Mary Zoo en entrevue sur Longueur d'Ondes

La Suissesse Christine Zufferey a eu l’idée qu’aucun musicien n’avait eu avant elle : écrire un album dans les catacombes. En résulte un superbe album mélancolique, Tales from the Underground.

Il est déjà arrivé dans l’histoire que l’on donne des concerts dans les catacombes. Dès 1897, un orchestre philharmonique y avait fait une performance clandestine et plus près de nous des groupes punks s’y étaient produits mais jamais encore un musicien n’y avait composé tout un album ! Le pari fou de Christine Zufferey lui est venu après être descendue à de très nombreuses reprises dans ce lieu mythique parisien aussi intrigant que fascinant. Avec sa guitare, elle y a écrit tous les morceaux de son nouvel album. « À Paris, tu n’as pas la campagne. Les catacombes sont le seul endroit où tu peux t’isoler de tout, te ressourcer. Tu coupes avec tout ce qui est à la surface. C’est un monde totalement à part. »

La musicienne y fait, totalement seule, des sessions de quatre, cinq heures « pas plus parce qu’après tu as trop froid », allant à chacune de ses descentes dans un lieu différent de cet immense labyrinthe souterrain pour y composer un titre qui reflétera l’endroit où elle écrit. Elle reconnait la difficulté de l’entreprise car réussir à faire passer une guitare à travers des puits et des chatières n’est pas un mince exploit. Les musiciens rêvent souvent de trouver le lieu le plus silencieux possible pour créer ; les catacombes représentent l’écrin idéal pour cela. « J’ai fait seize sessions, une par morceau et je n’ai été dérangée par des gens qu’à une reprise. Il faut dire que je me rendais sous terre le jour ou en semaine ; à ces moments-là c’est bien moins fréquenté que le soir ou les week-ends. »

Si l’album a été entièrement conçu dans ses sous-sols, Christine n’a bien sûr pas pu l’enregistrer dans ces lieux, mais à l’Atelier Clandestin à Pantin.

L’album reflète parfaitement l’atmosphère de paix et de mélancolie que l’on ressent dans ces souterrains, cependant Christine explique que ce sentiment n’est pas propre au lieu : « Ma musique est mélancolique parce que c’est une chose que j’ai toujours porté en moi. J’écris sur les choses qui me touchent mais cela ne rend pas pour autant ma musique triste. »

Cette majesté de la musique et de ce lieu unique à Paris, on le retrouve aujourd’hui dans son clip “Lantern”,  au climat on ne peut plus Kubrickien. Mais aussi dans l’album qui est en fait un livre-disque d’une grande beauté, dans lequel, sur des photos des catacombes, l’artiste Bahadir Isler a redessiné.

Cette expérience de s’immiscer au cœur des éléments pour en faire un processus créatif a tellement plu à la musicienne qu’elle a décidé d’en faire une trilogie. Après ce très réussi Tales From the Underground, elle va enregistrer un album qui aura pour cadre le marais poitevin puis un troisième qui sera probablement en montagne. « J’ai envie de continuer à écrire sur l’histoire des lieux, de m’immerger dans un endroit afin d’y retranscrire les émotions qu’il me procure. J’en suis au stade de l’écriture du prochain album qui devrait si tout va bien sortir en 2018. »

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PIERRE-ARNAUD JONARD

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