MY TIGER SIDE ©Karine Auzier - Longueur d'Ondes

La face cachée du Tigre

Cela fait vingt cinq ans que Rémi Saboul œuvre dans la scène musicale nîmoise et montpelliéraine. Des Vengeurs à Drive Blind en passant par Rinoçerose, il a tout connu des aventures rock et électro de la région. Il revient aujourd’hui avec un projet solo, My Tiger Side. Et c’est une réussite incontestable.

Avec cet album, le talentueux Nîmois offre une musique qui ne ressemble à rien que l’on ait pu entendre auparavant. Un univers qui s’éloigne même du rock malgré ses envolées parfois psychédéliques. Une musique expérimentale sans doute influencée par ses expériences jazzy, d’autant plus que le disque provient de sessions où l’improvisation était le maître mot. «  L’album est issu de sessions d’improvisation. En concert également, tout était de l’impro, comme cela peut l’être pour le jazz. A l’opposé du concert rock où tu as ta set-list et tu joues la même chaque soir. Aujourd’hui mes concerts ne sont plus comme au début totalement improvisés ; j’ai désormais une trame avec des sons pré-enregistrés mais dessus, je continue les improvisations. »

 

 

Pour cet album, le musicien a eu l’idée d’écrire des thèmes inspirés par des musiques de films, de Nino Rota à Ennio Morricone en passant par François de Roubaix. Il en résulte de longues plages musicales à l’atmosphère quasi-religieuse. Tout sauf un hasard. « Il y a une face du disque où j’ai emprunté la structure d’une messe classique. Je ne suis pas religieux mais je sais apprécier le côté dramatique de la messe. Ce côté classique se retrouve avec les titres des morceaux qui sont comme des opus avec des numéros. Cette inspiration m’est également venue d’un album des Electric Prunes, un groupe psychédélique 60’s qui dans leur album Mass in f Minor avait utilisé des titres de musique classique. »

Pour le guitariste, le défi était de faire passer l’émotion sans le chant. Ses années passées avec Rinoçerose et dans des jazz-bands lui ouvrent des univers dans lequel le chant est absent. Comme dans celui du post-rock, notamment avec une première partie de Tortoise en juin dernier. « Je ne fais pas de pas post-rock mais il y avait un sens à ouvrir pour eux. Nos musiques sont différentes mais la texture est la même. »

 

 

Si Rémi Saboul s’est éloigné de la musique rock pure et dure, en revanche dans l’esprit son projet est des plus rock’n’roll avec un côté DIY revendiqué. « Mes années avec Drive Blind m’ont appris la débrouille. Dans ce projet, j’ai tout fait tout seul. Le disque est entièrement auto-produit avec uniquement une sortie vinyle et j’ai démarché les sites musicaux moi-même. Ce que je fais, c’est du travail d’artisan. J’ai eu de bonnes critiques du disque en Allemagne, aux États-Unis, au Japon, en Hollande et tout cela je l’ai obtenu à coups de timbres et d’envois. »

En octobre dernier, le disque est sorti dans une version remix avec plusieurs des artistes montpelliérains actuels les plus intéressants comme Connasse, Frank Rabeyrolles ou Cats Hats Gowns. Pour 2017, Rémi envisage de nouveaux projets avec des musiciens cette fois-ci, mais malgré maintes demandes pressantes, pas de reformation de Drive Blind en vue. « Je suis très heureux que Head Records réédite nos disques mais si Drive Blind fait partie de moi, je n’éprouve pas de nostalgie de cette époque. Pour moi, la reformation d’un groupe, c’est une fausse bonne idée mais après tout, qui sait, on le fera peut être un jour… »

>> Site de My Tiger Side

 

Texte : PIERRE-ARNAUD JONARD | Photo : KARINE AUZIER

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