The Four Roses

Une Amy Winehouse puissance dix, un Lorrain louisianais, un chieur ingérable, des souvenirs contre-culturels ou poétiques, le rock’n’roll dans toute sa gloire… Ce sont là quelques idées de lectures pour vos prochaines journées au soleil. Bon été !


Roman

PHILIPPE BROUSSARD
« Vivre cent jours en un », Ed. Stock, 19,00 €

"Vivre cent jours en un" - Philippe BroussardElle fut la plus grande. D’une certaine façon elle l’est encore, celle que l’on surnommait « Lady Day », la reine des nuits et icône du jazz : Billie Holiday. Le journaliste et écrivain Philippe Broussard dit d’elle : « Ce fut Piaf en pire, Amy Winehouse puissance dix, du talent et du drame à profusion, la prostitution, l’alcool, les coups, le sexe, la dope, la prison ». Sublime Billie, au destin chaotique et grandiose. L’auteur se penche ici sur la dernière tournée européenne de la chanteuse, épisode méconnu de sa carrière. De Paris à Milan, Paris de nouveau, puis Londres avant le dernier départ pour New York, il reconstitue pas à pas son parcours, retrouvant ceux qui l’ont côtoyée, reconstituant les nuits sulfureuses des clubs des 50’s. Sa plume dresse le portrait d’une femme brisée, gamine de Baltimore ballottée trop tôt entre les hommes. Mais dont la voix, indomptable, obsédante, enchantaient les cœurs. L’été 1959, à 44 ans, Lady est morte d’avoir trop vécu.
Aena Léo


Essai

VINCENT PIOLET
« Regarde ta jeunesse dans les yeux
Naissance du hip-hop français 1980-1990 »,
Ed. Le Mot et Le Reste, 25 €

"Regarde ta jeunesse dans les yeux" - Vincent PioletAu départ, l’auteur voulait écrire sur le terrain vague de La Chapelle, dans le 19e arrondissement de Paris. Puis il s’est rendu compte que parler de ce lieu n’avait de sens que s’il racontait, d’abord, l’histoire de la génération qui a vu naître le hip-hop français, dans les années 1980. C’est donc cette dernière qu’il s’est attaché à raconter, après trois ans d’enquête et des dizaines d’entretiens avec des figures du milieu de l’époque, reconnues ou anonymes (Kool Shen, Stomy Bugsy, Style J…). Qu’était le hip-hop des débuts, avant d’être aspiré par la culture de masse dans les années 2000 ? Une contre-culture sans argent, sans médias, sans institutions, mais intimement liée aux banlieues, à l’actualité sociale (émeutes de 1981 aux Minguettes, marche contre le racisme de 1986…) et au graff, tout se nourrissant d’une fascination pour les États-Unis. Cerise sur le gâteau, l’ouvrage s’ouvre sur une savoureuse préface de Dee Nasty.
Aena Léo


BD

JANO ET BARU
« The four roses », Ed. Futuropolis, 20 €

"The four roses" - Jano & BaruQuel lien entre la Meuse et la Louisiane ? Les soldats américains, pardi. Ceux qui sont restés en France après la fin de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’en 1967. Conséquence de cette présence étrangère : l’essor économique de certaines villes hexagonales (en particulier l’activité de bistrotier…), mais également l’apport culturel. En effet, alors que les États-Unis d’après-guerre ont déjà franchit le mur du son avec le rock’n’roll, les Frenchies biberonnent encore à la chanson. Les premiers juke-boxes importés pour le plaisir de la clientèle US feront ainsi naître des vocations au sein de la jeunesse locale. Parmi ces gosses : le musicien King Automatic, dont les racines louisianaises sont plus profondes qu’il ne l’imagine. Avec cet album, Jano (Métal Hurlant, L’Écho des Savanes) et Baru (Grand Prix d’Angoulême 2010) rejouent les road trips initiatiques. 96 pages que l’ont auraient aimé prolonger, vu la matière. Mention spéciale pour les pleines pages de croquis de quartier. Samuel Degasne


Document

PAUL ALESSANDRINI
« Fun house – Les années Rock & Folk »,
Ed. Le Mot et Le Reste, 21 €

"Fun house" - Paul AlessandriniRetour sur des artistes qui inventèrent leur propre élégance – musicale comme vestimentaire – et en firent un art total qui percuta en plein cœur toutes les classes sociales : recueil d’articles et interviews parus entre 1969 et 1976 dans Rock & Folk, cet ouvrage témoigne avec précision, poésie et intégrité de la ferveur qui fût celle d’un rock’n’roll animal, théâtral, provocateur, libre et intensément sensuel. Journaliste et auteur visionnaire, directeur artistique du Palace, producteur à France Musique et France Culture, photographe et réalisateur, Paul Alessandrini, l’un des critiques les plus influents de l’âge d’or des icônes flamboyantes, invoque tel un magicien ces créatures fantastiques et fait revivre au fil des pages la grande folie rock’n’rollienne, l’enchantement et la fascination que continuent de susciter les New York Dolls, David Bowie, Roxy Music, Lou Reed, les Beatles, Miles Davis, le Velvet Underground et bien d’autres. La mythologie du rock a trouvé sa bible. France de Griessen


Biographie

SÉBASTIEN BATAILLE
« Jean-Louis Murat – Coups de tête », Ed. Carpentier, 17,90 €

"Jean-Louis Murat – Coups de tête" - Sébastien BatailleDéjà responsable d’un ouvrage très complet sur Duran Duran, Sébastien Bataille récidive avec un tout autre phénomène. Dans cette courte biographie non-autorisée, il compare Jean-Louis Murat au personnage incarné par Patrick Dewaere dans le film Coup de tête : passionné romantique accro aux salves assassines, dépressif latent, viril charmeur, impulsif exécrant la médiocrité. L’Auvergnat apparaît ici comme un adepte des contradictions. Une manière de préserver son intimité ? Les témoignages recueillis corroborent ce flou stratégique : si William Sheller exprime beaucoup d’admiration pour lui, Jean-Bernard Hebey, son premier producteur, le dépeint comme un « chieur ingérable ». Murat, c’est aussi un franc-parler qui n’épargne personne : de l’Europe à Renaud, du showbiz à Daho, l’auteur recense ici ses meilleures vacheries. Un art du dézingage permettant à Dominique A, dans une préface hilarante, d’affirmer à quel point il est fier d’appartenir à la confrérie des cibles de « JLM » ! Jean Thooris


Document

MICHELANGELO ANTONIONI
« Je commence à comprendre », Ed. Arléa, 14 €

"Je commence à comprendre" - Michelangelo AntonioniLe réalisateur Michelangelo Antonioni interprétait le rythme et les couleurs à la manière d’un compositeur ou d’un peintre qui aurait choisi d’emprunter un autre chemin. Recueil de notes et pensées, ce livre est une plongée dans l’imagination et la sensibilité pluridisciplinaire qui caractérise le cinéaste. Il y est question du besoin d’observation solitaire, de la nécessité de l’inconnu, de la transformation du réel en matériau artistique, de l’urgence, de la sensualité et de l’amour. « Un jour, devant Le Désert Rouge, il avait posé sa belle main sur son front comme pour dire Quel fou j’étais », écrit Enrica Antonioni dans l’avant-propos. L’inoubliable scène finale de Zabriskie Point – l’un des exemples les plus saisissants de l’histoire du cinéma de l’impact que peut avoir la superposition de l’image et de la musique – est l’un des nombreux trésors issus de cette folie, richesse incommensurable du royaume de l’âme créatrice, dont ce petit ouvrage nous livre quelques clefs. France de Griessen


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