imposer son prochain film, cela va lui donner un sacré coup de jeune. Et c’est tant mieux dans ces années molles.

Installés avec des cafés, autour de la table à manger, on retient notre souffle. Nous sommes partis pour 1h32 de cinéma, de musique, de partages et de quelques belles idées. La tendresse et la complicité entre ces trois-là est éclatante.
 

« Les premiers disques sont toujours les meilleurs. » Bertrand Blier

 

Dans vos films, pour la musique, vous avez fait appel à Serge Gainsbourg, Georges Delerue, JJ Cale, Stéphane Grappelli, quel est votre rapport à la musique ?

Bertrand Blier : La musique a bercé ma vie. Il y a d’abord eu ma mère qui jouait du piano merveilleusement bien, dans le cadre de la famille. Moi, je n’en ai pas fait. Mes parents n’ont pas été foutus de faire venir un prof de piano… Je le regrette encore.

Lulu : C’est vous qui ne vouliez pas ?

Bertrand Blier : Non, parce que pas l’idée, parce que la guerre, parce que mon père râlait quand il entendait de la musique. Quand il entendait du Chopin, il disait “C’est quoi encore cette musique de pédé ?”

Lulu : Et après ?

Bertrand Blier : Après je me suis démerdé. À 12-13 ans, j’ai fouillé dans la discothèque de mon père qui avait quelques disques dont un, historique, qui s’appelait Le grand concert du Carnegie Hall organisé par Bennie Goodman avec plus de 50 musiciens de jazz dont Count Basie. Cette découverte m’a décroché les oreilles ; je me suis pris de passion pour le jazz. J’ai donc eu une période où j’écoutais tous les soirs l’émission de Franck Tenot et Daniel Filipacchi pour ceux qui aiment le jazz (Europe 1). Mon père avait des copains dans les maisons de disques qui livraient les albums à la maison et je suis devenu expert en jazz. Jusqu’à 20-22 ans où je me suis dit “Le jazz me fait chier”. À Coltrane, je me suis dit “Ça suffit comme ça” et je suis passé au classique. Mais je me suis tapé toute la chanson comme tout le monde : le premier Brassens, Bécaud, Béart… Les premiers disques sont toujours les meilleurs ! Le meilleur Souchon, c’est Allo maman, bobo, quand c’est sorti, on était par terre.

Lulu : Je ne suis pas d’accord, surtout que l’on ne sait pas ce que c’est le premier disque ; souvent il y en a un avant mais c’est le disque connu qui devient le premier.

 

D’ailleurs, avant Digère et recrache (2012) qui vous a fait connaître, il y a eu un album : Émeute de souffle, en 2009. Vous n’en parlez jamais ?

Lulu : Un album zéro, oui. C’est une sorte de maquette, pas un vrai disque assumé.

Victorien : Un peu fait à l’arrache… Quand on a sorti notre vrai premier album, on était quatre. Alors que celui-ci, on ne l’avait pas conçu tous ensemble : c’était une musique pour un spectacle de cirque.

 

Bertrand Blier ©Christophe Crenel - Longueur d'Ondes 82

 

Vous saviez qu’ils venaient du cirque ?

Bertrand Blier : Je ne sais rien d’eux ! Ce sont des mecs qui, un jour, m’ont contacté. Je leur ai ouvert la porte et ils sont entrés. Depuis, ils viennent régulièrement et m’ont embarqué dans leur aventure… Enfin, “embarqué”, c’est eux qui font le boulot, pas moi. Ils m’ont fait écouter des maquettes (“Bouche” et “Pas grave”). J’ai trouvé cela très impressionnant ! J’étais très ému, parce que je n’y avais jamais pensé. J’avais essayé d’écrire des chansons, mais je me suis viandé… C’est une démarche de fous, de malades, ce qu’ils ont fait. Mais une belle initiative !

 

Et pour vous, comment cela s’est fait, alors ? Vous avez regardé un jour un film ?

