Chapelier Fou ©Romain Gamba - Longueur d'Ondes 73

La vie de groupe

S’il règne toujours sur son cabinet de curiosités avec son violon, Chapelier Fou a, cette fois-ci, cassé ses propres règles. Il y a peut-être des boucles qui tournent dans son électro, mais bientôt il y aura aussi un groupe avec lui. Mise au point…

Quand on l’a eu ce matin-là au téléphone, il était en train de pester contre ses machines : un ordinateur qui faisait des siennes, un son qui allait de travers, et voilà notre homme qui jurait que non, ça ne pouvait pas se passer comme ça. Il faut dire, à sa décharge, que pour Chapelier Fou, ce genre de couacs a de quoi transformer un beau matin de septembre en fichu tonnerre de Metz : travaillant seul dans son studio, avec ses instruments, ses synthétiseurs et, donc, son ordinateur, le Messin a créé un univers à partir de boucles de sons électroniques et de violons oniriques. Homme-orchestre au centre d’un étrange cabinet de curiosités, il a développé une “musique classique électronique” (cf. LO n°63, avril 2012) qui va chercher du côté de l’électronica et de la musique instrumentale.

Comme Yann Tiersen, auquel il a souvent été comparé à ses débuts, Louis Warynski – son vrai nom – travaille à partir de boucles de violons. Mais quand l’un a souvent passé sous silence sa passion pourtant bien réelle pour  l’électronique, l’autre en a fait dès ses débuts une marque de fabrique. Révélé en 2008, l’étrange personnage qui a emprunté son nom à Alice au pays des merveilles était vu comme “mystérieux” avant de devenir l’un des musiciens français qui s’exporte bien à l’étranger. À croire, vu les voyages de ce garçon et de quelques autres (Tiersen toujours, Pascal Comelade…), que la musique instrumentale française fait des prophètes hors frontières.

TOUT POUR LA MUSIQUE

S’il confie sans rire qu’il « donnerait tout pour sa musique », Louis confesse volontiers son blues face une vie « très autocentrée ». Imaginé comme une thérapie dans « un moment morose » de sa vie perso, Deltas se veut être, au contraire, un troisième disque léger, celui de la « prise de liberté » par rapport aux règles établies jusque-là. « J’ai passé tout ce temps à construire des règles pour pouvoir jouer ma musique seul en live, mais cette fois, j’ai voulu les éclater, ne pas me soucier du nombre d’instruments que je mettais. » Il en ressort un album protéiforme qui saute en dix morceaux de Polish lullabies mélancoliques à un Ticking time très badin, d’une ambiance sautillante (i_o) à une atmosphère inquiétante évoquant les films d’Hitchcock (Carlotta Valdes).

Largement influencé par le label électro Warp à la fin des années 90, Chapelier Fou joue désormais plus de musique qu’il n’en écoute. Dans ses oreilles en ce moment ? « Plus trop de nouveauté », mais de vieux Aphex Twin, les Talking Heads, John Cage… Intarissable sur la musique contemporaine, il cite aujourd’hui plus volontiers en exemple le « piano préparé » de ce même John Cage ou de la « synthèse granulaire » de l’architecte-compositeur Iannis Xenakis, que le DJ Amon Tobin.

PLUS DE CHOSES À VOIR

Pour explorer ces nouvelles directions sur scène, Chapelier Fou a formé un groupe. Alors que jusqu’à présent il était le démiurge de son pays merveilleux, trois compères l’accompagneront désormais au violoncelle, à l’alto et à la clarinette. Toujours au violon et aux synthés, Louis sera l’organisateur de ce monde singulier. « Ce sera plus orchestré et visuellement, il y aura plus de chose à voir », assure-t-il, tout en précisant qu’il n’y aura pas de vidéos (cf. ci-dessous). Ce qui tombe plutôt bien car, ici, la musique permet de se faire son film.

LA RÉVOLUTION NE SERA PAS VIDÉO

L’univers cinématographique de Chapelier Fou pourrait tout à fait se prêter à des projections vidéo, mais le garçon a préféré laisser la scène aux musiciens. Explications à deux niveaux : « Faire de la vidéo, pourquoi pas ? Mais il faut qu’elle ait une réelle pertinence et pour moi, les créations vidéo sont très souvent superflues. Et puis, plus prosaïquement, on est quatre sur scène et l’industrie du concert étant ce qu’elle est, on n’a pas les moyens d’engager une personne en plus. C’est atroce de raisonner en ces termes-là, mais c’est la réalité : quatre musiciens sur scène, cela fait quatre personnes à payer. »

>> Site de Chapelier Fou

>> Chronique Deltas

Texte : Bastien Brun / Photo : Romain Gamba


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