Daria

Fall Not

 

Daria se nourrit, et ce depuis ses débuts, de tout ce qu’il lui est offert, et c’est sans doute ce qui contribue à sa richesse. Mais c’est également cette faculté de puiser à droite et à gauche, de digérer des influences aussi extrêmes et diverses, et de les restituer avec une originalité propre qui fait que le quatuor est également, et sans doute un peu paradoxalement, un combo difficile à appréhender pour un néophyte. Après une longue absence entre 2017 et 2022, les musiciens ont repris leurs manuels, les ont dépoussiérés, et ont établi eux-mêmes leurs propres règles. Alors que certains  cataloguent les Angevins dans l’indie rock, au-delà des mises en case chères à beaucoup, on s’accordera sur le fait que seule compte l’émotion suscitée par la musique.

 

Aussi, disons-le, Fall Not est séduisant, et ce dès les premières secondes, tellement intenses que l’on réalise combien le disque que Daria propose ici est d’une force remarquable. Le premier titre “Citrus Paradisi” est à l’avenant de ce que la formation est capable d’ offrir  autour d’un son punk rock – qui ne veut pas dire son nom -, signe que le groupe a choisi d’évoluer dans l’univers d’un rock indépendant, riche en contrastes, mais aussi et avant tout responsable. Une première piste représentative de l’ambiance de ce disque, doté d’un son puissant, épais et intense.

 

Le schéma global se révèle rigoureusement subtil avec une combinaison de riffs tirés à quatre épingles, une rythmique soutenue avec une basse omniprésente (assurée par Pierre-Yves Sourice ex-Thugs) et surtout d’une certaine mélancolie dans l’interprétation. Neuf chansons pour un canevas sonore où dévastation et enthousiasme sont au programme dans lequel chaque pièce du puzzle doit être parfaitement fixée à sa voisine pour que l’ensemble tienne bon. Là où certaines productions semblent tenir avec trois bouts de ficelle, les Angevins, eux, n’hésitent pas un seul instant à mettre les mains dans le cambouis pour consolider l’édifice. L’objet défile d’une traite, solide et accrocheur, avec un son approprié. C’est lourd, parfois mélancolique, mais sans jamais empêcher leur marche en avant. Et ainsi l’essentiel est préservé. Non content de s’imposer de fort belle manière, Daria sait aussi faire parler la poudre en accélérant le tempo, publiant des compositions d’une qualité intrinsèque élevée pour une versatilité remarquable. Un album qui au final constitue un nouveau point d’ancrage solide pour des musiciens résolument prêts à en découdre et faire entendre leurs sons bien au-delà de leur périmètre actuel.

 

Arno JAFFRÉ