Lulu : Les films de Bertrand pour moi, c’est comme un dictionnaire plein de concepts de pensées, qui me parlent. Concepts libertaires, sociaux… anarchistes, même !

Bertrand Blier : Qui est-ce qui a eu l’idée en premier ? (à Lulu) C’est toi ?

Lulu : C’est plus compliqué en fait… C’est une réunion avec Kevin, notre manager, qui venait de voir Les Valseuses et qui a dit : “Lulu, Blier il écrit comme toi. Ce sont les mêmes mots.”

Victorien : Tu écris comme lui.

[Rire général.]

Lulu : On est en juin 2015 et je me mets à regarder Tenue de soirée de façon compulsive, une dizaine de fois. Je me dis : “c’est le film du siècle !” Les dialogues c’est juste cinglé ! On peut écouter le film sans le regarder. Le duo Blanc / Depardieu est dingue… Bref, je tombe amoureux de ce film. Sur les onze morceaux du disque, c’est dans celui-ci qu’on a le plus pioché.

Victorien : À partir de ce moment-là, on a tenté de faire un morceau… Donc, j’ai fais une instru assez vite. Lulu a posé le texte dessus et on s’est rendu compte que ça marchait grave. Là, on s’est dit qu’il fallait demander à Monsieur Blier s’il était d’accord…

[Blier complète souvent la conversation au moment où on s’y attend le moins, toujours de façon pertinente, tantôt tendre, tantôt humoristique. Et Cabadzi profite de cette interview pour compléter sa connaissance de Blier.]

Bertrand Blier, voix grave : Alors, contact avec Monsieur Blier qui a dit oui tout de suite.
 

« Ils s’enculent, mais ils ne se marient pas. Je respecte ma religion ! » Bertrand Blier

 

Quand vous avez écrit Tenue de soirée, vous sentiez-vous dans votre époque ou en avance ?

Bertrand Blier : Je m’en foutais. On ne pense pas à ça. On se démerde avec ce qui vient.

Lulu : Je ne vous ai jamais demandé… Vous n’avez jamais eu l’impression d’aller trop loin ?

Bertrand Blier : Si, bien sûr… Surtout sur Les Valseuses [soudain sérieux]. D’ailleurs, j’ai été souvent trop loin. Il y a des films que je ne referais pas. Par exemple, Tenue de soirée justement. Je travaillais une heure par jour… Je commençais ma scène vers midi et, vers une heure, c’était fini. Le scénario a été torché en un mois !

Lulu : Pour les scènes dans l’hôtel, Depardieu respectait-il l’écriture ?

Bertrand Blier : À cette époque-là, oui. C’est un mec qui respectait l’écriture parce qu’il a fait beaucoup de théâtre. Le problème, c’est que maintenant il n’apprend plus…
 
Cabadzi ©Christophe Crenel - Longueur d'Ondes 82
 

S’il n’y avait pas eu l’accord de Blier, vous auriez continué ou pas ?

Victorien : On aurait laissé tomber.

Lulu : Par contre, je pense que, dans les thématiques et dans le vocabulaire, j’aurais écrit à la manière de… En fait, le truc historique qui m’a marqué, c’est la Manif pour tous. À me dire “c’est dingue, quand même, qu’en 2017, on en soit encore là !” Dans ce gros truc de société, je tombe amoureux de Tenue de soirée. Et le truc a été fait… en 1986 !

Bertrand Blier : Ils s’enculent, mais ils ne se marient pas. Je respecte ma religion !
 

« Pour Tenue de soirée, j’ai écrit 17 fins pendant le tournage… » Bertrand Blier

 

Tout à l’heure Lulu disait “anarchiste”… Vous sentez-vous anarchiste ?

Bertrand Blier : Je ne me sens rien du tout. On me traite souvent d’anarchiste de droite. Je n’ai jamais compris pourquoi… Je suis né le cul dans le beurre, mais ce n’est pas pour ça que l’on est de droite… Ni de gauche, d’ailleurs ! Je ne sais pas pourquoi on m’affuble de ce genre de trucs. Impertinent ? Oui. Avec prise de risques ! J’ai eu l’impression d’en prendre beaucoup… Artistiquement. Politiquement. Moralement. Les Valseuses, quand c’est sorti, c’était une bombe atomique !

