Mega Surf

Louche

(Coeur sur Toi Records/Tête Froide Records)

 

L’étiquette post-punk est évidemment très pratique depuis quelques années pour englober l’étonnante effervescence rock hexagonale. Pourtant le post-punk s’est défini en référence à des groupes finalement assez différents, prolongeant l’esprit du punk tout en le faisant exploser. Il se signale par essence par sa capacité à intégrer dans une démarche punk, des éléments esthétiques très divers, pouvant aller de la noise à la disco, du métal à l’électro. C’est le cas du quartet Mega Surf qui opte avant tout pour la radicalité du post-punk, et beaucoup moins pour son côté crossover. Il affirme ainsi une attitude volontairement bruitiste, un art de la superposition et de la répétition, une manière de déconstruire les morceaux, de disrupter la mélodie et le temps. Se retrouve ainsi dans cet album épique et héroïque, l’énergie saccadée et malicieuse de Devo, le côté massif et impactant de Killing Joke, les divagations psyché de Television, les paysages sonores post-rock et telluriques de Mono. Mega Surf reste néanmoins un groupe intrinsèquement garage, qui ne se pense pas dans une production extrêmement léchée et laisse libre court à sa créativité avec beaucoup de spontanéité et de fraîcheur. En cela, Louche est loin d’être un album calculé, parfaitement homogène, il reste assez brute et presque viscérale. Il est ainsi capable de contenir un tube underground en puissance avec “Le passant” qui n’aurait absolument pas détonné sur les compilations estampillées jeunes gens modernes ( couvrant la new wave française de la fin des 70s et du début des 80s) à côté des groupes les plus tournés vers les guitares comme Marquis de Sade, Tokow Boys ou encore Suicide Roméo.

 

LAURENT THORE