Octave Noire ©Gildas Raffenel - Longueur d'Ondes 80

Preneur de sons

La voix posée, sorte de ligne claire sur des mélodies anachroniques et synthétiques, l’ex-étudiant en musicologie Octave Noire a réussi son pari : lier les mondes et les époques à coups d’abysses mystérieux et de propos intelligents.

 

  • Considères-tu ta voix comme un instrument ?

Sur le single “Un Nouveau Monde”, il n’y a effectivement que 5 phrases. L’intérêt est dans la répétition, comme une sorte de mantra scandé. Je suis plus attaché à l’idée générale, à la mélodie. J’ai même écrit un 2e couplet, mais le morceau perdait de sa force… Non, tout est dans l’emphase de la musique, comblant si nécessaire les blancs.

 

  • Tu ne chantes donc pas dans le but de te raconter…

Je n’ai jamais voulu être chanteur. C’est en réalisant des maquettes pour d’autres que j’y ai finalement pris goût. Le chant ne m’apporte rien sur le plan formel. Même quand j’écoute le morceau d’un autre, je ne me focalise que sur les arrangements ! Et puis, j’ai compris que mon accent anglais était mauvais… Ça peut donner un style à la Air ou Nouvelle Vague, mais je ne trouve pas cela intéressant.

 

  • Comment te viennent les paroles ?

J’ai essayé de comprendre comment des Biolay, Daho ou Stromae développent une idée, pour la tourner ensuite à ma sauce. Mais, à part les sonorités, il n’y a pas beaucoup de recherches. Ça me vient en 30 minutes. Et plus je cherche, moins je trouve… On est vraiment dans un processus impressionniste.

 

  • Ton attitude dans ton premier clip, plutôt posée, est assez similaire avec celle sur scène…

C’est ce qui m’a plu dans le travail de Gaëtan Chataignier (ex-The Little Rabbits, devenu réalisateur). C’est à la fois arty et futuriste. Voir des images sur sa musique bouscule un peu ! On a d’ailleurs une vision différente de la chanson, mais c’est très enrichissant d’observer comment des personnes extérieures la ressentent. Mes musiciens sur scène, Franck (Yelle) et Ton’s (Svinkels, Freedom for King Kong) ont une solide expérience. Du coup, je suis sur du velours… Et si nous n’avons réalisé qu’une dizaine de concerts de ce projet, nous avons tout de même beaucoup travaillé en amont. On essaie surtout d’installer une atmosphère… Si des gens hochent la tête, c’est tant mieux. Mais le contemplatif, c’est bien aussi… C’est ce que je suis dans la vie ! Pour les prochains morceaux, je pense cependant écrire des choses plus pêchues pour amener un peu de variations.

 

  • A contrario de cette sérénité, tu sembles pourtant être passé par plusieurs phases pour trouver ta couleur musicale…

Je suis un schizophrène musical : quand j’entends quelque chose, j’ai envie de faire pareil… Il y a quelques années, j’officiais comme artiste sous le nom d’Aliplays. Les musiques électroniques me permettaient de toucher plein de styles et notamment d’aller vers des orientations plus bruitistes. Puis, j’ai voulu faire de la musique de film. Après avoir eu une révélation lors d’un ciné-concert, j’ai acheté des instruments pouvant simuler un orchestre…

 

  • Et non de la musique africaine, toi qui as vécu 10 ans en Côte d’Ivoire ?

J’aurai l’impression d’être un usurpateur, du style “compilation de Nature & Découvertes”, même si quelques éléments rappellent effectivement cet héritage… Après, on est tous dans la recherche de la madeleine de Proust ! Quelque chose de sensoriel. Le nom du projet vient d’ailleurs des sens : l’ouïe (Octave) et la vue (Noire). Tout comme celui de l’album – Néon : à la fois un gaz rare dans l’univers (l’infiniment grand), mais aussi par extension cette lumière blafarde qui accompagne ces endroits manquant de poésie (toilettes, laverie…) dans l’infiniment petit de notre condition humaine. Deux extrêmes à concilier…


Octave Noire - Longueur d'Ondes 80Néon
Yotanka

Cette pop lunaire nous avait marqués avant l’hiver. C’était fin novembre, à la sortie du clip “Nouveau monde”. Le barbu parisien y apparaissait prophète des claviers d’hier et de demain. Regard au-delà, timbre apaisant et impassible, synthés impatients et apatrides, le tout était ficelé par des cordes de violons incitant à la répétition… Le synthétique et la synthèse y étaient déjà rois. On a évoqué Sébastien Tellier, invoqué Jean-Michel Jarre. On aurait pu rajouter Clint Mansell quand le trio va contrarier sa syntaxe dans les hauteurs. Que dire alors de cette harpe chahutée sur “My Hand In Your Hand”, ce sample saccadé sur “Tes Yeux, tes mains, tes lèvres” ou ce “The Shapes” qui réchauffe les cœurs, si ce n’est qu’ils multiplient les lignes d’horizon, démontrant l’étendue de ce nouveau territoire sans âge ; tantôt plein d’espoir, tantôt en nage, qu’il soit sueur ou à contre-courant. Pourvu qu’il y ait un ailleurs, justement.

Texte : Samuel Degasne / Photo : Gildas Raffenel

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