Lulu : Mais que vous le vouliez ou pas le résultat c’est qu’il y a un impact social.

Bertrand Blier : Probablement. Je dois le vouloir… Ça doit m’animer ce genre de truc.

 

Par exemple à la fin de Tenue de soirée quand Miou-Miou parle du sida…

Bertrand Blier : On prend l’épidémie dans la gueule au moment où je termine le scénario. J’avais prévu une fin très différente où Depardieu larguait Michel Blanc après en avoir fait une tante ; et donc, il allait se planquer à Marseille pour se taper des marins… Michel le rejoignait pour aller le butter. Un truc classique, quoi ! Et puis il y a eu l’épidémie de sida que l’on a tous suivie attentivement… Et puis les déclarations de Le Pen sur les sidaïques… Et là, je me suis dit : “on ne peut pas finir comme ça”. Il ne faut pas qu’il y ait de punition, d’histoire moralisatrice. J’ai écrit 17 fins pendant le tournage ! J’ai gardé celle-ci qui n’est pas extraordinaire, mais qui se termine quand même dans la gadoue.
 

« C’est des voyous ! » (désignant Cabadzi) Bertrand Blier

 

Il n’y a pas 100 % des dialogues de Bertrand Blier dans ce 3e (ou 4e donc) album ?

Lulu : Non, il y a beaucoup de réécriture. J’ai mis beaucoup plus de temps au final à écrire ce disque que les précédents, parce que tout était dans l’art de la réadaptation. Il y a très peu de phrases qui sont prises dans leur jus. Les prénoms changent.

Bertrand Blier : C’est des voyous.

Lulu : Ce qui était compliqué, c’est que dans chaque morceau, ça peut aller jusqu’à 10 films différents. Du coup, les prénoms ou les gens qui parlent ne sont pas les mêmes. Moi, j’ai vraiment fait de la chirurgie : il n’y a pas de vraies tirades de film.

 

Quel pourcentage de dialogue avez-vous utilisé ?

Lulu : Je dirais plus de 70 %. Le reste, c’est pour lier les phrases. Par exemple, dans Les Valseuses Jeanne Moreau dit “Ce qui est grave, c’est de ne plus saigner” et nous, on a rajouté, “Ce qui est grave c’est de ne plus aimer”. Je pense qu’il y a des vrais fans de vos films qui seraient capables de tout retrouver…

 

Au moment de l’écriture, y a-t-il une musicalité des mots ?

Bertrand Blier : C’est une musicalité que j’ai toujours pressentie, parce que les acteurs me le disaient, mais je m’en foutais. J’écris mes dialogues sérieusement. Je les travaille. Je ne les écris pas 14 fois, mais au moins deux-trois fois. Et comme il y a des problèmes de musicalité justement, je les dis moi-même. Si moi je peux les dire, je me dis que ce “con” de Depardieu y arrivera, vu que je suis moins bon que lui. Les acteurs le sentent et c’est pour ça que j’ai eu cette formidable collaboration avec Gérard, qui est un musicien et un mec avec une oreille d’enfer. Il vient de chanter Barbara : c’était fabuleux, bouleversant. La musicalité dans mon travail a toujours été inconsciente.
 
Cabadzi ©Christophe Crenel - Longueur d'Ondes 82
 

Des mots se répètent dans vos chansons — on s’éloigne du strict couplet-refrain. Racontez-nous comment vous avez procédé…

Lulu : Tout l’art de la rythmique dans l’écriture de Bertrand, c’est justement la répétition : “comment bien répéter sans que ce soit ennuyeux“ ? C’était l’idée que l’on avait eu en écoutant les films. Il y a déjà des refrains, une manière d’écrire des dialogues de films comme on écrit une chanson. Mais il y a quand même des couplets-refrains.

