Le Bal des Enragés


Entrevue avec Niko de Tagada Jones


Du punk en 2010 ? Ça parait anachronique, et pourtant… Niko, chanteur et guitariste des
Tagada Jones et initiateur du projet, nous présente le concept du Bal des Enragés.

A la base,  « Au Pont du rock », un festival qui fêtait ses 20 ans l’été dernier, leur a proposé une carte blanche. Les Tagada ont sauté sur l’occasion pour inviter plusieurs groupes à les rejoindre sur scène après leur concert, et « Ils ont tous dit oui ! » se rappelle Niko en souriant. En tout, quatre groupes ont répondu à l’appel : Lofofora, Punish Yourself, Black Bomb A et Parabellum. « Evidemment, ça n’a pas été simple de coordonner l’ensemble : « On a tous appris pleins de morceaux la veille, on ne savait pas trop quoi faire ni ce que ça allait donner », raconte t-il. Une fois sur scène, ils sont 30 à s’amuser comme des fous, et la sauce prend. Si bien que décision est prise de poursuivre l’aventure. « Le Bal » est ainsi né. Niko explique les raisons du succès par le « côté roots, pas du tout formaté » du concert. En cassant ainsi les règles du spectacle traditonnel et en se jouant des valeurs établies, les membres du projet adoptent un esprit punk, presque inconsciemment. « Mais on a toujours eu cet esprit en nous, donc le recréer s’est fait naturellement », précise t-il.

La prise de risque fait partie intégrante du concept. Dans leurs groupes respectifs, la routine guette. « Là au moins il n’y a pas ce problème ! », résume Niko. « On voit ça comme un nouveau défi, la mise en danger sur les interprétations est stimulante. Avec ce mélange de musiciens et de styles, de nouvelles sensations sont éprouvées en permanence. »

Le Bal des Enragés

Niko de Tagada Jones

Mais au fait, qu’est-ce que ça veut dire être punk aujourd’hui ? C’est loin d’être évident pour l’observateur extérieur, interpellé par cette démarche. « Le punk maintenant n’a pas la même signification, c’est devenu quelque chose d’établi, d’officiel. Il n’y a donc plus cette nouveauté qu’il y avait à l’époque, et on n’avait pas envie de copier ce qui s’est fait alors », explique Niko. Il constate aussi que la période est différente, car il y avait plus de libertés dans les années 70, notamment pour la presse. A son tour de poser une question fondamentale : pour combien de temps encore les artistes pourront dire ce qu’ils veulent ? Pour autant l’idée première n’est pas politique, « Il s’agit surtout de s’amuser sur scène et de lutter contre la morosité », souligne t-il. D’ailleurs, il s’agit d’une entité particulière nullement figée. Le projet va au-delà du punk en proposant un hommage à l’alternatif en général. La troupe fait un clin d’œil non dénué d’humour à Brel, « ce punk dans l’esprit avant l’heure » avec une savoureuse reprise d’« Amsterdam ».

Niko retrouve parfois plus de points communs dans les idées défendues par une certaine partie de la chanson française, comme les Ogres de Barback, les Têtes Raides ou Noir Désir, que dans des groupes se réclamant du punk. Il existe bien un pont entre les genres musicaux autour d’un même état d’esprit. Quand on l’interroge sur le nom choisi, la réponse est toute trouvée : « C’est exactement un bal version rock & roll, ni plus ni moins ».

Effectivement, dès le début du concert, les chanteurs annoncent la couleur : « Un joyeux bordel du début à la fin ». Plusieurs générations se croisent sur scène pour un ensemble de reprises de leurs groupes fétiches, comme the Clash, the Stooges, Sex Pistols, the Ramones ou encore Rage Against The Machine. C’est un bon moyen de réviser ses classiques et de se mettre à jour. Le punk français est également à l’honneur avec une reprise de « Vive le feu » des Bérurier Noir, « Ce soir c’est noël » des Wampas ou encore « Fistfuck playa club » des Ludwig. La prestation scénique est complètement délirante, et le public en redemande. Même sans être un fan absolu de ce genre musical, l’expérience vaut le coup pour son originalité et la puissance dégagée.

Ce qui est intéressant dans ce collectif c’est qu’il n’y a pas de star. Personne ne se met en avant, tout le monde a sa place sur scène. Il ne s’agit pas de rivalité mais d’échange serein. Pour preuve, les artistes se retrouvent à la fin du concert au bar avec le public.

Le Bal des Enragés

Niko a d’ailleurs été surpris par les spectateurs : « J’ai été étonné de la complicité entre les classes d’âge ». En moyenne les concerts attirent 500 personnes, preuve que les gens « ont encore le réflexe de se renseigner et sont attirés par l’underground ». Il est conscient que ce n’est pas la musique la plus à la mode en ce moment, mais cet engouement lui laisse penser que « l’alterno » peut revenir sur le devant de la scène. Il trouve que l’époque actuelle manque de groupes fédérateurs prônant la rébellion sociale et proposant des alternatives. Les rave party sont pour lui un bon exemple pour illustrer l’envie de gens de sortir des cadres. Son analyse est pertinente et balaye le scepticisme de départ. Créer un collectif, faire des choses n’importe comment, c’est tout à fait dans l’air du temps.

Seront-ils les précurseurs d’une nouvelle vague ? Ce qui est sûr c’est qu’une tournée de 16 dates est prévue, avec notamment des festivals cet été et un concert aux Francofolies de Montréal en juin.

Lise Amiot

Photos : Marylène Eytier

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