François Ernie - Stuck in the Sound

Un mal de la société contemporaine

LES CONFINÉS DE LA MUSIQUE. ÉPISODE 22

Pendant cette période pour le moins troublée et troublante, Longueur d’Ondes fait le tour des artistes mais aussi professionnels des musiques amplifiées de l’espace francophone (cœur du magazine) afin de parler de la situation et de ses conséquences… Aujourd’hui : François Ernie du groupe rock français internationalement connu : Stuck in the Sound.

Groupe de rock indépendant français, originaire de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, Stuck in the sound aurait pu choisir un confinement collectif dans leur antre de Montreuil.

Eh bien non, le groupe est éparpillé mais François Ernie est fidèle au poste. « Le studio, c’est notre lieu de travail mais on n’y habite pas. Nous, on respecte le confinement, depuis le début, nous n’avons jamais répété ensemble. Cela nous fait un break. »

Clairement puisque le groupe a l’habitude de composer et d’écrire à cinq. « On ne peut donc plus vraiment faire la musique de Stuck. C’est dommage car nous étions en pleine phase de composition pour un prochain album. »

Pas d’album confiné donc pour les Stucks.

François est resté à Paris, il garde son fils une semaine sur deux. « Je suis le seul à habiter à proximité du studio. Je peux y aller à pied. Je suis le seul à continuer à y aller. »

Les autres sont donc dans la nature : « José est avec sa copine, Emmanuel est également en famille, Arnaud est en Seine-et-Marne, à la campagne et Romain a rejoint ses parents en Bourgogne. »

Séparé, le groupe n’a pas souhaité réaliser de prestation confinée pour Internet. « Cela demande quand même du matériel et cela fait beaucoup de bruit. J’imagine assez mal comment nous pourrions faire de la musique via du streaming live, ne serait-ce qu’à cause du décalage. » Néanmoins, le groupe va revenir sur le devant de l’actualité avec un nouveau clip d’après un morceau extrait de l’album Billy believe…

« Le clip aurait dû sortir plus tôt, juste après le début du confinement mais nous avions tous la tête ailleurs, comme la plupart des gens. Nous n’avons pas jugé malin de le sortir à ce moment-là. » Le morceau s’appelle “Petit chat”. « Ce clip nous a fait bien délirer. Il est basé sur le principe du jeu de tape-taupe futuriste à base d’hologrammes avec un amiral poulpe… » Le morceau est le plus incisif, le plus punk de l’album.

 

 

François, ce qu’on vit là, ce virus qui se propage à la vitesse de la lumière et qui met le monde KO, c’était quelque chose de prévisible pour toi ?

Oui. Il y a déjà eu des épidémies et on sait qu’il y a régulièrement de nouveaux virus. C’est en grande partie dû à la manière dont on transforme l’environnement pour l’exploiter. La mondialisation à outrance fait qu’une fois que le truc est parti cela se répand partout. Alors oui, c’était prévisible même si bien sûr, cela surprend tout le monde. Beaucoup de gens avaient en tête la possibilité de ce genre d’événement.

Est-ce que ce que l’on vit là va changer ou/influencer votre manière de faire de la musique ?

C’est une question que nous nous posons… En termes de discours, de thème et d’émotion, cela va clairement influencer d’une façon ou d’une autre la musique et la composition des prochains morceaux. On prépare un album pour l’année prochaine, on a encore du temps.

Il y a aussi la question des tournées. Pour l’instant, c’est le grand flou.

 

Stuck in the sound en studio
Montreuil le 28 février 2019

Vous angoissez de ne plus faire de scène ?

Je n’ai pas vraiment d’angoisse sur cela. Nous avions des dates au printemps, nous devions notamment faire plusieurs shows au Pérou mais c’est complètement pas possible. C’est triste. Nous avons néanmoins la chance que cela tombe pour nous sur une année de création plutôt que de concerts. Là, on gère au jour le jour, mais on ne s’est pas posé la question de ce que l’on ferait si l’on ne pouvait plus faire de concerts. Ce serait extrêmement triste mais nous continuerons de toute façon à faire de la musique.

Jamais eu envie de tout lâcher ?

Cela traverse l’esprit, c’est clair. Nous avons clairement conscience que ce mal qui nous touche est un mal de la société contemporaine. Le monde va dans une direction dont on sait depuis longtemps que ce n’est pas du tout la bonne. La tentation de se couper le plus possible de ce monde existe ou de s’engager politiquement… Tout cela pose question. A-t-on envie de dépenser des tonnes de pétrole pour faire des tournées de l’autre côté de la terre, est-ce une bonne façon d’agir dans le monde dans lequel on se trouve ? Peut-être pas.

Tu crois que tout cela aura un impact durable par la suite, est-ce que la prise de conscience sera suivie d’actes pour minimiser les risques futurs voire les anticiper, ou on reviendra dans le monde que l’on connait parce que l’argent plus fort que tout ?

Je ne suis pas prophète mais mon choix personnel est que cela ne soit pas le cas, que l’on ne revienne pas du tout au monde d’avant. Hors de question de considérer cela comme un paradis perdu. C’est clairement la voie qui a mené à la catastrophe dans laquelle on est aujourd’hui.

L’industrie de la musique est paralysée, que va-t-il se passer au niveau des scènes locales et indés ?

C’est une énorme incertitude. Si l’on ne peut plus faire de concerts pendant des mois, cela va être un vrai souci pour les scènes indépendantes mais aussi pour les gros. Il y a pleins de façons de continuer quand même à faire de la musique, y compris pour les artistes indépendants. Internet nous permet d’avoir un retentissement mondial. Nous, petit groupe indépendant, on nous écoute partout. Cela reste toujours possible, en tous les cas pour la musique enregistrée.

Si tu pouvais faire un vœu pour demain ?

Que, réellement, cet événement marque une véritable étape de changement et de prise de conscience. Il faut se poser les vraies questions sans toujours remettre à plus tard.

Ta playlist confinement ?

Je suis un peu old school. J’écoute les albums “Abbey road” des Beatles, “Ram”, l’album solo de Paul Mc-Cartney, et aussi différents trucs des sixties.

 

Propos recueillis par Patrick Auffret


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