Eugénie Alquezar - Parlor Snakes

Une envie folle de rejouer

LES CONFINÉS DE LA MUSIQUE. ÉPISODE 7

Pendant cette période pour le moins troublée et troublante, Longueur d’Ondes fait le tour des artistes et professionnels des musiques amplifiées de l’espace francophone (cœur du magazine) afin de parler de la situation et de ses conséquences… Aujourd’hui : Eugénie de Parlor Snakes.

Productrice, bookeuse et figure de proue du groupe Parlor Snakes, Eugénie connaît parfaitement les rouages d’une industrie qui est particulièrement mise à mal en ce moment, mais il en faudrait beaucoup plus pour assécher son amour de la scène et de la musique.

Il y a un peu moins d’un an, Parlor Snakes dévoilait le clip de “Marc Bolan’s fifth dream”, titre alors choisi pour annoncer leur troisième album, Disaster serenades – nom qui résonne aujourd’hui de manière tout à fait particulière pour les raisons que l’on connait -, et qui allait s’avérer être particulièrement réussi. Après une première date au Point Ephémère à Paris à l’automne dernier qui avait permis de constater que les titres du quatuor sonnaient au moins aussi bien en live que sur vinyle, Parlor Snakes était parti sur les routes de France avant d’être contraint à une pause alors qu’ils devaient partager quelques affiches avec Dionysos ou L’Epée notamment. Une parenthèse qu’Eugénie met à profit pour réfléchir sur notre monde et continuer à composer à distance avec Peter K, son compère et guitariste du groupe, avec la ferme intention de revenir sur scène avec une énergie décuplée.

Eugénie, comment vis-tu cette période ?

Plutôt bien aujourd’hui. La première semaine j’ai accusé le coup, mis du temps à comprendre ce qu’il se passait. Du coup j’étais très active, voire trop. Et beaucoup trop sur les réseaux sociaux. Maintenant j’ai l’impression d’avoir trouvé le bon rythme, tout du moins un rythme, entre sport, écriture, chant, lecture et repos. Pour peu, on s’y habituerait presque !

Tu es où là ? Toute seule ?

Je partage une bulle de douceur parisienne.

Ce qu’on vit là, ce virus qui se propage à la vitesse de la lumière et qui met le monde KO, c’était quelque chose de prévisible pour toi ?

J’étais très sceptique au début, quand le virus est apparu et que nous ne savions pas grand-chose sur sa propagation. J’étais surtout agacée par les annulations de concerts. Mais comme beaucoup de monde j’ai changé d’avis. J’ai pas mal de copains en Italie, qui m’ont aussi avertie avant que cela prenne de l’ampleur en France. C’était sans doute prévisible oui, vu les traitements que l’Homme réserve aux animaux et à la planète mais je ne suis pas devin. Et je n’ai vu le film Contagion que récemment… Pour le coup Soderbergh, lui, était visionnaire.

 

 

Pendant cette période, tu as continué à jouer et à composer, est-ce que ta musique a été changée/influencée par ce qui se passe dehors ?

Peter et moi continuons à composer à distance, avec les moyens du bord. J’ai toujours rêvé d’avoir du temps pour écrire, sans être dérangée par mes autres activités, les obligations. C’est le cas aujourd’hui, même si c’est un temps étrange, donc j’essaie de le mettre à profit. Peter m’envoie des tracks, je lui réponds avec une voix et un texte dessus. On devrait avoir pas mal de démos à la fin du confinement.

Ton rapport avec les autres membres du groupe ?

Avec les autres membres on s’écrit, on s’appelle de temps en temps. Je les tiens au courant des reports de dates, et du planning à venir. Car le monde ne s’arrête pas.

Tu angoisses de ne plus faire de live ?

Non, car je sais que c’est juste un moment à passer et qu’il n’y a pas d’autres choix que de l’accepter.

Est-ce que tes concerts ont été annulés ? Comment as-tu rebondi ? Comment envisages-tu tes prochains concerts ?

Beaucoup de nos concerts ont été reportés, donc ça va. Certains sont encore en stand-by, on ne sait pas trop ce qu’il va se passer. J’essaye d’anticiper au maximum. Nous sortirons d’une longue période sans répétitions, ni concerts, donc quand on va reprendre ça va être intéressant. Il va y avoir une envie folle de jouer, d’être ensemble. Une re-découverte des morceaux aussi. Et l’envie de jouer ceux qu’on aura écrits en confinement.

Ça te fait réfléchir différemment ? Est-ce que tu vois les choses sous un autre angle désormais ?

J’espère surtout que nous saurons tirer les conséquences de ce que nous traversons aujourd’hui. Que nos gouvernements se rendront compte de l’importance de la culture et de la santé dans nos sociétés, que les gens ne veulent plus d’un monde gangréné par le profit à tout-va, la croissance, l’exploitation à outrance des ressources de la planète et des animaux.

T’as pas eu envie de tout lâcher ?

Bien sûr que non en ce qui concerne la création. Mais faire autre chose que de la production ou de la tournée de concerts pendant quelques temps ne me poserait pas de problème.

Tu crois que tout cela aura un impact durable par la suite, est-ce que la prise de conscience sera suivie d’actes pour minimiser les risques futurs voire les anticiper, ou on reviendra dans le monde que l’on connait parce que l’argent plus fort que tout ?

Aucune idée. Tant que nous aurons des Trump ou des Bolsonaro le monde n’ira pas bien. Ces gens-là sont des ordures.

L’industrie de la musique est paralysée, quels qu’en soit ses composants et quelle que soit la taille des acteurs qui la composent. Si Live Nation va certainement pouvoir s’en remettre, que va-t-il se passer au niveau des scènes locales et indés ? Tu penses que tout va repartir comme avant, petit à petit, ou au contraire il va falloir repenser certaines choses ?

C’est intéressant car de mon côté, je suis doublement impactée par le confinement et la suspension des rassemblements. En tant qu’artiste avec Parlor Snakes, mais aussi en tant que productrice et bookeuse avec Hot Pants, ma boite de production. L’impact est fort et nous demande de repenser certaines choses, oui, notamment lorsque l’on travaille avec des artistes étrangers ce qui est notre cas majoritairement.
Le virus ne se développe pas avec les mêmes timings dans les autres pays, les décisions sanitaires ne sont pas les mêmes, bref difficile de planifier quoi que ce soit. Ensuite le marché va être inondé à la reprise des activités, et il n’y aura pas beaucoup de place pour les artistes qui ne sont pas hyper connus. Ça, ça me déprime un peu. Il va falloir se battre encore plus pour s’imposer, certains albums n’auront pas eu le temps d’exister sur scène.
De la même manière que le secteur du spectacle a été le premier à subir des restrictions, il me paraît assez évident que le spectacle sera servi en dernier quand nous serons en mode déconfinement. Tout comme le sport.

Ta playlist confinée ? 5 titres.

Led Zeppelin – “The Rain song”
Mazzy Star – “Common burn”
The Stone Roses – “I am the resurrection”
Mark Lanegan – “Bleeding muddy water”
Tom Waits – “Make it rain”

Propos recueillis par Xavier-Antoine Martin

 


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