Prudence

LES CONFINÉS DE LA MUSIQUE. ÉPISODE 27

Pendant cette période pour le moins troublée et troublante, Longueur d’Ondes fait le tour des artistes mais aussi professionnels des musiques amplifiées de l’espace francophone (cœur du magazine) afin de parler de la situation et de ses conséquences. Aujourd’hui : Prudence, projet solo d’Olivia Merilahti / The Dø, auteure-compositrice-interprète franco-finlandaise.

La chanteuse de The Dø développe actuellement un nouveau projet : Prudence. Après une première vidéo, “Never with you” magnifique, dévoilée en plein confinement, le voyage cosmique entamé avec The Dø se poursuit… mais en solo.

Contactée par téléphone à Biarritz, en haut de la falaise, où elle confine tranquillement avec sa fille Anita, Olivia sort le moins possible : « Nous essayons de sortir avec notre fille qui a deux ans et demi. C’est très compliqué de ne pas sortir du tout avec un enfant de cet âge-là. Et je m’accorde de temps en temps une ballade toute seule dans la limite du raisonnable. Pendant trois semaines, je ne suis pas sortie du tout. »

 

Prudence

 

Confinée dans un appartement assez lumineux et spacieux, elle ne se plaint pas de ses conditions mais constate  que « travailler, c’est pratiquement impossible. La frustration est là. » Elle vit néanmoins la situation d’une manière oppressante, en interdisant à sa fille de toucher à tout, sans pouvoir l’amener au parc et surtout en l’empêchant de toucher les autres enfants. Pas question pour elle d’aller à la plage, c’est interdit. Mais cela ne la dérange pas plus que ça. « Ce que je préfère c’est la tempête. Moi, la plage ne me manque pas du tout. Si je peux avoir ma demi-heure sous la pluie et dans le vent et rentrer trempée, cela me va. Je préfère cela que d’être à Paris et devoir tourner autour du pâté de maison. »

Actuellement, Olivia vit en fait entre Paris et Biarritz, du fait de ses obligations professionnelles, en l’occurrence la sortie d’un nouvel album, le premier avec son nouveau groupe Prudence. Confinement ou pas, le lancement de l’album éponyme avec le clip “Never with you” n’a pas été remis en cause.

 

 

« Le public est beaucoup devant son ordinateur alors reporter cela n’aurait pas eu beaucoup de sens à mes yeux, même si la musique n’est pas la priorité des médias actuellement. Je suis contente des résultats et des retours que nous avons eus. »

Le projet est en fait prêt depuis longtemps. Prudence a commencé à germer en Olivia à la fin de la tournée 2015 de The Dø. « J’ai eu une envie de m’exprimer seule avec de nouveaux partenaires. J’ai ensuite laissé les choses se développer naturellement sans rien forcer. Il fallait que je trouve ma voix comme ma voie. »

Duo formé avec Dan Lévy, The Dø s’est donc éclipsé sans qu’un point final officiel ne soit posé mais, pour Olivia, après 10 ans d’exclusivité totale de travail, d’expression artistique et de vie commune, ou pas, il y avait un réel besoin des deux côtés de faire autre chose. Et pour elle, c’est donc Prudence : « L’album est prêt. 10 titres en anglais avec un soupçon de français. La musique est terminée mais il reste l’image. C’est très important et cela ne se fait pas en claquant des doigts. Travailler l’image avec la même obsession que la musique, c’est assez nouveau pour moi. Je ne maîtrise pas comme la musique. »

Pourtant, Prudence apparait musicalement et visuellement comme la suite logique de The Dø. Et même si Olivia s’en défend, le voyage spatio-temporel se poursuit avec éclat. « Pour le clip, la science -fiction m’a beaucoup inspiré. Je construis, depuis le deuxième album de The Dø un personnage qui vient représenter la musique. J’adore faire cela. » Inspirée par les mangas ou encore les personnages féminins de Blade Runner, cette nouvelle incarnation d’Oliva fait s’entrechoquer plusieurs icônes ayant toutes le même sens de la mission.

La suite du projet est pour l’instant difficile à envisager. « Il était prévu de commencer les concerts à l’automne pour une petite tournée européenne pour ensuite venir en France fin 2020, début 2021 mais là je pense que tout va basculer début 2021. À moins d’une bonne surprise et de faire des petites salles … » Musicalement, le projet se concrétise vraiment autour d’Olivia. Elle sera seule sur scène avec deux performeurs, sur un modèle électronique. « La danse viendra sublimer la musique mais pas la représenter à 100%. Il y aura quelques instruments. »

En attendant, Olivia propose une reprise d’une chanson de Blake, “Passion fruit”.

 

 

Olivia, ce qu’on vit là, ce virus qui se propage à la vitesse de la lumière et qui met le monde KO, c’était quelque chose de prévisible pour toi ?

Je n’avais pas pensé à cela. Je pense énormément au réchauffement climatique et aux catastrophes écologiques qui nous attendent. Ce qui nous arrive n’est à mon avis qu’un échantillon de ce qui nous attend en termes de catastrophe. Aujourd’hui, en étant maman, j’ai plus des pensées de survie que de confort. Là, je pense où se mettre à l’abri ? Comme je suis très angoissée, j’essaye d’anticiper beaucoup de choses mais cela me fait un peu capoter. Alors j’essaie de rester dans le “au jour le jour”. Je ne pense pas l’avenir dans les villes, pas une grande ville tous cas, mais beaucoup plus près de la nature même si elle risque plus de nous rejeter que de nous accueillir.

 

Prudence

 

Tu crois que tout cela aura un impact durable par la suite, est-ce que la prise de conscience sera suivie d’actes pour minimiser les risques futurs voire les anticiper, ou on reviendra dans le monde que l’on connait parce que l’argent plus fort que tout ?

Je pense qu’après le confinement, cela redeviendra aussi pollué qu’il y a six mois. Paris aura autant de voitures qu’il y a six mois. Tant que le gouvernement ne dit pas qu’il est en guerre contre la voiture et le pétrole, il ne se passera pas grand-chose à ce niveau-là à mon avis.

Ce confinement, c’est l’occasion donnée d’avoir plus de profondeur de recherche, de réflexions. Cela permettra peut-être d’agir, par exemple en changeant de banque car certaines banques financent les énergies fossiles.

Ce confinement, c’est l’occasion de passer du temps avec ta fille ?

Elle est tellement jeune. Je n’ai pas l’impression d’avoir manqué beaucoup d’épisodes dans son développement de bébé. J’appréhendais mais il faut aussi aller travailler. Je la vois aujourd’hui évoluer tous les jours. Je lui en parle en finnois. La voir évoluer à vue d’œil est assez bluffant. Et je fais aussi de la cuisine. C’est assez rigolo de voir comment nous sommes tous connectés par la cuisine aujourd’hui. Je change tous les jours. J’ai par exemple fait du tofu frit. C’était assez réussi. Je suis, à quelques exceptions près, végétarienne.

 

Propos recueillis par Patrick Auffret


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