Soiree Longueur d'Ondes 12/12/14
Le 12 décembre 2014 au Pan Piper (Paris)

C’est presque l’heure où la citrouille se transforme en carrosse, personne ne veut vraiment partir. Sur scène, Hippocampe Fou a été rejoint par ses potes de Dirty Zoo, de Phases Cachées… et, ce vendredi 12 décembre, tout ce petit monde transforme le Pan Piper en battle hip-hop. Le rappeur, qui avait annoncé «  Le dernier aqua-show de l’année ou peut-être même le dernier aqua-show tout court » s’efface au niveau des coulisses puis revient sur une dernière salve qui lui laisse finalement du «  Rouge à lèvres  » au coin de la bouche. On n’en dira pas plus, pudeur oblige, sachant que le garçon s’amuse bien, revendiquant la création du rap aqua(sic)…

Sortez les masques, les tubas et pour la séance d’impro, c’est Hippocampe Fou qui a la palme. Sur les beats dépouillés de son DJ, Aociz, qui ne sont pas sans rappeler les débuts du rap en France, il rappe l’absurde comme d’autres la vie entre les tours. Accompagné de son alter-ego, Céo, Hippo raconte que chez lui, «  y’a un lama » (re-sic) ou encore que sa femme le « trompe avec le marchand de sable » (re-re-sic). Si Aociz scratche l’indépassable crève cœur « Ain’t no sunshine » de Bill Withers, il est vrai que la vie de famille d’un hippocampe ne doit pas toujours être facile…

Habillé d’une chemise bleue à écailles, d’un bonnet et d’un pantalon large, ce n’est pas pour autant un clown triste que nous avons invité à notre dernière soirée de l’année, c’est au contraire un sacré loulou. En pratiquement deux heures, on l’aura vu rimer plus vite que son ombre, courir dans le public ou encore rire gentiment « du garçon à la chaîne, au fond de la salle ». « Ce soir, on est backstage, hein », lâche-t-il malicieusement à chaque horreur. Le garçon dans la lune qu’on voyait arriver en bonnet de bain à fleur il y a quelques années a déjà fait son chemin et prochainement appelé « pour les sélections du Printemps de Bourges », il continuera à faire parler de lui, mais de façon « celeste ». A suivre.

Avant la partie «aquatique  » de cette soirée hip hop, c’est Cabadzi qui a répondu bien présent. Avec sa chanson aux accents rap, à moins que ce ne soit le contraire, Cabadzi c’est un joli mélange qui puise autant dans le rock que dans le cirque contemporain dont il est issu (parenthèse utile  : n’allez surtout pas leur parler du cirque traditionnel, ils vous mettraient dans la cage aux lions). Le groupe qui s’est manifestement inspiré de Têtes Raides, La Tordue et toute cette scène évoque aujourd’hui le phénomène Fauve, mais sur le fond, Cabadzi est autrement politique, autrement plus noir.

Plus posé, plus dans les nuances couleurs que dans un passé pas si lointain, le groupe désormais à cinq (chant, human beat-box/machines, violoncelle, violon, guitare…) écrit la chronique d’un monde tel qu’il ne va pas. « Des angles et des épines », dit le titre de son dernier album. Cela ne nous a pas échappé, Cabadzi a le don pour gratter à l’acide les plaies de l’existence et prendre directement au niveau du ventre.

«  J’veux pas dormir dans une boîte / j’veux pas danser dans une boîte / j’veux pas travailler dans une boîte / j’veux pas mourir dans une boîte », dit Cancre Ultime.

Pour découvrir et soutenir les artistes que nous défendons, la prochaine soirée Longueur d’Ondes, c’est l’an prochain, toujours au Pan Piper, mais d’ici là, juré, même pour les fêtes de fin d’année, on n’écoutera pas de musique en boîte.

Bastien Brun

Photos : Marylène Eytier

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