 

La calligraphie de Cabadzi X Blier, c’est l’écriture de Bertrand Blier ?

Lulu : C’est un mélange entre son écriture et le travail d’Adams Carvahlos, l’illustrateur. Le X ne se dit pas, c’est le “fois”, le “par”. Le X, ça dit que tous les textes sont de Bertrand, mais retravaillés. C’est un chromosome à la base.

 

Je vous ai vu, au Café de la danse, très attentif… Qu’avez-vous ressenti ?

Bertrand Blier : J’ai eu une bonne impression. Je suis un maniaque du son : j’aurais donc quelques réflexions à ce niveau… Je suis contre la chanson actuelle, les mecs qui susurrent (à part Gainsbourg qui était très fort), mais Biolay ou Vianney, par exemple, je change de chaîne quand je les vois ! Je n’écoute pas de chansons de toute façon…

 

Vous écoutez quoi ?

Bertrand Blier : Rien. Je me suis aperçu que je n’écoute plus de musique. J’en ai écouté trop et, à un moment, on fait autre chose… Mais je vais y revenir.

 

Vous avez demandé à Bertrand Blier de vous écrire une chanson pour cet album-là ?

Lulu : Même pas…

Bertrand Blier : Ils ont assez de matos… C’est marrant, j’écris un scénario en ce moment. J’écris des dialogues très courts en pensant à eux.

[Rire général.]

 

Là, ils les ont décortiqués, ils les ont mis dans tous les sens.

Bertrand Blier, presque tendre : Ben oui, mais pour moi ce n’est pas un problème. Ce qu’ils font avec mon texte n’a rien à voir. Ils peuvent saloper mon travail, c’est bien fait pour ma gueule ! Je n’avais qu’à pas dire oui. Et puis, c’est bien ce qu’ils font… J’attends avec impatience la sortie du disque.

 

Vous avez réalisé des clips ?

Bertrand Blier : Non. On me l’avait proposé une fois (Maurane) et j’ai dit non. Pour quelqu’un qui a l’habitude de réaliser des films avec un gros budget, c’est vraiment la pêche à la mouche… Et il faut savoir le faire : moi, je ne sais pas faire ça.

 

Cabadzi, on vous a connu à l’époque de Digère et recrache, vous étiez 4. Maintenant, vous êtes revenus au duo original… Est-ce une conséquence de la rencontre avec l’œuvre de Bertrand Blier ?

Victorien : Avant de penser à ce projet-là, on voulait déjà faire quelque chose de plus minimal, avec des sons qui tapent davantage. Pour “Bouche” qui est le premier morceau que nous avons réalisé, je suis parti là-dessus et ça n’a pas du tout plu aux autres… Ils se sont désengagés de cette idée-là.

Lulu : Nous voulions tous les deux revenir à un son plus brut, plus simple, moins arrangé, plus hip-hop… qui est notre culture. Hip-hop versus culture classique !

Victorien : Lulu et moi étant beaucoup plus proches… La séparation s’est faite assez naturellement.

 

« Quand on tournait Les valseuses, mes acteurs chantaient John Lennon dans la voiture… aujourd’hui, ils pourraient chanter Cabadzi. » Bertrand Blier

 

Dans quel ordre sont apparues les chansons de ce Cabadzi X Blier ?

Lulu : Il y a eu plusieurs étapes. D’abord regarder les 18 films. Il n’y a aucun écrit sur les films… Il fallait tout retranscrire, c’est déjà une première phase d’écriture…

Bertrand Blier : Les scénarios, je ne les ai pas gardés… Enfin, j’ai une chambre de bonne avec des cartons, mais j’ai la flemme d’y aller… De toute façon, le scénario n’est jamais respecté à 100 %.

Lulu : C’était un boulot assez génial ! C’était le moyen de rentrer de façon très universitaire. Du coup, tu t’imprègnes des textes. Pendant ce temps-là, Victorien commençait à poser des instrus. Avec les bouts de textes, on construit ensuite à deux. Souvent il va y avoir une mélodie de chant — qui ne se retrouvera jamais dans le morceau final — et on construit le morceau pendant quinze jours, trois semaines non-stop…

Bertrand Blier : C’est votre côté Voulzy-Souchon…

Lulu : Carrément !

