Festival des aurores boréales

29 janvier – 7 février, Tromso, Norvège.

 

38 ans de festival ! Depuis sa création en 1988, le Northern Lights Festival est passé d’un petit festival à un grand rendez-vous culturel de 10 jours. Il propose un large éventail d’expressions musicales, des stars mondiales aux talents locaux, des artistes établis aux stars montantes. Petite visite de la ville de Tromso (où il fait en ce moment entre moins 9 et moins 15 degrés) en photo…

 

 

Ça y est, le festival est lancé ! Comme les salles sont dispatchées dans toute la ville, le plus difficile est d’affronter la neige, d’autant que le crépuscule tombe dès 17 h et qu’il fait entre -5° et -15° suivant les jours… Mais le challenge vaut le coup. Allez, on s’emmitoufle et on y va !
 

L’ouverture, dans un bar sympa de l’une des grandes rues de la ville, est jazz avec un trio (Ola, Erik et Ole) où le violon mène le bal. Les vestes de costard tombent assez vite sous la fougue du swing !
 

 

Quotidiennement, on se retrouve dans une grande salle moderne et vitrée dès 13 h pour les premiers concerts du jour. Les premiers à passer sont des jeunes de l’école de musique qui défilent deux heures durant, dans un silence respectueux, pour des morceaux allant de Chopin ou Gershwin à Miles Davis ou Quincy Jones ! Détonnant.
 

 

Première vraie claque du festival : Kalevala, 6 femmes et 6 hommes, plus une cheffe de chœur pour un concert a capela où se mêlent harmonies angéliques, bruitages divers et incongrus, délicatesse aérienne, fougue tribale, crescendos vertigineux, dentelle du moyen-âge et berceuses pour l’âme. Un choc !
 

Et le plus étonnant c’est que tout ça se déroule dans une ancienne piscine ! La scène comme le public se retrouvent dans le grand bain où les échelles et le plongeoir sont restés ! Étonnants ces Norvégiens…
 

 

La grande et belle Salle de la Culture est pleine. Le public a bravé le vent glacé et la neige qui fouette le peu de visage découvert qui lui reste pour voir les trottoirs givrés glissants. Sur scène le Tromso Storbant au complet, soit 13 musiciens à la section cuivre, rien que ça, plus un guitariste, un bassiste, un clavier, un percussionniste et deux batteurs jouant simultanément. Un big band qui balance un jazz-rock bien senti. Et devant eux Andreas Fliflet, Anne et Inger, tous les trois Samis (les autochtones de Norvège) qui viennent poser leur “joik“ (chant guttural qui renvoie au chamanisme et qui célèbre les forces de la nature) sur ce swing cuivré. Parfois ce sont des chants samis, parfois une joyeuse succession de voyelles et d’onomatopées. Le tout donne un melting pot surprenant et envoûtant. Et c’est une standing ovation ! Seule ombre au tableau (si l’on peut dire), l’éclairage assez lamentable : l’une des chanteuse est dans l’ombre, l’autre éclairée par dessous, genre film d’horreur ; le chanteur lui, a systématiquement l’ombre de son micro sur la face… Dommage.

 

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Hamid Sakhizada & Fribyorkesteret : l’intention est bonne : neufs musiciens d’horizons différents (folk scandinavien, chant traditionnel d’Afganistan, jazz-rock norvégien) se rencontrent pour un concert unique. Il en ressort une world-music avec quelques envolées originales, cependant pas vraiment d’interactions chaleureuses entre les protagonistes et un chanteur (réfugié afghan) totalement inexistant sur scène et à la voix plus que légère…

 

 

La révélation du festival : c’est un trentenaire dégingandé crooner-dandy des plus surprenant… Bjorn Tomren passe nonchalamment à des morceaux anglais d’inspiration Sinatra ou Léonard Cohen à du yodel suisse ou du “joik“ guttural autochtone Sami… Ses effets de voix sont époustouflants… On est loin des vocodeurs et autres auto-tunes, mais au plus proche de l’humain, et ça fait un bien fou ! L’énergumène va jusqu’à faire une séance de jonglage de mandarine au beau milieu d’un morceau… un ovni, quoi.
 

Pour ce show (archi-complet dans une salle de cinéma historique de la ville) il est entouré du groupe Fotefar (textuellement “trace de pas“) mené par une chanteuse chaleureuse, une violoniste montée sur ressorts et d’excellents musiciens. Une soirée iconoclaste s’il en est qui se termine par une superbe reprise d’“Imagine“ de Lennon.

 

 


 

Le trio qui accompagne Marja Mortensson, Sami au physique Björk, est surprenant : batterie, guitare et… trombone-trompette ! Cela donne des riffs stridents ou de tendres harmonies qui enveloppent les incantations autochtones d’une Marja toute en gestuelle et en explication de ses morceaux. Tout un univers…

 


 

 

 

Tora Daa, guitariste blues-rock survoltée et multipliant les mimiques, est entourée, pour ce show, des élèves du Conservatoire de Musique. Ils sont une dizaine autour d’elle. Et à mi-spectacle : changement de musiciens. Ainsi ce sont 20 élèves qui seront montés sur scène. Le fil conducteur de ces chansons d’amour en anglais reste la fougue de Tora et les hurlements de ses guitares !

 


 

Apothéose du festival, le 6 février c’est Sami Day, la fête nationale des autochtones. De midi à 16 h des minis concerts ont lieu sur une place du centre-ville où un igloo transparent est installé : les artistes défilent à l’intérieur et le public l’entoure, s’asseyant parfois sur des peaux de bêtes à même la neige. Quelques stands Sami profitent de la foule présente (artisanat, soupe chaude et burger de renne…).

 


 

Les spectacles en salle font aussi la part belle aux autochtones. Un défilé de vêtements Sami est proposé devant un parterre de jeunes enthousiastes (y’a pourtant pas de quoi !). Et à la Salle de la Culture remplie à bloc revoici Marja Mortensson et ses musiciens mais, cette fois-ci entourée d’un orchestre symphonique ! Les deux univers se marient à merveille… Un moment hors du temps !

 


 

Ici, comme dans toute la ville, jeunes et vieux ont enfilé le costume traditionnel, ce qui semble être une coutume en ce jour particulier. Contrairement à certains pays, dont le Québec, la cohabitation avec les primaux-habitants semble se passer harmonieusement. Il faut dire que la Norvège est un pays protestant et que l’évangélisation par tous les moyens n’était pas de mise ici. Ceci explique sûrement cela…

 

 

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