Teleferik ©Alca Luto - Longueur d'Ondes

Départ Immédiat

A chaque nouvelle année son lot de nouvelles résolutions ! Arno et Eliz, les deux membres de Teleferik, rentrés depuis peu d’une tournée coréenne, évoquent leur parcours et leurs objectifs pour 2017. Rencontre.

Le duo tire son nom d’un téléphérique libanais reliant la mer à la montagne. « Au début, il s’agissait d’une chanson racontant une histoire d’amour ayant lieu dans le téléphérique, puis on a gardé ce nom pour le groupe, ça sonnait bien » confie Eliz la chanteuse. Chez Teleferik, tout fonctionne par moitié : « On est sur un pied d’égalité, un garçon et une fille, les deux genres sont représentés. » d’après la musicienne. « Eliz, c’est l’artiste (« Une diva Arabe, en robe dorée, les baskets aux pieds » selon ses propres termes) moi je suis plus le technicien » d’après Arno.

La chanteuse affine un peu plus la description : « Le côté pop, punk et soul vient de moi. La facette blues et psychédélique c’est l’apport d’Arno au groupe. » Autant de genres fermement ancrés dans les années 60 et 70, auxquels le groupe redonne un nouveau souffle sans pour autant tomber dans le passéisme, grâce notamment au jeu de guitare sinueux et acrobatique du musicien qui donne le tournis à l’auditeur : « Mélanger les émotions au sein d’un même morceau, déstabiliser un peu, ça m’éclate » affirme le guitariste dans un sourire. « Moi j’essaye plutôt de simplifier les choses » reprend la chanteuse, « mon jeu de basse est très simple, le chant pareil ». A ceci près qu’Eliz chante en trois langues : français, anglais et arabe libanais et, à chaque fois, module sa voix et utilise des nuances différentes suivant la langue utilisée : « C’est vrai, l’anglais correspond à des ambiances brutes, un peu hurlées alors que le français et l’arabe sont sur un registre mélancolique. »

Un héritage multi-culturel qui fait la force (et l’attrait) du groupe et qui pourtant n’a pas toujours été évident à porter, notamment les lendemains douloureux qui ont suivi l’attentat de Charlie Hebdo : « C’était une période glauque pour faire de la musique » se souvient la chanteuse. « On était en studio et je n’osais plus chanter en arabe. J’éprouvais une sorte de gêne, de malaise. J’avais peur que le groupe soit stigmatisé à cause de moi. Mais au final je crois que cela n’a pas été le cas. »

Pas question cependant pour le duo de se laisser aller et c’est le pied au plancher qu’il attaque 2017 avec un nouvel album en ligne de mire. Le groupe continue ainsi vaillamment sa route en toute indépendance rejoint par un invité prestigieux, Rizan Saïd, claviériste syrien qui a longtemps fait partie du groupe d’Omar Souleyman. Ce dernier ajoute « une couleur supplémentaire au groupe » d’après Arno. Eliz poursuit : « On se lance dans ce que l’on a appelé le « dabké-rock » et qui n’a jamais été fait avant. Le dabké c’est une danse folklorique libanaise qui rappelle le sirtaki grec que l’on mélange à nos influences rock. On veut faire quelque chose de dansant et festif, apporter un peu de joie en ce bas monde. »

Une excellente résolution pour débuter cette année et dont on suivra avec grand intérêt les développements futurs dans les mois à venir. Teleferik, une affaire à suivre…

 

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Texte : RÉGIS GAUDIN | Photo : ALCA LUTO

Publié le