:passage: épisode 1

Cartes vocales de rencontres musicales improvisées : après un EP et un album Histoires d’o 2, Ottilie [B] prépare un nouveau disque, :passage:, pour le moins original. Pendant un an, elle a parcouru le monde afin d’enregistrer les prémisses de ses morceaux au gré de rencontres artistiques. Elle raconte:

Ottilie [B]

:passage: Passant / passeur / passager, là où nous allons nous sommes déjà. À travers le voyage et la rencontre, il est question de ce qui nous meut, d’énergie vitale, de présence et d’impermanence. J’ai construit cette histoire de cartes vocales sur les routes de la tournée du premier album. Envie de l’Autre, ces espaces inconnus, féroce envie de voir le monde, de me nourrir de son chant avec toutes les voix / voies possibles!  Envie de bousculer mon petit confort, de m’abandonner dans le trait d’union entre le début et la fin : d’un morceau, d’une rencontre, d’un voyage, d’une ritournelle, d’un mouvement et sentir que finalement rien ne s’arrête jamais. Je suis dans le passage autant que je suis le passage.

Pas de règle autre que de promener les textes en devenir et / ou mélodies de futures chansons, des idées de morceaux instrumentaux, rien parfois, et juste la voix joueuse, un tambour avec la volonté de laisser agir, laisser chanter, et partager l’instant autour du thème du passage.

Parfois est née une envie commune de créer ensemble ce qui donnera vie à un morceau « fini » sur l’album :passage: ou lors d’une collaboration live.

Loin d’être un ingénieuse du son (j’ai été parfois aidée sur les prises complexes par Luz Negra), je récupère toutefois un petit enregistreur et c’est parti !  Voici que j’emmagasine tout au long de l’année 2015, des cartes virtuelles sous forme d’une collecte d’enregistrements sauvages de moments fugaces, en provocant des rencontres avec des artistes à travers le monde (France, Belgique, Laponie, Ile de la Réunion, Mongolie…)

Appareil argentique en plastique au fond du sac à côté de l’enregistreur, jubilant comme une môme, je fige en parallèle le mouvement en jouant à déclencher « plusieurs images en une », toujours dans cette intention de frayer un :passage: à l’indicible, porte mystérieuse dans l’espace temps .

J’ai beaucoup aimé découvrir ces « passeurs » incroyables (un lien vers leur travail est joint à chaque carte vocale quand il existe), j’ai tellement appris (et kiffé) que je compte laisser l’expérience continuer vers la suite, vers demain.

 

Premier titre
:Aux morts pour l’offense:

Ottilie [B]Nous sommes dans les Alpes, proche de mon lieu de résidence, dans ma petite salle de répétition derrière l’église de Guillestre (05), dite « ancienne mairie ».

Bastien Gsell est un ami, son camp de base est aussi les Hautes-Alpes ; il joue de la flûte harmonique, grand voyageur (il est sur les tournées du groupe Tinariwen) et passionné de musiques. Avec lui :passage: commence chez moi… Comme ça, juste comme ça. Cette rencontre traduit bien l’essence de ce qui m’a mise en mouvement vers les autres : aller à l’essentiel avec ce que j’ai de plus simple à échanger, justement : voix / percussion / texte. J’ai sorti de mes carnets de brouillons ce texte…

Je pars d’une recherche pas encore aboutie, traitant de ces étranges monuments aux morts avec en questions sous-jacentes : comment sublimer l’horreur de la disparition ? Comment évoquer les guerres passées et actuelles ? Je pars de cette formule : « Je ferais bien une sculpture / Avec la boue de mes chaussures ».

 

« :Aux morts pour l’offense: »

Dieu vomit les tièdes,
sait-on de source sûre ?
Qu’ici les morts s’étalent
comme la confiture

Je ferais bien une sculpture
avec la boue de mes chaussures

Entrainant secrets et limons
déluges, résidus d’action
La lumière coule de la fêlure
Suinte du trou de mes blessures

Je ferais bien une sculpture
avec la boue de mes chaussures

La médaille a fondu
fais gaffe à toi
Lève la tête et regarde où tu vas

Les chants de batailles perdues
Bouches d’égouts rejets d’obus
Dessous la pluie, entend, le sang circule
Où la tristesse est monument
des ces vivants morts pour l’offense

Je ferais bien… Je serais bien.

 

J’ai de la tendresse pour ce premier enregistrement, beaucoup de réverb comme on dit, un son très amateur et la spontanéité de la rencontre… On a laissé venir le reste.

 

Site : www.ottilieb.com
Ottilie [B]
Photos : Thomas Lang

Ottilie [B]-ThomasLang

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