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Caloon Saloon


“Buckshot”, un premier album entre amis

La genèse du groupe québécois est exactement ce que l’on pouvait imaginer : des fêtes de 48 heures, une bande de copains qui découvre l’infinité des genres bluegrass / folk / country à travers les compilations du frère Toots MacBeth, en bref “une fraternité”.

Cette fraternité voit le jour dans un magasin Archambault (sorte de Fnac québécoise où l’on vend aussi des instruments) à l’automne 2004. Toots (myspace.com/frankmacbeth) (dobro, banjo, guitare, lap steel et voix) et Backdoor (mandoline, guitare et voix) montent un groupe avec Pontiac (guitare, percussions, harmonica et voix). Alors tous employés au rayon instruments, ils ne connaissent pas encore P’tit Buck, le libraire, qui deviendra leur ami, chanteur et contrebassiste. Une pause cigarette et le désistement du bassiste plus tard, Caloon Saloon était né. Pour les puristes de la curiosité et de l’anecdote, le nom vient d’un gilet porté par l’un des musiciens lors du premier spectacle. L’orthographe a été changée pour être graphiquement plus attrayante…

Le premier défi à relever par le groupe était d’amener le style bluegrass-country en français. Et il ne s’agissait pas uniquement de reprendre des classiques du genre, même si l’exercice avec “Cold water” de Tom Waits devenue “L’eau frette” est une réussite indéniable ! “On n’est pas des bons copieurs”, plaisante Michel-Olivier Gasse, surnommé P’tit Buck. “Avoir les droits pour cette chanson a été tellement long et compliqué que ça nous a confortés dans notre désir d’écrire.” Et tant mieux pour nous !

Des histoires pour le peuple, qui parlent aux travailleurs

Sur ce premier album intitulé “Buckshot”, on retrouve les thèmes de bases du blues ou du country, ces sujets douloureux qui torturent l’âme : la quête de l’amour, les difficultés d’arriver à se faire une vie. “On ne fera pas de chanson sur la commission Bastarache* certain ! De même qu’il faut être salement talentueux pour chanter le bonheur et que ça intéresse les gens !” poursuit P’tit Buck.

Les filles, toutes sortes de filles, apparaissent dans l’imaginaire de Caloon Saloon, mais celui qui a inspiré Vincent Vallières (www.vincentvallieres.com) pour écrire sur la vie libérée et libertine des célibataires (“La toune à Gasse” sur son album “Le repère tranquille”) se défend de chanter sa vie : “On part des fondamentales, c’est pas très très autobiographique. Je ne veux pas tomber dans le “je” pour ne pas être emmerdant.”

“Il faut voir une chanson de Caloon comme une vignette sans engagement ni implication ; ce sont plutôt des mises en scène de personnages. J’aime quand on raconte une histoire, comme avec la chanson “Jesse Ranger””, explique Toots, le barbu aux yeux vifs. Jesse Ranger est l’éternelle compagne paumée de voyous, s’enfuit avec chaque assassin de ses maris, désespérément à la recherche d’un foyer stable.

Un country qui redevient tendance

Inspirations folk, on l’a bien compris, mais comment ça prend forme ? “Les arrangements sont travaillés au local de répétition Au départ, on ne se dit pas : celle-ci va être bluegrass, celle-ci country. Chaque saveur arrive après, c’est une palette sonore super intéressante à rechercher en restant acoustique”, raconte Gasse.

La musique du genre connaît un essor fulgurant au Québec en ce moment avec l’apparition de groupes comme Canailles, Les Revenants et même Bernard Adamus. Comment ? Pourquoi ? Toots Mac Beth a sa petite idée : “Les derniers albums de Johnny Cash ont ramené cette musique sur la “map” et relancé les ventes de banjos, de mandolines ou de guitares slide. Si les groupes apparaissent maintenant, c’est qu’ils ont commencé à travailler il y a trois ou quatre ans ! Aujourd’hui au Québec, le phénomène est étrange, car les références du genre sont anglophones depuis toujours, mais elles sont transposées, ici en 2010, par des groupes francophones.” Une observation pertinente qui explique beaucoup de choses, surtout quand on connaît l’importance de la place de la langue française au Québec.

Lors de la 14ème édition du concours Les Francouvertes (www.francouvertes.com), Caloon Saloon a remporté le prix de la meilleure présence scénique (bourse du Cirque du Soleil), une récompense qui selon eux les représente bien. “On a sorti un EP en 2007 , puis notre album en septembre cette année. Après, il faut apprendre à être un groupe : ça se passe dans la “van” et sur scène. En plus, je recommence à avoir des idées pour un prochain album. C’est sûr que le suivant n’attendra pas cinq ans !”, confie Gasse, visiblement enthousiasmé par ce retour d’inspiration. Aucun doute que la musique folk a de belles années devant elle et Caloon Saloon aussi.

* Commission Bastarache : Commission d’enquête (nommée d’après le juge Bastarache) visant à élucider s’il y a eu trafic d’influence ou non auprès du ministre de la Justice lors de la nomination des juges. Un vrai scandale politique feuilleton québécois !

Texte : Antonine Salina

Photos : Michel Pinault

Site de Caloon Saloon : caloonsaloon.com


Spectacles à venir :

Coup de cœur francophone (Club Soda, Montréal)

6 novembre, en première partie de Fred Fortin

Lundis Live Chez Baptiste sur Masson

29 novembre, avec Les Revenants

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