YALTA CLUB en entrevue sur Longueur d'Ondes - Photo : Akatre

Buena vista social

Invités d’une soirée Longueur d’Ondes, les Franco-Allemands Yalta Club nous avaient quittés sur un charivari pop plein de promesses. Du collégial gorgé d’optimisme pop. À travers leur nouvel EP Midas, on découvre un engagement plus marqué, signe des soubresauts de l’actualité.

2013. Leur album éponyme propulse le collectif dans une tournée européenne de 150 dates. Raisons de l’engouement : la multiplication des instruments et les changements réguliers de postes sur scène, offrant une bonne humeur communicative. Solaire. Presque envieuse… Ceux qui ont tendu l’oreille auront toutefois découvert quelques textes acides (en anglais) en contraste avec une musique qui se voulait pourtant joyeusement naïve. Chaud-froid saisissant, notamment sur l’anticonsumériste “Highly branded” ou le fataliste “What’s comin’ after”, passés à la moulinette de l’ironie…

Trois ans plus tard, le ton se fait plus grave. En se réappropriant le mythe de Midas (l’homme qui transforme ce qu’il touche en or), le groupe siffle la fin de la récrée avec la chronique d’un royaume condamné à sa propre démesure : violences sexuelles, attentats parisiens… « Nous sommes des citoyens avant d’être des artistes ! », justifie ­Nicolas Dhers, ingénieur spécialisé en développement durable, créateur du premier Vegan Pop Festival (16-18 sept., La Villette) et bassiste / percussionniste au sein de Yalta Club.

« L’actualité nous a contraint à davantage assumer nos signifiants et signifiés. Sur “Exile”, qui traite des migrants, il y a beaucoup de sons issus de vinyles ethno des 70’s, afin d’évoquer une mémoire universelle qui se détériore… C’est intéressant de créer des métissages et avoir ainsi une connexion musicale avec ceux qui doivent fuir leur culture. » D’autant que la thématique résonne chez Corinna Krome (chant, clavier, harmonica, tuba, percussions). L’unique femme du groupe, professeure d’université à Lüneburg (Allemagne), est en effet membre de SOS Méditerranée (association de sauvetage en mer) et directrice d’une fondation en faveur de l’insertion des réfugiés…

 

 

Pour Corinna, si les jeunes générations peuvent être tentées par les extrêmes, c’est en raison de la multitude de choix possibles : « Cela crée un grand besoin de règles. Les solutions de ces ­partis — irréalisables mais terriblement simplistes et, donc, accessibles — y répondent… » Nicolas va plus loin, se désolant que « la règle économique influence le paysage social et environnemental. Ce devrait être l’inverse ! Les sirènes de la consommation mènent à un cul-de-sac et ne nous rendent pas plus heureux. » De là à se sentir seuls dans cette démarche ? « Nous n’avons pas la prétention de vouloir que chaque artiste affirme ses convictions. Le futile ne déprécie en rien la création… Chez nous, c’est en tout cas un engagement intime et modeste, pas une posture mercantile. »

Et côté structure, seraient-ils prêts à franchir le pas d’un Radiohead (nouveaux moyens de distribution) ou des Ogres de Barback (scène itinérante, création d’une plateforme de diffusion…) ? « On cherche surtout à transmettre nos émotions plutôt que fomenter une révolution. Cependant, nous avons offert le titre “LOVE” [NdlR : qui évoque le Bataclan] au public, contre l’avis des professionnels… On a même, en réflexion, une répartition égalitaire des revenus ! Le cas de The Inspector Cluzo [NdlR : création d’un label et d’une ferme] est génial. Mais, même si nous serions intéressés par la vie en communauté, on connaît aussi nos limites : on a déjà du mal à s’occuper de nos plantes… »

Espérons surtout qu’en Midas, le groupe ait trouvé son filon.

 

Midas / radicalis
Site du Yalta Club

Texte : SAMUEL DEGASNE
Photo : AKATRE

 

 


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