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Graine d’auteur

Encore peu connu dans nos contrées, Antoine Corriveau est une star chez lui, au Québec. Son nouvel et quatrième album Pissenlit, le premier distribué en France va enfin réparer cette injustice. 

Depuis Les ombres longues paru en 2014, Antoine Corriveau est devenu l’un des artistes québécois majeurs. Les récompenses se sont accumulées : nominations au Gala de l’Adisq, finaliste du prix Félix Leclerc, lauréat du prix André “Dédé” Fortin pour artiste émergent au Gala de la Spacq, album indie-rock au Gala des Gamiq : « Ces prix font plaisir même si je suis un peu mal à l’aise avec le contexte de compétition. Malgré tout, je comprends les raisons d’organiser ces prix même si je n’y accorde au final pas trop d’importance car cela reste quelque chose d’éphémère. Pour moi, c’est tout autant important d’avoir un contact direct avec les gens qui t’écoutent via les réseaux sociaux… »

En cette année 2020 si particulière, Antoine sort un nouvel album Pissenlit qui montre un artiste d’un grand éclectisme musical capable de passer d’un morceau piano-voix à un style quasi-punk. Il faut dire qu’au Québec, les classifications musicales n’ont pas la rigidité qu’elles possèdent dans l’Hexagone : « La chanson et le rock ne sont pas des trucs séparés chez nous. Une chanson reste une chanson. Après, on l’arrange comme on veut. Tout cela a toujours cohabité dans ma tête et c’est encore le cas aujourd’hui. Nous sommes autant influencés, de par notre position géographique, par la chanson française que par le rock américain. Chez vous aussi, on peut d’ailleurs mélanger rock et chanson. C’est le cas chez pas mal d’artistes français : Gainsbourg, Bashung, Noir Désir ou Mickey 3D, par exemple. »

 

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Ce disque enregistré entre avril et novembre 2019 est le premier que l’artiste produit dans son home-studio : « Cela m’a donné une grande liberté. Je n’avais pas de studio à payer. J’ai pu prendre mon temps, expérimenter des choses. J’ai commencé l’enregistrement en faisant des beats. Du coup, j’ai composé différemment de ce que j’ai l’habitude de faire. Les guitares sur l’album sont parfois des accidents mais je les ai gardés car je trouvais que cela sonnait bien. »

Avec ce nouvel opus, Antoine Corriveau délivre sans doute son disque le plus personnel, influencé pour une grande part par ses virées en voiture : « Je me suis promené à travers le Québec pour la musique mais également pour le plaisir. J’ai fait le tour de l’Abitibi, de la Gaspésie. Faire ce road-trip m’a plongé dans un état contemplatif. J’ai réfléchi à la façon dont je m’inscrivais dans ce territoire. C’était un peu comme une recherche documentaire. Les pissenlits que tu trouves dans le titre de l’album évoquent cette fleur qui est l’une des premières que l’on cueille ici à l’enfance. En me questionnant sur le territoire, j’ai pensé aux premières nations. Ces pissenlits peuvent être considérés comme de mauvaises herbes par bon nombre de gens. C’est malheureusement comme cela que nous avons traités les premiers peuples. »

 

 

Antoine a aussi retrouvé le côté chaotique de ses vingt ans s’amusant à faire cet album à partir de collages : « J’ai assemblé des trucs puis après cela, faisais une voix, un piano. J’ai tout fait avancer en même temps, sans savoir quand je finirai. Heureusement, le label m’a parlé de la date de sortie ce qui m’a mis une certaine pression pour le terminer. La deadline m’a obligé à accélérer les choses. C’était la première fois que je produisais un album seul. J’avais gagné une certaine confiance ces dernières années en produisant d’autres artistes mais ne l’avais pas encore fait pour moi. On peut parfois écouter la musique comme fond sonore. Là, je voulais que l’on fasse attention à ce que l’on va entendre. »

PIERRE-ARNAUD JONARD
Photos : Marc-Etienne Mongrain 

 

Antoine Corriveau - Pissenlit

Pissenlit – Secret City Records

 

Il y a ceux qui colportent un vœu, confié dans un souffle à leurs aigrettes légères, ceux qui survivent à tout prix et s’adaptent toujours, et puis… il y a ceux qu’on mange par la racine. Ils ont probablement fleuri, ces pissenlits, les fossés des routes où ce quatrième album fut pensé, dans un trip automobile à travers les paysages du Québec. Il en résulte ce dialogue homme-machine-territoire, récurrent dans les textes et les sonorités, mais surtout un sentiment général de liberté. Comme si l’Antoine Corriveau sombre, torturé, dérivait vers une folie émancipatrice, ludique et souvent colérique. Quitte à s’entourer simultanément de cinq batteurs, quitte à explorer des terres carrément punk (“Ils parlent”) avant de se rasseoir, presque seul au piano le temps d’un au revoir (“Disparition”). En Frankenstein amoureux il tente, bidouille avec brio des textures sonores et dans ce chaos grouillant de vie, chaque instrument, chaque phrase revendique une volonté propre.

BENJAMIN PASCAL

>> Le site d’Antoine Corriveau


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