Mellino, LO 66, Sur la même Longueur d'Ondes numéro 66

Zicos à 100%

Après la séparation des Négresses Vertes en 2002, Stéphane et Iza Mellino ont bataillé sec pour trouver leur route musicale. Ils signent « No dogs aqui », un opus qui sent la prise de risque et la bifurcation claire et nette.

Ils sont à l’image de leur musique : francs du collier, joyeux, incisifs et courageux. À cinquante balais, les Mellino ont de quoi donner une leçon de punk à bien des jeunots : avec leur camion où tout le matériel de scène rentre pile-poil, ils sillonnent la France pour aller se produire dans les endroits les plus improbables. « Aller jouer dans des cafés, à travers la province », raconte Stéphane, « nous a permis de renouer un lien avec le public que l’on avait du temps des Négresses. Les retours, les échanges, que l’on a sur la musique sont vraiment précieux. »

On sent autant sur cet opus que dans la façon dont les Mellino ont de parler de leur métier, que le temps des Négresses est une page tournée. Même si, comme ils le confient sans détours : « C’est dur de se retourner après une aventure aussi intense. Et puis, si Mellino n’est pas produit, c’est aussi parce que les prods que l’on est allé voir ne voulaient nous signer que si on reformait les Négresses. » Mais que l’on ne s’y trompe pas : « C’est hors de question. Chacun a pris sa route et on ne va pas continuer à vivre dans quelque chose qui n’est plus ! Mais ça a été tellement énorme que l’on ne peut pas vraiment y échapper. Il nous a fallu deux albums pour être en mesure de sortir de nos réflexes. » La réalisation de « No dogs aqui » fut de longue haleine, le travail d’une année, essentiellement à deux : « Il y a une telle intimité entre nous qu’il était vraiment difficile d’y inclure nos musiciens, Alain Bastard et Adilson Monteiro. Ils se sont ajoutés une fois que les morceaux étaient prêts. On voulait que ce soit à la fois plein et ouvert. »

Les Mellino ont travaillé chez eux ; ils ont une petite salle de répétition où l’on a froid aux pieds mais chaud au cœur, et de quoi enregistrer. On les imagine comme des rouleaux compresseurs auxquels rien ne peut résister, mais le doute et la solitude ont un peu été les pierres d’angle de leur dernier opus comme le confie Iza : « On a regardé des tas de DVD, lu des bouquins sur la vie de différents artistes et on s’est rendus compte que nous n’étions pas tout seuls, que notre vie avait des traits communs avec celles de tant d’autres artistes, des grands qui étaient passés par des périodes dures dans leur carrière. On s’est éclaté à regarder la vie des autres ! Parce que c’est ça qui nous intéresse : l’homme-musicien, et c’est de ça que l’on a voulu parler. Quand on va jouer quelque part, on arrive avec notre sono et on pousse les murs ! » Le fait est que sans tourneur ni maison de production, le groupe est au maximum de ce qu’il peut déployer seul : des centaines de dates certes, mais sur des scènes trop petites. Pour Stéphane : « C’est une question de circuit. Quand tu as un tourneur et une boîte de prod, tu es immédiatement dans le circuit des festivals, par exemple. Nous, il a fallu que l’on y revienne à deux fois pour faire les Transes Cévenoles et ils nous ont donné la petite scène, à l’heure de l’apéro. Ils étaient complètement hallucinés les types. » Un moteur de 1000 chevaux dans une carlingue de traction-avant, forcément, c’est à l’étroit… mais ça ne l’empêche pas d’avaler des kilomètres !

Lise Facchin

Mellino
« No dogs aqui »
[a.i.m] / Melino / Les éditions Amélie
Plein d’amour, d’énergie et d’engagement, cet opus ouvre un horizon musical multiple et chaleureux. On se croirait presque dans les coulisses tant la sensation d’intimité et de sincérité est palpable dans chaque chanson, malgré des textes parfois sombres que l’on ressent comme une confidence après coup. Le style que se sont trouvé les Mellino est une fusion rock-world qui bouge en diable, particulièrement frappant dans « Saison amère » et « Rain dog » où les harmonies ne sont pas loin d’un Ali Farka Touré qui aurait un peu trop écouté de rock US. Et toujours ce flamenco flottant dans l’air comme une mémoire inconsciente imprimée dans la chair…
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