Mass Hysteria vient de sortir Vae Soli live qui retranscrit au mieux la folie de leur concert au Hellfest 2024. Entretien à ce propos avec Fred Duquesne (guitare) et Jamie Ryan (basse) au studio de Fred (Echo Park).

Vous avez eu l’idée de sortir ce live Hellfest 2024 dès que vous avez fait le concert là-bas ?
« Sans doute même avant. Quand il y a un Hellfest on a l’envie de faire plus que de simplement jouer dans ce festival avec notamment l’envie de toucher le plus de monde possible. Nous n’avions pas encore fait un objet qui retranscrive un tel événement. On jouait avant Metallica en plus ce qui donne toute la dimension du truc. »
Le son du live est très dur à reproduire sur disque. Comment avez-vous fait ?
« C’est plus dur que de faire un album, c’est clair. Il n’y a que des problématiques. C’est très compliqué. L’exercice n’a rien à voir avec le studio. Il faut ressortir l’énergie du live dans deux petites enceintes. C’est complexe. Pour le groupe il faut être acteur de ce que l’on fait, tout en étant bons techniquement. La scénographie entre, qui plus est, en scène. »
Cela ne met-il pas une pression énorme au moment de monter sur scène ?
Fred Duquesne : « Déjà on a la chance de ne pas avoir à penser à la partie technique car nous avons une super équipe de techniciens. Nous avons suffisamment d’expérience pour gérer cette pression même s’il y a toujours des impondérables, comme lorsque j’ai cassé mon ampli juste avant de monter sur scène lors de notre dernier Zénith. Nous avons une confiance aveugle dans nos techniciens. Ils sont le prolongement de nos bras. Dès qu’une corde de guitare pète ils sont présents à la seconde pour te donner une autre guitare. Pour un concert au Hellfest c’est indispensable d’avoir une équipe technique de choc. »
Le choix des morceaux est comme un best-of ?
« C’est le concert dans son intégralité. »
Pourquoi avoir sorti “Contraddiction” comme premier single extrait de l’album ?
« Le moment filmé a été incroyable. Et puis c’est le morceau emblématique du groupe. Nous n’étions pas encore dans Mass quand “Contraddiction” est sorti mais on s’en fout. »
Vous êtes dans le groupe depuis longtemps maintenant. 2014 pour toi Fred et 2017 pour toi Jamie. Comment abordez-vous les morceaux plus anciens du groupe quand vous les jouez ?
« On essaie de rester le plus fidèle à ses morceaux tout en étant nous-mêmes. On se réapproprie les titres d’une certaine façon mais au final un riff reste un riff. »
La tournée Tenace a été hyper longue. Quand vous faites le Hellfest vous êtes déjà sur la route depuis un moment mais il y a encore plein de belles dates à venir notamment le Zénith pour les trente ans du groupe. Vous n’avez pas voulu sortir un live Zénith ?
« Ce sont deux choses différentes. On a envie de célébrer les deux événements. Il y a une version télé de France Télévision pour le concert du Zénith qui est déjà passé à la télé et qui repassera bientôt. On sortira aussi une version physique de ce concert. »
Le lien avec le public est très fort entre Mass et celui-ci. Comment l’expliquez-vous ?
« Nous sommes nous-mêmes des fans de musique. Nous allons voir les groupes quand nous sommes au Hellfest, les grands comme les petits. On ne remerciera jamais assez notre public d’avoir la chance de vivre ce que nous faisons. »
Vous avez des goûts très différents les uns des autres dans le groupe.
« Absolument. On écoute de tout et pas seulement du metal. Nous ne sommes pas LE groupe de metal de base. Il y a certains de nos fans qui n’écoutent que Mass comme groupe metal d’ailleurs. »
Il y a une version vinyle splatter rouge du concert. Ca c’est pour le côté collectionneur ?
« Absolument. Nous sommes tous des tarés de vinyles dans le groupe. On est contents d’avoir ce petit objet collector. C’est là que tu vois que nous venons d’une autre génération. L’objet est en train de se perdre. C’est triste. »
Vous jouez énormément. Est-ce parce que l’économie de la musique a changé et que les ventes de disques sont bien moins fortes qu’autrefois ?
« Pas du tout. Ce sont nos petites vacances à nous tous les week-ends. C’est une addiction les concerts. On aime jouer. Là on donne encore quelques shows qui seront la toute fin de tournée. On joue à Lille où c’est complet et où l’ambiance est folle. Et puis finir à Brest c’est plus que cool. »
Vous êtes là depuis trente ans et l’on ne sent aucune usure dans le groupe. D’où tirez-vous cette énergie ?
« C’est la passion qui nous unit. On bosse à côté et on se retrouve pour le plaisir. »
A part Gojira vous êtes les seuls en France à pouvoir faire une Mainstage du Hellfest devant 60000 personnes. C’est une fierté ?
Fred Duquesne : « On ne va pas te dire le contraire. Ce qui est bizarre c’est que moi après cela, j’oublie ce moment. C’est très fort de faire le Hellfest : c’est unique. Notre vie par ailleurs ce n’est pas le Hellfest ce sont les clubs. Et c’est justement cela qui rend le Hellfest si particulier. »
Vous êtes chez Verycords depuis un moment. J’ai l’impression que ça se passe pour le mieux avec eux ?
« Cela se passe très bien. Ils nous ont permis d’aller à l’ICP studio à Bruxelles pour « Tenace ». Mass a été sur une major. Verycords est un label plus humain. On est peinards avec eux. On a le même âge, on se comprend. Avec les petits jeunes qui sortent de HEC et qui bossent dans les majors en ne pensant qu’aux streams ça ne le ferait pas. »
Propos Recueillis par Pierre-Arnaud Jonard – Photo : Audrey Wnent