Fantazio

Punk attitude

Retrouver le brut à travers la musique, dans une forme toujours fluctuante et compromise à la fois dans la performance et l’improvisation, semble l’épine dorsale du travail de Fantazio. Enfant du punk, il l’est sûrement : « Toute ma vie de 12 à 20 ans a été marquée par ce mouvement. Jusqu’à ce que j’aille jouer en Chine et que toutes mes références volent en éclats ». Ses débuts se font dans la rue, seul et interventionniste au possible, il choisissait un lieu public et y jetait des chapelets de cris soutenus par sa contrebasse. « J’étais encore moins organisé qu’un groupe punk : pas de matériel, pas de disque, pas de préparation, pas de lieux, pas de paroles, pas de structure… Ce n’étaient que des cris dépouillés, des voix qui m’habitaient. »

Le punk c’est bien sûr une esthétique et une poétique de la subversion, plutôt difficile à retrouver à notre époque. Dans le travail de Fantazio, elle n’est pas présente uniquement dans sa recherche musicale mais également dans un rapport à l’espace, toujours bousculé, réinventé. C’est presque de manière inconsciente, sous la forme de réminiscences, de « traces camouflées ». Lorsqu’il se produit dans des salles de spectacles, il existe toujours un moment de brisure, où les références sont bousculées voire abolies. « Avant certains spectacles, il m’arrive d’aller masser un spectateur, comme ça. Je sais que le concert sera meilleur, que je serai ouvert, disponible. Parce que c’est ça aussi, le punk : une recherche d’ouverture. Même si aujourd’hui c’est devenu un petit milieu assez fermé. » On retrouve ici une des idées qui lui sont chères : « transformer la rue en gigantesque appartement, déconstruire et désacraliser l’espace ».

Dans le collimateur de… FANTAZIO from Theatre Auditorium de Poitiers on Vimeo.

En dépit de ses shows déchaînés, de son corps couverts de tatouages et du brut de sa contrebasse, la question de savoir ce qu’est devenu le punk aujourd’hui l’embarrasse un peu : « Si tu l’extrais de son contexte politique et social, tu te retrouves avec une sorte de squelette décharné, une carcasse sans rien dedans. En plus Il ne faut pas oublier qu’il s’est construit contre la sophistication du jazz. On peut peut-être le retrouver comme une mutation dans les mouvements technos de l’époque Thatcher. Ils organisaient tout eux-mêmes et la musique allait avec une esthétique générale et un mode de vie. Le hip-hop ensuite était un peu dans la même veine. Ce sont des réinventions du monde. ».

La sophistication existe encore aujourd’hui, à travers les écoles d’ingénieur du son où l’on enseigne que tous les instruments doivent être distinctement (et proprement) entendus, ce que Fantazio appelle la « tentation du beau ». Si la musique expérimentale et improvisée pourraient être vues, au titre de leur opposition à cette sophistication, comme les avatars contemporains du mouvement punk, elles n’y parviennent pas tout à fait. « Le milieu expérimental est habité par une sorte de rêve de la musique brute, instinctive, mais il est parasité par un trop plein d’érudition. Et la musique improvisée suit aussi des règles de structure parfois extrêmement précises. »

Fantazio

Cela étant, la musique improvisée et l’improvisation à une plus large échelle, est un des moyens auquel cet artiste aux mille facettes a recours pour rechercher ce que le mouvement punk prônait : « Retrouver le brut, l’instinct, avec un minimum de moyens techniques ». Pour Fantazio, il s’agit quasiment d’une quête mystique : « C’est la recherche du sacré dans un monde rationnel, une quête de vie primitive. L’improvisation, c’est pour moi l’occasion de me sentir hanté, de me dépouiller, de rechercher un truc enfantin de régression. C’est en s’abandonnant, en se vautrant, que l’on retrouve des instincts, même dans le dégoût ou dans la merde, tu peux retrouver du frais. ».

La lecture du « no future » comme une apologie de l’autodestruction et de la violence lui semble facile et un peu rapide. Poétiquement, il le traduit par un procédé à « l’aveuglette », qui n’a donc de fin que la démarche elle-même pour l’éventuelle émergence de quelque chose, contre les stratégies de visibilité qui régissent le monde de la musique. « Le punk aujourd’hui ce serait d’avancer dans le noir, s’enfoncer dans une situation d’aveuglette, en attente de lumière : je joue, je joue, je joue. Sans stratégie. À force, ça fera naître quelque chose. »

Lise Facchin

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