Le jeudi 27 août 2020, Domaine de Saint-Cloud

On a pris cher. Très cher même… Et pourtant, c’était gratos ! Pas grand-chose aurait pourtant pu nous dissuader d’assister au seul grand festival de l’été. Rock en Seine, c’est habituellement la grand-messe parisienne et un rendez-vous international de rentrée incontournable.

Mais là, Covid-19 désoblige, l’édition de cette année a été remaniée pour la télévision et donc le grand public. Aïe !

Entre pop, hip-hop et R’n’B, le festival de la Porte de Saint-Cloud, recentré rock l’an dernier grâce à The Cure, n’a pas eu à choisir. Il a tapé plein centre, entre Taratata et ratatouille, avec en guest-star l’inévitable Nagui, l’ami des artistes, accompagné de la ravissante Leïla Kaddour, petite amie du chanteur de Radio Elvis – pourtant absent de l’affiche – et muée en élégant pot de fleur.

Sur le papier, la sélection annoncée, avec Benjamin Biolay, Catherine Ringer et surtout Philippe Katerine pour un concert complet pouvait s’annoncer somptueuse. C’était oublier les « compléments », avec une pléiade d’artistes sans grand intérêt issus pour certains de radio-crochet ou de série télévisée. Pour le rock’n’roll, on repassera…

Certes, le début du show pouvait apparaître séducteur avec cette belle reprise au cours de laquelle Catherine Ringer, aux côtés d’une Angélique Kidjo en mode grosse touffe et de Yaël Naïm, ont pu, ensemble, donner de la voix. Et même si elle n’a pas chanté de titres de son répertoire, la moitié des Rita Mitsouko s’est montrée particulièrement à son aise, allant même jusqu’à recadrer, à raison, Nagui après avoir joué un “Now or never” en version multilingue, en hommage à Rachid Taha.

Car ce qui cloché dans cette soirée, c’est justement ce qu’a dénoncé Catherine Ringer : tout avait été orchestré d’en haut, et ne laissait finalement aux artistes que l’espace d’un peu de promotion. À ce petit jeu, certain-e-s (Izia, Pomme, Camelia Jordana, Sébastien Tellier et Charlotte Gainsbourg…) s’en sont sortis mieux que d’autres (Biolay, desservi par des problèmes techniques, Calogero…).

 

 

Mais au-delà de ça, le tout ressemblait davantage à un show télévisé fourre-tout et surproduit qu’à une véritable carte de visite de l’ensemble des festivals français, mis au repos cet été. Et on ne parlera même pas des apparitions, enregistrées ou pas, des illustres rockeuses Valérie Pécresse et de Roselyne Bachelot, en Madonna de service… Bref, mis à part notre Nagui qui confessait avoir souvent eu « les poils », seuls ceux exhibés par Angélique Kidjo ont donné une certaine pilosité à cette trop longue première partie.

Heureusement, un autre poilu, un vrai, arrivait derrière. Philippe Katerine sauvera à lui seul cette soirée de promo, en offrant un bon concert. Entier et en costume. Le chanteur vendéen avait déjà auparavant entonné “Louxor” durant le direct. Il est revenu cette fois pour un set complet, devant hélas un parterre de chaises qui se videront progressivement. La grande majorité du public avait déserté les lieux avec Nagui et France 2…

Mais cela n’a pas empêché le trublion de la chanson française de se livrer à fond, changeant deux fois de tee-shirt animalier du meilleur effet, et allant même jusqu’à enfiler un cache-nez en forme de petit zizi pour émoustiller sans doute la sombre “Marine Le Pen”… De quoi quitter les lieux sur une bonne note et un franc sourire.

 

Philippe Katerine - Photo Patrick Auffret

 

Vivement toutefois le retour, non pas à l’anormal comme le signale malencontreusement le tote bag gentiment offert aux festivaliers invités, mais bien aux vrais concerts. À ce petit jeu, le Rock in the barn, programmé en Normandie les 11 et 12 septembre devrait lui, contrairement à cette soirée multitâches, tenir toutes ses promesses. Mais pas de soucis, on reviendra l’an prochain à Rock en Seine pour une édition espérée moins télévisuelle.

Patrick Auffret et Philippe Guichard

Photos : Patrick Auffret

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