Jonaz


Nouveau venu sur la scène alternative française, un drôle de phénomène aux mots acides et à l’humour très second degré sort son premier album « Pirate libre ». Ou comment mélanger rap, rock, punk, chanson française et s’en sortir haut la main !

Il est souvent bien pratique pour les journalistes d’avoir affaire à des artistes qui s’inscrivent dans un style musical bien défini, histoire de ne pas trop se prendre la tête et de coller une « étiquette » facilement. Avec Jonaz, c’est quand même pas si simple… De toute façon, il n’en veut pas. Des étiquettes j’entends, pas des journalistes. En bon pirate, il pique au rap, il vole au rock, il drague la chanson française et il saute partout en se demandant « Cékika voté Sarko » ? Alors pour la classification, on verra plus tard.

Des groupes de rock alternatif, une basse en bandoulière, au rap expérimental (voire très expérimental), le Dunkerquois a pris le temps nécessaire pour trouver son identité, façonnée au gré des expériences. Si l’on pense cerner le personnage à la première écoute, la richesse de ses influences nous montre rapidement que Jonaz aime brouiller les pistes. « Je fais du rap sans rentrer dans les codes du hip hop. Mon flow et ma musique correspondent davantage aux codes du rock. » Un grand brassage, à l’image de son public, où se croisent la puissance des guitares, les rythmes électro et des textes scandés. Les textes justement, le trublion les soigne particulièrement : immédiats, éloquents et plein de sens, mêlés à une ironie cinglante et un humour destroy, ils dépeignent les travers de notre société, « toutes ces choses absurdes avec lesquelles on peut rire, mais qui au fond sont très sérieuses ». Sous cette apparente impression de légèreté se cachent une lucidité et un engagement que le chanteur revendique : « La seule chose qui m’intéresse dans l’art, c’est quand il y a un message. La beauté pour la beauté, c’est de la déco. Dans ma musique, j’essaie de faire passer des choses, ou au moins exprimer mes idées. Même si je mets de la déconne dans mes textes et que je me moque de moi-même, ça ne m’empêche pas d’avoir des choses à dire. » Et de se démarquer un peu plus de l’imagerie rap : « Un des défauts du rap, c’est qu’il est souvent fait de manière moraliste. Je préfère ne pas être trop sérieux quand je parle des choses qui me mettent en colère, le message passe aussi bien, ça pousse à réfléchir. »

Jonaz semble avoir trouvé le juste équilibre entre discours de fond et humour de forme, un décalage contrôlé que l’on peut retrouver chez Didier Super ou Stupeflip. Ses chansons prennent un accent punk pour réciter une poésie trash où l’anecdotique rejoint souvent les préoccupations communes, mais c’est en live qu’elles prennent tout leur relief. Occupant chaque centimètre de la scène et haranguant son auditoire, ce mauvais garçon de la chanson française fait preuve d’une énergie surprenante pour faire vivre ses compositions. En costume blanc, monté sur ressort et le micro à la main, il enchaîne les titres à un rythme infernal et s’en prend à la politique, à la télévision, à l’industrie de la musique… Avec beaucoup d’autodérision bien sûr, n’hésitant pas à se moquer de sa situation et à ironiser sur son statut de « première partie ».

Sorte de clown mal-aimé déguisé en pirate au flow fantaisiste, Jonaz (contraction de Joe Naze, nom qu’il portait dans un ancien groupe punk – ça résume l’humour du bonhomme !) avait intitulé son EP « Personne kiffe Jonaz sauf sa daronne ». Quoi qu’il dise, nous on aime quand même. Et Lio aussi, à ce qu’il paraît (écoutez l’hilarant « V(end)u à la télé ») !

Yann Guillou

« Pirate libre » – Neji Prod

www.personnekiffe.com




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