Seeds of Mary © William Lacalmontie

« Ne pas entrer dans des cases »

Près de dix ans de carrière pour les Bordelais de Seeds Of Mary qui déboulent aujourd’hui avec un nouvel album, leur troisième, Serendipity. Un disque qui montre que comme le bon vin le groupe se bonifie avec les années. Ce nouvel opus est sans doute celui de la maturité et sera, on l’espère, un tournant dans leur vie artistique.

Longtemps considéré comme une sorte de Alice In Chains français, Seeds of Mary a su avec le temps dépasser cette influence première : « C’est un groupe que nous aimons beaucoup mais cette influence est moins présente que dans le passé. Il y a peu d’éléments à part peut-être le travail à deux voix qui ressemblent à ce groupe sur ce nouvel album. Le timbre vocal peut parfois faire penser à Marilyn Manson, moins à celui de Layne Staley. Les riffs et l’atmosphère du disque se situent assez loin d’Alice in Chains, en fait. »

Seeds of Mary depuis ses débuts a su marier grunge et metal mais l’intérêt du groupe réside dans sa capacité à ajouter à ces éléments une pop somme toute assez rare dans ces genres musicaux. Celle-ci est d’ailleurs de plus en plus exacerbée album après album : « Nous avons cette sensibilité pop. Nous adorons tous Pink Floyd, par exemple. Nous les avons beaucoup écoutés donc il y aura forcément des éléments floydiens qui ressortiront dans notre musique. » Cette tonalité pop qui s’affirme offre sur cet opus un morceau comme “Rewind me” que l’on peut imaginer entendre un jour à la radio : « C’est un morceau fédérateur. C’est le single parfait avec une durée de trois minutes trente. C’est vrai que le titre est accrocheur mais au fond il ne change pas fondamentalement de ce que l’on fait d’ordinaire. »

 

 

Avec le temps, le style du groupe s’est affiné : « On se fait plus confiance. On évolue avec nos sensibilités musicales. En plus avec le changement de line-up les choses ont bougé. Il y a à la fois une affirmation de nos envies musicales et une liberté au niveau des arrangements. Nos inspirations ont évolué. Ce disque est plus personnel et nous ressemble beaucoup. Les parties les plus agressives le sont plus qu’autrefois, idem pour les parties plus douces. Nous avons poussé le côté atmosphérique de notre musique, notamment parce que nous utilisons plus de samples que par le passé. »

Si Seeds of Mary est un groupe aventureux, capable d’innover musicalement, il est aussi un bloc tant leur disque s’avère être un mur de béton extrêmement compact : « Notre précédent disque était trop dense. Nous l’aimons beaucoup mais il y a quelques morceaux en trop dessus. Serendipity est plus concis. Notre ingénieur du son voulait qu’il ne dépasse pas les dix morceaux. Cela rend l’album très cohérent. » Les Girondins ont vécu l’accouchement de ce troisième disque avec une certaine facilité : « Nous avons fait l’album que nous voulions entendre sans jamais penser aux enjeux. On a davantage travaillé le mix que d’habitude car celui-ci est arrivé au moment du confinement. Nous n’avions que cela à faire à ce moment-là, donc nous l’avons fait à fond. Le nouveau line-up a aussi permis que l’on ne se lasse pas artistiquement les uns des autres. » Ils s’éloignent aujourd’hui de la noirceur pure pour évoluer vers un univers qui tend désormais davantage vers le clair-obscur : « Il y a une dualité dans cet album. Le précédent était peut-être trop sombre. La musique, les textes, l’art-work, tout était noir. Nous sommes passés à quelque chose de plus nuancé aujourd’hui. »

Dans leur ville de Bordeaux, le groupe est un peu à part : « Il y a trop de chapelles musicales dans cette ville. Il existe un vivier très intéressant mais ça ne communique pas tant que cela. C’est dommage car il y a de très bons groupes rock et metal ainsi qu’une belle scène électro et synth-wave. » À part, ils le sont aussi musicalement car au croisement du metal,du grunge et de la pop : « Nous nous mettons l’étiquette rock metal alternatif. Nous sommes le cul entre deux chaises ce qui a comme inconvénient que les gens ont dû mal à nous cataloguer mais comme avantage de pouvoir jouer sur des plateaux très variés. Nous serons à certaines occasions le groupe le plus dur musicalement de la soirée, à d’autres, le plus doux. C’est le prix de la liberté de ne pas entrer dans des cases. »

Pierre-Arnaud Jonard

Seeds of Mary – Serendipity – Klonosphere

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