Féfé, carrière tout seul

Après l’aventure Saïan Supa Crew, l’envie de faire de la musique est restée. Dans son album « Jeune à la retraite » paru fin 2009, Féfé semble plus mature et clame qu’il n’a « pas le temps pour le dancefloor ». Il nous invite « dans sa rue » et son univers entre hip-hop, groove et soul. Il aurait pu intégrer un autre groupe, mais il s’est décidé à poursuivre la route ; sa route, qui l’a mené dans les festivals d’été. Pour Longueur d’Ondes, il revient sur son expérience en solo.

Qu’est-ce qui a changé depuis ta lancée en solitaire ?
Beaucoup de choses ! Avec Saïan, chacun écrivait ses textes et on était ensemble pour faire la sélection. Le fait d’être à plusieurs permettait de se sentir plus fort. Maintenant j’ai davantage de pression. Quand tu es tout seul, tu vas au bout de toi-même ; tu décides tout de A à Z. La plus grande difficulté est d’assumer mes choix et je me demande sans cesse ce que vont penser les autres.

En cette période plutôt morose, l’aventure n’est-elle pas un peu risquée ?
La crise du disque n’a pas modifié mes choix. D’ailleurs quand j’ai fait cet album je n’étais sur aucun label, vraiment nulle part ! Même sans être hyper médiatisé ni vendre beaucoup de disques, je pense que la vérité est sur scène. C’est ce qui compte le plus pour moi : tourner, chanter car tu ne peux pas mentir, tu donnes tout ce que tu as.

On parle souvent du rôle que les artistes sont sensés jouer dans la société, surtout dans les moments de tension ; quel est ton sentiment ?
Je ne pense pas que nous ayons un rôle à jouer en soi. On fait passer des sentiments partagés par d’autres sans que ce soit forcément politique. Nous sommes des relayeurs de pensées en quelque sorte. J’ai aussi conscience que je peux influencer les gens avec mes textes, j’essaye donc d’écrire le moins de conneries possible !

Pourquoi as-tu fais le choix de chanter en français ? Envisages-tu de t’exprimer dans d’autres langues ?
Pour ma part j’utilise le français pour me faire comprendre et parler des sujets de société locaux. J’ai envie de toucher les gens même si parfois je trouve que c’est une barrière pour voyager. Et puis j’en avais marre de ces Français qui chantent en anglais pour se donner un genre et chercher la facilité. Originaire du Nigéria et bilingue anglais, je ne ressens pas l’envie de défendre des textes dans cette langue pour l’instant. Mais je ne ferme aucune porte. Si un jour je fais un disque sur l’Afrique je le ferai sûrement en anglais pour pouvoir être compris dans mon pays d’origine.

Quels sont tes projets ?
J’ai toujours peur de m’ennuyer alors je continue à m’associer à d’autres artistes, comme Sir Samuel, également un ex-Supa Crew. C’est juste pour essayer d’autres choses, pour délirer un peu et toujours avancer. Tant qu’il y aura de la scène, je serai heureux !

Lise Amiot
Photos : Roch Armando


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