Benjamin Mathieu, Road Studio ©Guendalina Flamini - LO81

Une idée aussi ingénieuse que pratique : un studio mobile… dans un camion ! Pour le Lillois Benjamin Mathieu, initiateur du Road Studio, le principe est le suivant : le producteur part à la rencontre des groupes, et non l’inverse.

Son BTS en poche (audiovisuel option son), Benjamin Mathieu commence à travailler dans différents studios (dont le Studio Ferber à Paris). Un apprentissage qui le conduit à s’interroger sur les limites de la production musicale. Comment s’affranchir de l’uniformité sonore et transformer la conception d’un disque en véritable aventure, se demande-t-il ? D’où l’invention du Road Studio. Merveilleuse pensée : un studio est emménagé dans un semi poids lourd, et ce dernier, par sa mobilité, permet aux musiciens d’enregistrer là où ils le souhaitent (une église, un chalet, un lieu en plein air). « C’est un lien plus intime avec les musiciens car je suis toujours impliqué dans leur projet », explique Benjamin. « Lorsqu’un musicien commence à réfléchir à un album, il y travaille en amont et ne peut pas booker une session studio à l’improviste. L’idée, pour ce dernier, consiste à se demander quel type de lieux recherche-t-il par rapport à son univers ou sa personnalité. Un premier album tient forcément à cœur, et si je propose de vivre une “aventure” un peu particulière pour le produire, cela change les relations et me permet de plus m’impliquer dans le projet. »

 

Comment se déroule le choix du lieu ? « Je discute avec les musiciens, on parle de leurs inspirations, pour apprendre à se connaître. On réfléchit ensuite au son que l’on voudrait donner à l’album, même si parfois le but est d’expérimenter, de se renouveler. Puis au lieu adéquat en termes d’acoustique, d’atmosphère. Par exemple, si j’enregistre un groupe de folk en pleine montagne, ce n’est pas nécessairement pour avoir le son du chalet, mais aussi pour se mettre dans une bulle durant une bonne semaine – ce qui est beaucoup plus créatif que d’enregistrer dans un sous-sol sans lumière. Il y a donc le côté confort et acoustique. »

Concrètement, à quoi ressemble un voyage en compagnie de Benjamin ? « Le camion est une régie insonorisée. Lorsqu’on entre dans un lieu bizarre, avec une grande réverbération (un hangar ou une église), dans le camion je peux contrôler tout ce qui se passe à l’extérieur. Je tire un câble, je place les musiciens et les micros dans tel endroit, on parle par casques (comme dans un studio classique) et on enregistre ! » Un parti pris qui n’est pas seulement technique car le lieu choisi aura logiquement un impact sur la couleur de l’album, et permettra d’éviter « le son de tout le monde ».

 

En deux ans d’existence, le Road Studio a enregistré une cinquantaine de groupes (Majordome, Cougar Parking, Ségolène Brutin), d’horizons très divers (rock, rap, folk, formations établies comme débutantes) et originaires de nombreuses villes. Benjamin : « J’habite à Lille mais je ne suis pas localisé dans une ville précise. Et puis, avec un groupe nantais, on peut aller enregistrer à Bordeaux ; avec un groupe lillois, en Allemagne ; avec un groupe parisien, en Picardie. »

Entreprise collective, le projet s’ouvre également à l’audiovisuel et à l’événementiel : captations live, interviews vidéos promotionnelles, concerts. Toujours au service de l’artiste, de son univers comme de ses attentes. Ainsi, le Road Studio ne fait pas seulement qu’accompagner les groupes vers des lieux musicalement appropriés, il matérialise également leurs souhaits — avec un tarif qui s’adapte en fonction des projets.


Tour de France

Du 25 mai au 15 juin, le Road Studio est parti en voyage (et en camion) dans sept villes. « Pour voir comment les musiciens vivent leur musique dans différents endroits, comment s’arrangent-ils pour créer du réseau entre eux », précise Benjamin. Ce périple, baptisé Tempo, donnera naissance à une série documentaire diffusée sur YouTube : un épisode par ville qui montrera les initiatives musicales entreprises par chaque région visitée. Toujours cette idée de curiosité, de défrichage de l’espace sonore. Toujours ce besoin de rencontres, marque atypique d’un studio mobile qui arpente les routes avec passion et sincérité.


>> Site du Road Studio

Texte : Jean Thooris

Photo : Guendalina Flamini

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