Theo Lawrence ©Christophe Crénel - Longueur d'Ondes 80

 

Amour, âme et kung-fu

Tous les qualificatifs accompagnés du substantif “génie” l’attendent. Theo Lawrence avance vers sa mission : chanter avec amour à l’âme humaine. Une soul issue des 60’s qu’il mâtine de blues tout en réussissant la prouesse de sonner moderne.

L’image le résume : look de faux Elvis moderne, au milieu de l’espace pro de Rock en Seine Theo Lawrence se balance sur une chaise et répond — un peu sur la réserve — à une interview. Son concert a été trop court : il veut manger de la scène. Un appétit d’enfant sage. Sa maîtrise est certaine, son apparence esthétique est recherchée, mais l’adolescent n’est pas loin. Les fées qui se sont penchées sur son cas lui garantissent certes une jolie carrière, mais il sait déjà qu’il gardera ses désirs de teenager. C’est ça aussi l’essence même de son blues-soul-rock. Pourquoi choisir quand on vit en banlieue sud de Paris ?

À l’âge où certains jouent à la Playstation et d’autres engloutissent des mangas, lui, ouvre la boîte Internet et refait le fil de l’histoire de la musique en partant des inévitables Rolling Stones. De Muddy Waters à Aretha Franklin, de Bo Diddley à Irma Thomas, toute la musique qu’il aime, elle vient de là, elle vient du cœur. Il découvre ainsi la star cambodgienne 70s Ros Sereysothea. Dès lors, c’est son école de vie, ses cartes de géographie, sa mode et sa conscience du monde.

Arriva ce qu’il devait arriver, une guitare tombe entre ses mains. Il ne se contente pas alors de réinterpréter ses aînés, mais compose déjà allant jusqu’à créer un groupe en 6e. Puis très vite, plus sérieux, le groupe The Velvet Veins qui a fait parlé de lui, mais trop rock seventies pour Theo. Exit les cheveux longs et les bagues aux doigts, bienvenue la coupe gominée et le bolo-tie, il embarque son bassiste d’alors, Olivier Viscat, et recrute Louis-Marin Renaud (guitare), Thibaut L. ­Rooster (batterie) et Nevil Bernard (claviers), pour créer The Hearts qu’il met en avant même s’il sait que c’est lui le patron. “Les Cœurs” : nom qui donne la dimension sincèrement humaine que ce leader de 21 ans veut insuffler. Sans naïveté, Theo Lawrence veut que l’amour domine le monde ou quelque chose s’en approchant. Alors, avec sa voix naturellement mature, il s’emploie à donner du baume au cœur, à adoucir les âmes. Pas de cliché, mais de la sincérité comme le firent les premiers bluesmen. Après tout, son époque n’est pas si drôle que cela, et c’est peut-être là que réside la modernité du kid de Gentilly.

Il y a un an sortait un single beaucoup plus soul que l’EP cinq titres venant actuellement poindre son nez et qui, sans inadvertance, sent fort le tube. Le Franco-Canadien — voilà d’où vient l’accent ­nickel — a tout pour imaginer flirter avec les States, qui ne manqueront pas de s’étonner puis de s’enthousiasmer qu’un petit gars vienne leur botter les fesses en leur rappelant d’où ils viennent. Pour peu qu’un Dan Auerbach (Black Keys) se mette à produire l’album qui se prépare et on le perdra. Bienvenue alors sur la scène du Ryman Auditorium à Nashville !

Mais alors, quid du Kung-fu du titre de l’article ? Petit, c’était sa passion absolue, il le pratiquait et dévorait les films du genre. Voilà le lien avec la musique : les B.O. de films. L’ambition est de transposer cette ambiance dans ses titres. Ceci explique sans doute sa sérénité contrôlée, la pochette du premier single et la façon presque bouddhiste de voir la vie. Allez savoir : la réincarnation n’a peut-être pas encore livré tous ses secrets et, dit-il, « une chanson au bon endroit au bon moment, peut avoir un vrai poids ».


Theo Lawrence - Longueur d'Ondes 80Sticky Icky
Gentilly Potion

Enregistré live « comme avant, pour garder la vérité » puis retravaillé par le guitariste Louis-Marin, ces maniaques du son ont su apposer les petits gimmicks obsédants qui se retiennent (les “claps” de “Sticky Icky”), la légèreté quand il faut et l’alternance entre sérénité et dureté qui créent un son. Un son actuel. Car même si les racines sont anciennes, la plante est vivace. Pas de nostalgie là-dedans, ni de coup marketing, mais une revisite habile des fondamentaux. Ils ont « cassé les règles, pris des risques » pour être moins respectueux, tout en gardant intacte l’émotion et les mots qui rassurent. De la soul plus pop en résumé.

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Texte : Olivier Bas / Photo : Christophe Crénel

 

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