L’insurgée poétique

Premier prix au Festival International de la Chanson de Granby en 2016, la Québécoise trimbale une sonorité folk-blues aux envolées slam du côté lyrique. Une approche assumée, sans filtre ni demi-mesure.

Cette fière représentante d’Hochelaga — un quartier autrefois ouvrier de la ville de Montréal devenu populaire — frappe sans retenue sur nos petits travers. Avec une habile prose infusée de solidarité sociale, l’artiste fait son chemin de manière farouchement autonome. « C’est un privilège de faire quelque chose de pertinent avec cette tribune, j’ai l’impression que c’est important de profiter de la scène pour faire passer des messages. Fouler les planches sans propos, c’est juste du divertissement, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit, mais ce n’est simplement pas mon truc. Je pense que je réagis très intensément au sentiment d’injustice; de sorte que je me sens physiquement pas bien si je ne fais rien. J’ignore d’où ça vient exactement, j’ai toujours été comme ça… Je dois agir pour me sentir mieux. »

Avec une approche qui a incorporé le spoken word, elle secoue l’auditeur de sa prose. « J’ai commencé à écrire à l’âge de sept ans, j’avais vu un film où le personnage principal était un auteur et j’ai trouvé ça terriblement romantique ! J’ai ensuite voulu écrire des romans, mais le processus était trop long à mon goût, alors j’ai commencé à composer des chansons. J’estime que mon récit poétique, en alternance avec mes morceaux, ajoute beaucoup de dynamisme à mes spectacles. »

En chemin vers un monde inclusif et paritaire. « À mon sens, tout passe énormément par l’éducation, il y a un gros travail de déconstruction des notions acquises à faire. On doit arrêter de tout prendre personnellement, arrêter de croire que nous ne sommes pas racistes juste parce que nous avons de bonnes intentions. C’est un travail collectif qui passe par l’individu ; on ne peut espérer faire avancer notre société si on est incapables au niveau personnel de gérer l’inconfort de la confrontation de nos schémas de pensées. Puis accepter de considérer que nous faisons partie du problème. Ce qui semble le plus difficile, c’est de se montrer capables d’autocritique et de solidarité. Il semblerait que ce soit encore bien compliqué pour la grande majorité de la population occidentale. »

Nous croyons souvent que nous possédons la science infuse. Les réseaux sociaux sont les porte-étendards d’une culture de l’argumentaire, témoins de ce désir d’avoir raison à tout prix et des opinions à demi-réfléchies. « C’est effectivement le pire exemple ! Ce ne sont pas des discussions, mais des monologues croisés, le but est de se faire entendre et non d’écouter. Pour ma part, je n’y ai jamais eu une discussion constructive. En dehors des médias sociaux, nous faisons tous la même erreur : nous analysons une situation à travers nos propres expériences. On doit sortir de ce que nous avons vécu en prenant en considération le point de vue des autres, de nouvelles informations, sinon notre vision est trop rapidement biaisée. Nous avons le devoir de sortir de cette bulle et de nous intéresser aux réalités des autres. En s’entourant de gens qui pensent de la même manière que nous, on demeure dans la facilité et le connu. Je crois qu’aucun progrès n’est possible en maintenant une position confortable ! »

Texte : Pascal Deslauriers

Photos : Frédéric Petit


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