Bertrand Blier : C’est un boulot effrayant ce qu’ils ont fait… Je préfère le mien.

Victorien : Il fallait qu’un morceau soit fini en seulement un mois maximum, pour que l’on en attaque un autre.

 

Est-ce que vous pensez que votre œuvre cinématographique, par leur biais, va toucher un public plus jeune ?

Bertrand Blier : Non non, pas du tout. Je n’ai pas pensé à cela… C’est une aventure formidable qui est sans précédent, voilà tout.
 
Bertrand Blier X Cabadzi ©Christophe Crenel - Longueur d'Ondes 82
 

Ce qui est incroyable, c’est que vous avez dit oui de suite…

Bertrand Blier : Ben oui ! Ce qu’ils m’ont fait entendre, c’était bien, séduisant. Cela m’a paru proche de moi… même s’il y a une différence d’âge. Quand on tournait Les Valseuses, mes acteurs chantaient John Lennon dans la voiture… Mais, si c’était aujourd’hui, ils pourraient chanter Cabadzi. Ils ont leur sincérité, j’ai la mienne. D’une manière assez miraculeuse, ça correspond…

Lulu : Ce qui est formidable dans la rencontre qui dure, c’est que nous sommes forcément impressionnés par son parcours et le fait d’échanger aussi simplement nous nourrit…

 

Vous travaillez sur un film ?

Bertrand Blier : Je suis “toujours” sur un film… Le problème, c’est qu’il faut en écrire trois pour en faire un ! Question de finances… Et puis maintenant, tout le monde a peur de mes scénarios assez violents. Il y a même des mecs en TV qui disent en voyant arriver un Bertrand Blier : « J’espère qu’il ne va pas nous refaire un Buffet froid ». Alors que c’est un classique qu’ils programment régulièrement.

 

Le prochain film de Blier c’est Cabadzi qui fera la musique ?

Bertrand Blier : Ça, je ne sais pas. Faut voir…

 

L’interview terminée, Bertrand Blier se prête au jeu des photos de bonne grâce. C’est fini, mais personne n’a vraiment envie de se quitter. Ça parle cinéma, musique, création. On est tranquille, « décontractés du gland » dirait Blier. Et soudain, presque timidement, Lulu — après concertation en amont avec Victorien — demande à Blier s’il peut de sa main écrire les titres des chansons afin de pouvoir l’insérer dans le livret… Cette jolie histoire continue.


Bertrand Blier

Né en 1939, fils de l’acteur Bernard Blier (Les Tontons flingueurs), réalisateur, scénariste, acteur parfois et écrivain, il a bouleversé le cinéma français dans les années 70 avec Les Valseuses qui consacra Gérard Depardieu (avec qui il a tourné huit fois), Patrick Dewaere et Miou-Miou. Il totalise plus de 20 millions d’entrées pour ses 18 films sortis (plus un court-métrage).


Adams Carvalho

Basé à São Paulo, Adams Carvalho est un jeune illustrateur au style précis, à base de traits noirs et de couleurs monochromes qui représentent souvent des jeunes femmes androgynes et peu vêtues. Revendiquant l’influence du philosophe Merleau-Ponty, il adore le vélo… donc : le tour de France. La Nouvelle Vague (Godard, Truffaut, Rivette, Chabrol, Rohmer…) est pour lui une source d’inspiration. Contacté via Instagram, il ne connaissait pas le travail de Bertrand Blier, mais a accepté d’illustrer ce Cabadzi X Blier. C’est lui qui a retravaillé la photo prise lors de l’interview pour en faire la couverture de ce numéro.

>> adamscarvalho.bigcartel.com


Texte : Olivier Bas

Photos : Christophe Crénel

 
Bertrand Blier X Cabadzi ©Christophe Crenel - Longueur d'Ondes 82

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