Motives ©Pauline Beaudoin

Vent debout

Deux décennies plus tard, Les Motivés remettent le couvert et pensent bien changer l’avenir pendant qu’il en est encore temps. À la fois groupe et mouvement citoyen appelant l’individu à se réapproprier son destin politique, que reste-t-il aujourd’hui des braises sur lesquelles souffla ce vent de démocratie avant le cataclysme du 1er tour de la présidentielle en 2002 ? Mouss du groupe Zebda éclaire notre lanterne à ce sujet.

Mars 2001, avec plus de 12 % des voix aux municipales, le mouvement citoyen Motivé-e-s obtient quatre sièges municipaux à Toulouse. Assez pour faire pousser une petite graine dans un espace mental où le citoyen n’est guère plus considéré que comme un potentiel bulletin de vote. Cet impact sur l’électorat, seule la musique fut capable de le créer. Considéré non comme un parti mais comme un collectif, dont Zebda fut l’initiateur, ce dernier aura permis de croire sinon de penser qu’une autre République est possible. Si le mouvement a aujourd’hui perdu de sa représentation politique, son héritage se veut toujours présent, ainsi le précise Mustapha Amokrane. « Les dynamiques citoyennes générées en 2001 par les Motivé-e-s n’ont pas disparu, elles se sont exprimées ailleurs comme dans les réseaux associatifs, dans l’écologie ou encore le syndicalisme. L’ampleur du mouvement nous a dépassé car il était avant-gardiste. Il n’y a qu’à jeter un œil aujourd’hui sur des pays comme l’Espagne avec Podemos qui tente aussi d’apporter plus de représentation citoyenne sur l’échiquier politique. »

La nouvelle tournée des Motivés, le groupe, propose ainsi de renouer avec une logique qui semble avoir abandonné quelque peu la société : le collectif comme unité de pensée. Mais le membre de Zebda tempère tout de même le propos : « Un concert de Motivés n’est pas un meeting politique, il s’agit d’un espace musical dans lequel est portée une histoire significative quant à la capacité que l’on possède à apporter un monde meilleur. Ce monde, on ne le promet pas aux gens, on le rêve, c’est ce qui nous différencie des hommes politiques. »

Et ce songe, rien ne saurait mieux le formuler que la musique, un outil artistique qui en tant que tel permet de retisser du lien entre les personnes cohabitant dans un même espace. « Peu importe sa forme, l’art doit rester libre et autonome en tant qu’expression dans une démocratie. L’art permet de créer de l’empathie pour l’autre. En ce qui nous concerne, on fait de la musique pour être au contact des gens. On sait que l’on peut véhiculer du bonheur par les sourires qui nous sont renvoyés. La musique permet de combattre le cynisme, c’est d’abord une énergie qui se transmet, ce caractère n’a pas changé depuis la nuit des temps. »

« Il faut cesser de ringardiser les idées utopistes. »

On pourrait les croire rêveurs, voire fous, mais n’est-il pas du ressort des fous de vouloir changer l’avenir ? Une rhétorique avec laquelle, de son côté, Zebda n’est pas dupe, eux qui ont initié tant de brûlots musicaux tel que “Le bruit et l’odeur”, avec dans la tête encore et toujours, ce marteau piqueur ravageur. « Les idées utopistes ne sont pas mises en valeur, il faut cesser de les ringardiser. La musique ne change pas les choses, elle accompagne juste les gens dans leur volonté de changement et heureusement, il en existera toujours pour la recevoir en ce sens. »

Quant à la diffusion du politique dans la société dite civile, le constat de Mustapha se veut d’une lucidité rafraîchissante. « L’important est d’occuper l’espace collectivement, dans les milieux ruraux comme dans les cités. La France doit préserver et encore plus développer sa culture de l’engagement et du bénévolat. Les espaces de formation politique doivent s’ouvrir au plus grand nombre et naître autrement que par des secteurs tels que le travail avec le syndicalisme par exemple. »

Aller au contact de l’autre et échanger, là réside le salut de nos sociétés modernes. Mais alors que tout combat ou revendication tombe dans la radicalisation quand elle ne fait pas le jeu des technocrates, il est certain que le chemin sera encore long pour arriver à une représentation démocratique qui va au-delà des enjeux économiques : « Les Zadistes ont pâti de la virulence de leur combat. S’ils n’étaient pas radicaux, le barrage de Sivens serait déjà construit tout comme Notre Dame des Landes. La société a tendance à les mépriser et c’est donc le signe d’un système qui n’écoute plus ses citoyens. »

 


Y’a toujours pas d’arrangement !

Tactikollectif

Motives pochetteLa réédition du disque Chants de lutte se chargera de transmettre un héritage que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Paru en 1997, il fut un succès surprise dans une France qui se rêve alors “Black, blanc, beur” ( 200 000 exemplaires vendus). On appréciera notamment sur cette nouvelle version la reprise des Clash, “Police on my back”, ajoutant encore un peu plus de nerf à la verve contestataire du duo Amokrane. Mustafa précise ainsi le retour de ce mouvement : « La tournée qui suit la réédition de disque est un prétexte pour savoir quelle est la place de la musique dans nos vies. Et ainsi vérifier si on peut continuer avec elle la lutte pour rendre ce monde meilleur. » Certains n’abandonneront jamais le combat !


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Texte : Julien Naït-Bouda

Photo : Pauline Beaudoin

Publié le