Jonathan Personne © Dominic Berthiaume

AURORE BOREALE

Il est rare qu’un artiste soit aussi prolifique que ne l’est le Montréalais. Après avoir sorti l’an dernier deux albums (l’un avec son groupe Corridor et l’autre en solo), il nous offre aujourd’hui son deuxième disque en solitaire. Un album superbe, intimiste, touchant qui prouve si besoin était que Jonathan Personne est un très grand songwriter.

2019 avait été une année pleine pour Jonathan Personne avec la sortie de son premier album solo, la composition, l’enregistrement et la sortie de Junior de Corridor, la réalisation de clips ainsi que son travail d’ illustrateur. Tout cela, plus les incessantes tournées avec Corridor qui les ont menés en Europe et aux Etats-Unis, aura amené le jeune homme au bord du burn-out : « À l’été 2019, j’étais cramé. Je n’ai pas été consulter pour voir si j’étais diagnostiqué burn-out mais je ressentais comme une sorte d’épuisement. Il est fort possible que le côté intimiste de l’album vienne de cet état physique. »

Avec cet album, enregistré en partie à Québec City, Jonathan s’est éloigné de ses habitudes : « J’ai aimé enregistrer hors Montréal. J’étais dans ma bulle dans ce studio, concentré à fond sur le disque. Être une semaine là-bas me permettait de ne penser qu’à la musique. On a enregistré le disque de façon analogique pour qu’il ait un son 70’s. »

Jonathan prouve avec ce deuxième essai solo qu’il est aujourd’hui l’un des plus grands auteurs-compositeurs québécois : « Mon processus d’écriture est différent selon que j’écrive pour Corridor ou pour mes disques solos. J’essaie de rendre les mélodies les plus fortes possibles. Avec Corridor, il y a d’autres musiciens donc le processus d’écriture est totalement différent. » Cette différence fait que ce disque possède une tonalité plus ouvertement pop que celle que l’on peut trouver dans ceux de son groupe : « J’aime la formule pop, celle d’ accords qui peuvent rester en suspens durant six minutes. »

On trouve cette formule appliquée à la perfection sur “Grand Soleil” : « Ce morceau est arrivé par un flash. J’ai tapoté trois, quatre accords sur un piano. Elles fonctionnaient ensemble et ça a donné ce titre. C’est un morceau très personnel avec lequel je sors de ma zone de confort. J’ai toujours composé à la guitare jusqu’à présent. C’était la première fois de ma vie que je composais au piano. Du coup, je m’en suis acheté un. »

 

 

Dans cet album, Jonathan parle bien sûr de cette sensation d’épuisement qui l’a étreint mais également de la fin du monde qu’il décrit d’une manière romantique, notamment sur “Au final”  : « J’avais déjà utilisé cette thématique post-apocalyptique dans mon premier disque : trouver la beauté dans un paysage désolé. » Avec Disparitions, Jonathan ravive le souvenir du Velvet comme celui de Ennio Morricone : « J’adore le Velvet. En ce moment, j’écoute beaucoup Paris 1919 de John Cale. J’apprécie chez ce groupe ce mélange de pureté pop et de sale. J’aime les imperfections dans la musique. Il y a des débuts de chansons des Rolling Stones avec une batterie qui n’est pas parfaite mais qui me parle. J’ai voulu éliminer dans ce disque les éléments moderne et indie-rock que l’on peut trouver chez Corridor ou dans mon premier album solo. Je voulais une narrativité proche du cinéma et un côté plus classic-rock. Au final, il y a un mélange de rock et de western spaghetti qui fonctionne bien. »

Avec la sortie d’un disque aussi beau et intéressant, on pourrait penser que le jeune homme va désormais prendre un peu de repos bien mérité mais c’est mal le connaître : « Il faut que je sorte les choses avant qu’elles ne s’accumulent. J’ai déjà composé des titres pour un futur album solo et on commence déjà à écrire des morceaux pour le prochain Corridor… »

PIERRE-ARNAUD JONARD

Photo : Dominic Berthiaume

Disparitions – Michel Records

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