Environs

Dernière Bande/Pias

Rodolphe BurgerComplément logique au précédent Good publié en 2017, Environs vient approfondir la verve brumeuse et poétique initiée plus haut, autour du texte de Büchner, Lenz dont on entend ici une nouvelle variation. « Nous sommes des étoiles… des oiseaux… nous traçons une route pour notre âme. » Entre tradition rock’n roll et spéculations électroniques, Burger chante la subtile dissolution de l’anthropocène dans une succession de paysages sonores : d’un côté la rusticité du blues, sa sensation ardente, et de l’autre l’observation de ce qui est déjà là, titres ou textes fameux (Shakespeare, Verlaine, Müller) qui sont alors adaptés, recomposés. Ce que l’on appelle généralement des “reprises” et qui fleurissent partout aux Environs. Des balades/ballades qui redonnent aux mots leur première importance, physique et métaphysique dans ces manières de bricoler la musique des origines : ce “Mushroom” formidablement fondu psyché ou le “Gute nacht” du “Winterreise” de Schubert qui précise le thème : « C’est dans les ténèbres qu’il faut chercher la lumière ». Tout est dans cette demi-conscience des références, cette hybridation avec la terre, les végétaux, les animaux ; là où le regard s’accroche et se décroche, et ne saisit le monde que dans sa fuite, son bref surgissement. Sauvagerie silencieuse où pourtant tout reste minutieux et même pointilleux ; que ce soit les attaques, souvent inspirées, les contre-chants délicats (Sarah Murcia), les collaborations (Bertrand Belin) et les saluades (Christophe sur “La chambre”, revenue de Kat Onoma). Trop peut-être pour ne laisser qu’une place congrue au Burger qui écrit et compose seul : le très réussi “Chant des pistes”. Au final, un disque hybride en forme de nature morte qui joue autant du sentiment de déclin que de celui de résurrection.

À écouter en priorité : “Ba Ba boom time”, “Le chant des pistes”, “Gute”.

ANTOINE COUDER

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