Festival Interceltique de Lorient

1er au 10 août 2025

 

 

Entre augmentation des cachets, aléas climatiques, et nécessité de se réinventer, les festivals connaissent une réelle crise économique. Avec plus de 3000 événements recensés à l’année, l’Hexagone n’est pas en manque. Mais selon une étude récente, deux festivals sur trois ont terminé leur édition avec un déficit. Le problème qui rattrape l’ensemble du secteur est clair : les coûts explosent ! Et puis, il y a les « stars » du show, les artistes eux-mêmes qui se reportent sur les tournées pour vivre (leur rémunération a augmenté de 30% ces cinq dernières années).

 

 

En parallèle, le prix du billet à l’unité a très peu augmenté en général. Une équation difficile à résoudre. Alors à qui la faute ? Le modèle économique de la musique est en refonte, c’est une certitude. Et sans tête d’affiche, pas de festival, ou bien avec une réussite compromise. Attirer les meilleur(e)s a un prix. Les nouvelles manières d’écouter la musique complexifient encore plus la tâche (Deezer, Spotify, les réseaux sociaux…). Enfin, il faut rajouter à cela les baisses de subventions publiques (- 72% dans les Pays de la Loire) et les contraintes de réglementations. Bout à bout, tous ces éléments ont amené ces colosses au pied d’argile au bord du gouffre. Même pour des festivals dits majeurs, le remplissage ne suffit plus. Pour l’instant, le recours à des mécènes, des partenaires, des sponsors permet à certains de tenir. Mais jusqu’à quand ?

 

 

Face à l’impasse financière, organisateurs et syndicats explorent plusieurs pistes. En continuant de contenir les dépenses, il ne faut absolument pas se faire prendre en otage. Beaucoup ont fait le choix d’allonger la durée dans ce sens. Le modèle que nous connaissons depuis des décennies ne peut plus durer. Faut-il s’interroger ? La réponse est oui ! Parcours initiatique et lieu de mixité sociale par excellence, personne ne veut voir disparaître les festivals. À méditer.

 

 

Chaque année et depuis cinquante quatre ans maintenant, le Festival Interceltique de Lorient (56) invite les nations des pays celtes à sa grande table des réjouissances, métamorphosant la ville durant dix jours de festivité. Les organisateurs invitaient cette année ses « cousins d’Amérique », entendez par là, une foultitude de musiciens et créateurs venus du continent américain. De la Louisiane, en passant par l’Arizona, New-York, Boston, Philadelphie, le Québec, l’Acadie, Terre-Neuve, ou la Colombie-Britannique, ils sont nombreux à faire entendre leurs voix d’outre-Atlantique, croisant leurs talents musicaux sans aucun préjugé. Vous l’aurez compris, l’interceltisme était à l’honneur. Les chiffres de cette 54ème édition donnent le tournis : 950.000 festivaliers, 180.500 badges de soutien et tickets vendus, 30.000 spectateurs aux Horizons Celtiques (spectacle nocturne qui se déroulait dans le stade du FC Lorient), et 90.000 à la grande parade des nations celtes (parcours dans le centre ville). Un événement comme on les aime, vibrant et généreux et où la culture (sous toutes ses formes) est prise au sérieux. Où les racines communes tournent autour de la convivialité.

 

 

Mon coup de cœur : Intensément breton, BRIEG GUERVENO (Le Kleub / vendredi 01 août) a comme particularité d’associer la langue bretonne à la musique rock, metal, folk et progressive. Tantôt gémissante, tantôt rageuse, mais toujours poignante, sa voix aux accents toniques est un instrument à part entière. On est d’emblée troublé par la justesse du chant, et par l’efficacité des musiciens. Le set est intense et l’on se retrouve comme envouté par autant de sincérité. Brieg Guerveno a choisi d’ouvrir en grand les portes de son âme et le fait grâce à un songwriting au-dessus du lot. Chaque titre résonne comme une confession et le souffle émotionnel est saisissant. Assister à l’un de ses concerts ne laisse jamais indifférent. Il s’impose avec une prestation habitée et ancrée dans la culture de son pays (la Bretagne), et confirme avec panache son talent singulier et son attachement à ses racines. Trugarez ! (Merci !). La 55ème édition aura lieu du 31 juillet au 09 août 2026. Qu’on se le dise. Kenavo !

 

www.festival-interceltique.bzh

 

 

Texte : Arno Jaffré – Photos : Julie C.

 

 

ARTICLES SIMILAIRES