Hermetic Delight © Philippe Mazzoni

Le droit de trêve

Groupe indé, Hermetic Delight, c’est quatre musiciens qui évoluent ensemble depuis la fin des années 2000 à Strasbourg. Zeynep Kaya au chant, Atef Aouadhi à la composition, Nicolas Kientzler le bassiste et Delphine Padilla à la batterie, imprègnent leurs impulsions musicales puissantes et précises de figures inspirantes comme Siouxsie & The Banshees, Bauhaus, Depeche Mode, The Pixies, The Cure, Sonic Youth etc. De même, les comparaisons pleuvent, mais ne les affectent, pas avec Les Cocteau Twins, Chromatics, My Bloody Valentine, Goldfrapp etc. Avec déjà trois EP à leur actif, ils reviennent avec un premier album produit par Charles Rowell (Crocodiles Band) et sur les bons conseils avisés d’Anna Calvi. Groupe sombre auparavant, ils ravivent la flamme d’ambiance comme celle des réverbères de l’urbain et du moderne.

F.A. Cult est un dix titres qui cristallise l’ensemble en une réverbération multi-facettes de la diversité et en même temps de la singularité du groupe. L’acronyme est ouvert à toutes les interprétations. Ils cultivent l’émotion à fleur de morceaux. Dans “Rockstarları” leur « rock anthem » chanté en turc « Ils ne regardent pas, ils n’écoutent pas » chante Zeynep en évoquant le comportement des puissants ou dirigeants hégémoniques, l’esprit en plein ébat de conscience collective. « Zeynep est d’origine turque, et l’anglais est notre héritage de la pop culture en plus d’être la langue avec laquelle on s’exprime entre nous lorsqu’un doute subsiste. Le français est une évidence même si c’est la première fois qu’on l’emploie dans nos paroles. On a voulu rester fidèles à ce que nous sommes, notre héritage. »

 

Hermetic Delight © Philippe Mazzoni

 

“Le parfum de la nuit’’ a la senteur particulière faite d’introspection et de doute et c’est donc la première chanson d’Hermetic Delight en français. Avec des nuances pop à leur palette musicale, ils entament un droit de trêve avec la noirceur lors d’errances nocturnes virant à l’extraordinaire, suite à une rencontre traduite par un alliage à la Bowie ou Prince, pop mais pas trop (“Glassdancers’’). Un torrent de guitare et batterie déferle sur leurs pistes pour porter les harmoniques sièges d’une mélodie conçue d’elle-même ou une frénésie vocale et instrumentale.

Être dans l’ici et l’instant importe au groupe sur le fil de l’atemporelle sensation sonore et vocale. « On recherche ce côté “vibrant” car la musique va être figée sur le support, elle va durer pour toujours. Sur cet album, on a eu la chance d’avoir Charles Rowell à nos côtés, membre du groupe californien Crocodiles. On a fait ensemble un travail d’arrangements “bruitistes” qui vient sublimer l’ambiance de chacun des morceaux. » Jusqu’à un onirisme si confondant que l’on se demande si les guitares et claviers sont rêve ou réalité à la fin de l’album.

Le récent confinement international et temporaire a généré ce type de sensations plus ou moins marquantes et la musique d’Hermetic Delight livrera toutes ces expériences prochainement en scène bien physiquement présente et sans distanciation auditive. « Le monde paraît ralenti, un peu comme lorsqu’on est enfant et que l’on est plus limité, il y a forcément quelque chose d’inspirant là-dedans. Ce qui change, c’est la relation au temps, on se projette moins vers l’avenir. On essaie de vivre au présent et c’est à peu près agréable, surtout par rapport à d’habitude où l’instant présent peut sembler fugace. » Il faut absolument prendre le temps de les écouter.

Vanessa Maury-Dubois

Photos : Philippe Mazzoni

>> Site d’Hermetic Delight


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