Un festival pas comme les autres
Mai 2026, le rendez-vous est pris, direction la Normandie pour un des plus renommés festivals de Jazz de l’hexagone, Jazz sous les pommiers. Huit jours durant, c’est une ville entière, Coutances, qui vibre au rythme du festival et la musique coule dans toutes les artères de la cité.

Programmation en main, on découvre que lors de cette semaine il va falloir faire des choix tant le programme est alléchant. Pas moins de 67 concerts (payants) et tout autant de spectacles de rue ! Ces concerts gratuits, fanfares, déambulations, scènes « avis aux amateurs » ou « jazz in bar » sont une force du festival qui attirent un large public dans une ambiance conviviale et chaleureuse malgré une météo cette année plutôt capricieuse. (mais la pluie n’arrête pas les Normands, c’est bien connu)
Jetons nous à corps perdu dans cet incroyable éclectisme qu’offre le festival, même s’il est impossible ici d’en couvrir la totalité. Du Jazz, oui mais pas seulement ! Certes, le genre reste le fil rouge mais tout comme sa définition l’indique, il a de multiples ramifications et c’est avec curiosité que nous allons découvrir ce que Denis Le Bas, directeur artistique, et toute son équipe a concocté.
Direction la salle Marcel Hélie (grande scène). Elle ne paie pas de mine et pourtant ! C’est à cet endroit même que cette semaine se dérouleront les concerts d’artistes internationaux comme Keziah Jones, Monty Alexander… Pour l’heure c’est une véritable diva qui ouvre cette nouvelle édition, China Moses, tout en couleurs, en humour et en séduction. Un concert qui ne peut laisser indifférent tant par l’émotion, l’énergie que transmet la fille de Dee Dee Bridgewater que par sa grande proximité avec le public. Un voyage tout en élégance à travers ses compostions, délicieux mélange entre jazz, soul et R’n’B.
Si China Moses ouvre le bal, c’est également une voie féminine qui le clôture avec la charismatique Fatoumata Diawara. La tornade malienne a emporté avec elle le public de cette dernière soirée. Entre deux, bien d’autres artistes ont charmé le public de cette scène mais l’esprit décalé et festif a frappé de plein fouet avec La Caravane Passe. Les sièges ont laissé place à la fosse et un raz de marée dansant, sautant, chantant s’est endiablé sur “Zinzin Moretto” ou “T’as la touche manouche”. Un concert que plus d’un n’oubliera pas !
L’un des points d’honneur, et pas des moindres, de ce festival est le partage, le métissage, les alchimies naissantes et la possibilité de création. C’est aussi ça « Jazz », le lieu des rencontres et des possibles. Un souhait émis lors d’une soirée se transforme en réalité. Alors quand Albin de la Simone parle de ses premières amours… le jazz… la petite graine est semée et nous voici au théâtre de Coutances. Salle intimiste qui fut le lieu de rencontre du public avec la création signée Albin de la Simone, Jozef Dumoulin, et Fabrice Moreau. Quand ces deux génies du jazz « rhabillent » avec tant de délicatesse les textes d’Albin de la Simone, le résultat est somptueux de poésie, de grâce et de douceur. Cerise sur le gâteau, Marion Rampal, (programmée sur le festival) se joint au trio et pose sa voix caressante sur les paroles de Dick Annegarn, “Coutances” (clin d’œil à la ville qui l’accueil en résidence d’artiste depuis quelques années).
Autre création a fait chaviré le cœur d’un grand nombre de personnes lors de ce festival, Aria, signée Robinson Khoury, figure montante de la nouvelle scène jazz. Nous voici devant une scène en plein milieu de salle dans un configuration à 360°. Rien que ça ! La gifle est monumentale. Lumière tamisée , ambiance feutrée, le public est invité à se déplacer à sa convenance pour s’imprégner des sons, de la voix, de l’atmosphère. Entre acoustique et électronique, des violons baroques aux synthés modulaires, le pari audacieux d’Aria est plus que réussi pour le tromboniste (artiste en résidence au théâtre de Coutances) qui offrait au public la première.
Les concerts s’enchaînent avec la déesse Cécile McLorin Salvant, l’intrépide Anne Pacéo, le sage Monty Alexander. Les lieux diffèrent, la majestueuse cathédrale et ses représentations intimistes, le fantastique Magic Mirrors qui sonne électro jusqu’au petit matin, les concerts en campagne ou dans les quartiers les plus reculés afin que tous, profitent de ce moment de partage musical, c’est aussi ça JAZZ ! un
festival du vivre ensemble et de la solidarité. Des spectacles de rue aussi poétiques que burlesques, des fanfares décalées déambulant dans les rues de Coutances.
Un festival à l’image des organisateurs, des bénévoles, des artistes et des festivaliers, passionné, généreux et bienveillant.
Texte et photos : Émilie Daniel




























