Rock en Seine

Rentrée des classes hyperpop

 

 

Avec ses 89 concerts répartis sur 5 scènes, Rock en Seine avait sur le papier matière à nourrir le festivalier tout juste de retour de vacances. Mais le rock a eu bien du mal à se frayer un chemin dans la programmation. Petit tour d’horizon de l’édition 2025.

 

La sensation de cette édition, telle que mise en exergue sur le programme, était en ouverture la venue de la chanteuse américaine Chapell Roan, qui a fait démarrer l’édition 2025, sur des bases hyperpop. Oui, tout est pop en 2025, du rock au rap en passant par la variété avec en l’occurrence pour Chappel Roan un mélange de gros tempérament, de mélodies accrocheuses au parfum 80’s et d’un décorum de conte de fée un peu trash entre Game of Thrones et Walt Disney. Quelques très bonnes surprises sont venues ensuite secouer Rock en Seine les jours suivants et faire décoller la poussière très présente dans les allées ensoleillées du Parc de St Cloud.

 

Commençons par le furieux Marc Rebillet et sa silhouette de cartoon à lunettes portant juste un boxer sur scène. Petite pause de culturiste en ouverture et concert Full energy du touche à tout franco américain perché sur son estrade avec ses claviers et son looper, hilare au milieu de 2 seins géants gonflables. Soul, techno et esprit punk avec un message salutaire en ouverture: we need a fuckin revolution ! Mention spéciale pour le show de Empire of The Sun. Le duo pop australien qui avait percé au milieu des années 2000 avec son fameux « Walkin on a dream » avait sorti le grand jeu : un univers entre Shogun et Heroic fantasy et un leader, Luke Steel, toujours aussi charismatique guitare en main, comme au micro, dans sa tenue de moine Shaolin.

 

Autre coup de cœur, l’espiègle et rafraîchissante Aurora avec son univers elfique et ses interventions très spontanées au micro qui rappellent le charme enfantin et sans filtre de Björk. Il est question de féminisme et d’empowerment, de sexe et de nature. La chanteuse norvégienne a clairement pris de l’assurance depuis son premier passage à Rock en Seine (c’était son 3 ème concert dans le Parc de St Cloud) et la sortie de son premier disque il y a 10 ans. Entre 2 pas de danse dans sa tenue de fée clochette, impossible de ne pas se laisser envoûter par ses envolées vocales et ses positive vibes.

 

Touché en plein cœur également par Caribou. L’artiste canadien installé aujourd’hui à Londres déploie une électro tres organique d’une élégance folle. Avec son trio, l’ancien mathématicien a trouvé le théorème parfait pour la transe en y insérant le chant et des mélodies douces et solaires. Khuangbin, le groupe américain au nom imprononçable (ça veut dire avion en thailandais si j’ai bien compris) a réussi à faire planer l’assistance sans kérosène avec sa soul funk psychédélique majoritairement instrumentale.

 

Côté français, Justice n’a pas déçu les fans avec un impressionnant best of sous la croix lumineuse, l’intrigante Gildaa n’a pas fini de surprendre. L’artiste franco brésilienne apparaît sur scène en bigoudi avant de déployer sa chrysalide avec un tempérament de feu qui n’est pas sans rappeler Catherine Ringer. Noor a également délivré un set tout en contrejour amplifiant le mystère autour de sa silhouette et ses chansons sensibles, seule au clavier.

 

Au rayon rock, il a fallu être un peu patient pour voir une affiche qui secoue la pulpe, puisque l’essentiel des groupes rock étaient concentrés le dernier jour du festival. Le set compact des Queens of the Stone Age n’a pas déçu. Immanquable concert du cultissime groupe stoner californien, avec Josh Homme, mâchoire serrée et pogne tatouée de bûcheron cramponnée sur le manche de sa demi caisse MotorAve pour un show puissant et compact où le groupe dans la pénombre a taillé la route pied au plancher sur un matelas de tubes plombés. Fontaines DC était énormément attendu également. Le groupe de Dublin a sans doute comblé les fans mais laissé un peu sur leur faim le reste de l’assistance avec un concert un peu mollasson. Il manquait un peu du cœur qui apparaît au dessus de la scène. Tout le contraire de Last train qui a tout emporté sur son passage avec une énergie sans limite. Toujours aussi généreux et explosif. Le groupe basé à Lyon en a profité pour annoncer la programmation de son premier Zénith parisien en 2026. Enfin, nerveux et dansant, jolie performances de Pamela, entre post punk et shoegaze et un petit parfum de Manchester planaît également au dessus de la scène pour la clôture du festival avec le mur du son version Bryan’s Magic Tears, groupe francilien en mode planeur lorgnant clairement sur les humeurs psyché rock du « Madchester » des années 90.

 

Texte et photos : Christophe CRÉNEL


 

 

 

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