Playlist Longueur d’Ondes – janvier/avril 2025

Tout n’est qu’un éternel recommencement…

 

Dans cet immense océan qu’est la musique, voici quelques titres pêchés dans les nombreuses mers de la scène francophone, des trésors qui de la sorte remonteront peut-être à la surface de vos oreilles… Loin d’être exhaustive, cette playlist a été composée avec spontanéité selon un angle favorisant des styles de ziques où les grattes ont une place majeure, cela non sans renier l’éclectisme esthétique et une certaine forme de voyage dans le temps qui s’est créé naturellement à mesure des titres ajoutés en ce premier semestre 2025.

 

Pistes 1 à 10

 

On commence avec la fabuleuse Pénélope Antena, fille de l’illustre Isabelle Antena, et son piano voix d’un autre monde. Puis, un grand passage indie folk rock (on ne se refait pas) avec une belle brochette de nouveaux talents, de Jonathan Personne à Santa Maria Death Trip. Hier c’est déjà demain pourrait-on dire à l’entente de ces esthétiques sonores au relief passéiste. Ainsi, Persica 3 suspend le temps dans un balancement de tête ineffable quand Laurence Hélie distiribue une musique folk rock aux relents si bien 90’s que 70’s, raccordant ainsi ces deux époques dans un refrain à l’onomatopée imparable ! Le trip se poursuit ensuite avec la shoegaze pop des ténébreux mais aériens Belljars, de quoi relever la tête quand le jour se fait morose avant de rebondir sur le psychédélisme éclaté des Montréalais de Population II. La nuit approche, libre et sauvage, on s’enfuit dans un titre de 7 minutes tout en progression et mené tambours battants par Structure Moderne (les amateurs du regretté groupe britannique Toy apprécieront). D’une note à l’autre, le blues enfume l’espace, balkanique en son ton et ses cordes grattées avec frénésie, Zoe Eselton and Sister Outsider repousse le trépas en dansant sous la puissance du feu solaire… Nucléaire, comme le début de la fin de l’humanité, Manuel Laisné ironise sur le noyau familial dans un titre enjoué à l’instrumental déglingué.

 

Pistes 11 à 19

 

Parfaite transition pour se transposer dans des contrées plus éloignées et arabisantes avec le Tunisien Zamur et sa musicalité confondant à merveille des sonorités organiques et synthétiques dans une humeur de rêve ensablé. D’un bac à sable à l’autre, on se transporte sur une plage bossa avec Djeuhdjoah & Lieutenant Nicholson et leur invitation à se dandiner que l’on ne saurait refuser… Le BPM s’accélère alors, gentiment mais certainement, Saint Luk s’agite, son regard immobile est un leurre, on y rentre comme dans du beurre… S’en suit une très belle trouvaille (merci La Souterraine), emuhes, dont le phrasé haché se couple à une musicalité d’une modernité confondante dans l’exercice du rap egotripé, à surveiller de très près !

 

Comme une envie de tout péter dans cette playlist ? La musique punk no wave de Free Zorba The Hooligan saura alors calmer certaines ardeurs destructrices, une vraie catharsis !!! Bon ok on se calme et on part ailleurs, pas schizo pour un sou, loin de toute modernité afin de convoquer les années 40. Surgit de la sorte ce disque quasi ethnographique du multi-instrumentaliste mais surtout bassiste-contre-bassiste Cédric Lind-Lavoie, basé sur des enregistrements d’un autre temps et issu des chants des habitants d’un village nommé St-Joseph-du-Moine. Troublant ! Le temps défile et file entre nos doigts comme des grains de sables insaisissables, le présent papillonne et frisonne, l’être est d’un passé continu, ou quand la mémoire devient miroir de l’être, une virgule suspendue au futur incertain et cette musique de Charif Megarbarne, magique nostalgie ! Dans cet écho musical lointain surgit alors Maston et son instrumental d’une légèreté que rien ne semble pouvoir perturber, à la parade d’une oisiveté liquoreuse. Matt Técu et Fernando Perdomo suivent ensuite cette même sensation dans une balade romancée, vocalement susurrée à l’oreille et calfeutrée à l’ombre du présent.

 

Pistes 20 à 24

 

La musique peut-elle ainsi se penser sans un constant héritage ? Oui et non serait-on tenté de répondre à l’écoute de cette fin de playlist qui fait la part belle à une electronica aux réverbérations atmosphériques, de Basile3 à Jeune Oji en passant par Lucas Andrea et son phrasé éthéré pris entre ciel et terre. Et à ce voyage musical de se terminer aux confins de la douceur telle une soyeuse rêvasserie que le matin venant ne saurait rappeler à la réalité, merveilleuse Lucille Mille. Tout avait commencé en piano et se terminera ainsi avec Exit de Laurie Torres, d’une ample spatialité à mesure que les notes se dispersent dans l’air, par ici la sortie, la boucle est bouclée, tout n’est qu’un éternel recommencement.

 

Julien NAÏT-BOUDA – Photo de couverture : Ivan GARAND

 

 

ARTICLES SIMILAIRES