Louis Jucker

L’autodidacte

Star de l’underground suisse, Louis Jucker est un musicien talentueux et passionné. Son nouvel album Something went wrong en est la plus belle des preuves. Un disque qui devrait lui valoir un public plus large dans l’Hexagone.

Si la Suisse a une image de pays conservateur, la Chaux-de-Fonds est peut-être l’exception qui confirme la règle et c’est sans doute pour cela que Louis Jucker s’y sent si bien : « C’est une ville où il se passe beaucoup de choses. Il y a un esprit marxiste très fort ici. De nombreuses choses sont basées sur l’entraide. Tu trouves beaucoup de musique bruitiste en ville : hard, punk, metal, black-metal. Il y a plusieurs bons labels comme Burning Sound Record, par exemple. Il y a une très belle énergie à la Chaux-de-Fonds. On avait envie de créer ici, de rester ici. » 

Louis Jucker est devenu depuis maintenant plusieurs années l’une des figures marquantes de la scène underground et DIY suisse et son nouvel album confirme son immense talent. Un disque extrêmement sobre fait chez lui, isolé dans les montagnes. Un album de folk épuré sur lequel il n’y a presque pas de post-production et qui sonne très lo-fi : « J’écoute beaucoup de folk. Je fais ce type de musique depuis dix ans maintenant. Lorsque j’écris tout seul dans un chalet c’est ce style qui sort. La folk, c’est la recherche de la sincérité, c’est vouloir créer quelque chose d’universel par rapport à ce que l’on vit. Je baigne dans Neil Young, Nick Drake. J’ai fait ce disque avec du matériel des années 80. L’instrumentation est simple. Je l’ai enregistré dans les mêmes conditions que Eight organ songs que j’avais sorti en 2013. C’était une façon de boucler la boucle. »

Parallèlement à cette carrière folk, Louis Jucker continue de jouer dans le groupe post-hard-core Coilguns et a été membre plusieurs années durant du combo post-metal The Ocean : « Je jouais et étais ami avec Luc Hess depuis de nombreuses années lorsqu’il est entré dans The Ocean. Il m’a proposé de rejoindre le groupe en tant que bassiste. J’ai été auditionné, et j’ai été pris. Cela a été une super école. Mais nous n’étions pas à la base du projet. Nous étions plutôt comme des musiciens de studio. On a appris à travers cette expérience que si on voulait arriver quelque part il fallait s’en donner les moyens. »

 

 

Louis ne comprend guère que l’on puisse s’étonner d’un si grand éclectisme musical, de sa capacité de passer en un temps trois mouvements d’une folk épurée à la Nick Drake à du hard-core ou à du post-metal : « Nous sommes à une époque de grande liberté créatrice. J’aime essayer plein de trucs différents. Je suis étonné lorsque des artistes ressentent le besoin d’avoir une étiquette. On a l’impression que l’industrie musicale, si celle-ci existe encore, essaie de cibler l’auditeur. Moi je m’en bats totalement de tout cela. Je suis un peu naïf face à l’industrie ou aux genres musicaux. Je fais ce dont j’ai envie au moment où j’en ai envie. En formant notre propre structure Hummus Records nous avons acquis une grande liberté. Nous vivons avec peu d’argent par rapport à la moyenne suisse. Nous travaillons comme une sorte de société parallèle. C’est grisant. Nous pouvons sortir des disques de rap bizarre, de blak-metal, de folk ou de jazz expérimental sur le même label. Je suis curieux de tout. J’aime les disques où les gens hurlent, où l’on chante un peu faux, des trucs où il se passe quelque chose. En ce moment, j’écoute autant Kunz que John Zorn, autant de vieux Shellac que Duke Ellington ou Gene Krupa. Je ne crois pas que le public ne veut écouter qu’un seul style de musique. »

Something went wrong – Hummus Records

>> Le site de Louis Jucker

PIERRE-ARNAUD JONARD


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