Embarquement vol 333

Julien Sagot © Michel PinaultSagot (Karkwa, percussions / voix) intrigue et insécurise avec un timbre vocal grave et ce grain singulier à travers l’accent. Il s’éloigne des sentiers balisés sur « Valse 333 », seconde aventure solo.

Comme le dit Louis-Jean Cormier : « Je pense qu’il y a juste Julien d’un peu à part ; il arrive avec des choses étonnantes que l’on ne connaît pas, de la musique de l’île Maurice, par exemple. Il achète toujours des albums que l’on n’achèterait jamais, comme du gospel ! »

En solo, l’artiste cherche à surprendre l’auditeur, à le sortir de sa zone de confort sur le plan musical. L’influence de ses voyages transparaît à travers l’atmosphère de son plus récent enregistrement. Entre les lignes de ses textes, on ressent le dépaysement, comme la pièce « Avion » vient en témoigner. Dès les premières mesures, on embarque dans un singulier périple auditif. La réception de la critique québécoise est telle qu’il se retrouve en nomination d’un prix Juno (l’équivalent d’un Grammy américain), pour l’album canadien francophone de l’édition 2015.

 

Profonde recherche sonore

Les attentes sont élevées pour son second vol solo, mais l’anticipation en vallait largement la peine. L’évolution de son univers musical est frappante depuis « Piano Mal ». Certaines structures, mais surtout la théâtralité de Sagot, sont comparables à un Tom Waits du futur qui rencontre des arrangements audacieux, plus près de ceux d’un Buck 65 d’hier. Parfois comme une variante de jazz, un peu désarticulé, avec une bonne ligne mélodique qui lui donne une ambiance unique.

« J’ai commencé à m’intéresser au son, à faire des prises de sons moi-même, avec le peu de connaissances que j’avais, en regardant les autres… J’avais envie de m’éloigner du côté technique, d’un esthétisme plus lo-fi, avec une sonorité plus bricolée. Avec Antoine Binette Mercier (réalisation, xylophone, « steel-pan ») branché musique tropicale, on voulait s’amuser avec des éléments hétéroclites et rendre intéressants des enregistrements qui ne sont pas optimaux. En deux-trois jours de studio avec les musiciens, jumelés aux maquettes et une grosse sono au niveau de la production, on s’est retrouvés avec un enregistrement qui a de la personnalité. »

 

Conscience lucide

En ce début de nouvelle année, le bonhomme véhicule d’intéressants points de vue et de profondes pistes de réflexions : « L’austérité, je n’y crois pas. Ça vient de soi et de ses choix, ce que tu es prêt à accepter ou pas. On peut changer les choses, mais il faut être déterminé. Être pessimiste ou défaitiste c’est facile, mais un peu lâche. »

Sur ses préoccupations pour l’avenir au sens large : « Ce qui est inquiétant pour le futur, c’est que dès que l’on s’implique insuffisamment, des gens vont gérer à notre place. Puis quand on va se réveiller et il sera probablement trop tard… On a des choix de société à faire, rester vigilants et réceptifs. »

Et de pousser un coup de gueule : « Si à 18-20 ans tu ne t’insurges pas, ce n’est pas bon signe. Il faut se rebeller, c’est normal, c’est sain. La génération smartphone qui ne communique plus que derrière un écran, et qui consulte ses mails au resto, oublie de vivre le moment présent. Attention, on a qu’un seul tour de manège, après c’est foutu ! C’est pour ça qu’on doit se parler. C’est le défi des prochaines générations, la communication autrement que virtuelle. »

Texte : Pascal Deslauriers
Photos : Michel Pinault & Nadèje Taront

« Valse 333 » – Simone Records
sagot.ca

Version audio intégrale de l’entretien via boulimiquedemusique.net