Eric Falce, My Concubine

Au rythme où vont les choses, nous allons jouer habillés comme Devo.

LES CONFINÉS DE LA MUSIQUE. ÉPISODE 5

Pendant cette période pour le moins troublée et troublante, Longueur d’Ondes fait le tour des artistes mais aussi professionnels des musiques amplifiées de l’espace francophone (cœur du magazine) afin de parler de la situation et de ses conséquences… Aujourd’hui : Éric Falce, le chanteur de My Concubine.

My Concubine fait dans la chanson de tradition française, sur les traces de Gainsbourg et Bashung. La musique de ce chanteur parisien traverse les époques et mêle habilement une voix masculine à une féminine.
Remis en selle avec un quatrième album mature, Quelqu’un dans son genre, avec une nouvelle chanteuse Lizzy Ling, Éric Falce a également été adoubé par Brigitte Fontaine le temps d’une reprise d’une titre bien senti, “Ah que la vie est belle”.

 

 

Ancien musicien punk des années new-wave, Éric a été ébéniste ou encore avocat avant de revenir à la musique à l’occasion d’une crise de la quarantaine plutôt réussie. Il délivre désormais une musique intemporelle qui dépasse les frontières mais pas le confinement…

Éric, comment vis-tu cette période ?

Surtout rester calme… Quand je pense que j’ai traité, avant le confinement, un cave de casanier… Le calme, c’est la base de la réflexion…

Où tu trouves-tu actuellement ?

Je suis à Paris, avec mon fils de 8 ans.

Ce qu’on vit là, ce virus qui se propage à la vitesse de la lumière et qui met le monde KO, c’était quelque chose de prévisible pour toi ?

Oui. Et même facile à prévoir. Indépendamment du fait que de nombreux auteurs d’anticipation avaient écrit sur le sujet, on connaît l’histoire des pandémies. Le SRAS en 2003 était un avertissement, mais les autorités n’en ont pas tiré les leçons de même qu’elles n’ont pas écouté les épidémiologistes tirer le signal d’alarme. La mondialisation, c’est un bouillon de culture où on partage tout, même les virus. Aujourd’hui, ils ne prennent plus la route de la soie, ils préfèrent les jets…

Pendant cette période, tu as continué à jouer et à composer, est-ce que ta musique a été changée/influencée par ce qui se passe dehors ?

Je compose et j’écris les titres du prochain album. C’est assez difficile de créer dans ces conditions, lorsque l’on sait que des gens souffrent, meurent et risquent leur vie à l’extérieur. D’un autre côté, lorsque je me mets à écrire, j’oublie le monde extérieur. Mais ce confinement et ce qui se passe actuellement n’influence en rien mes chansons à venir, ce n’est pas un thème que j’ai envie d’exploiter, d’autres le feront aussi mal que moi…

Est-ce que vous répétez à distance ?

Nous ne répétons pas actuellement. Je suis comme disent pompeusement certains « dans une phase d’écriture »…

Ton rapport avec les autres membres du groupe ?

Je suis en contact avec Loïc Maurin (batterie) et Mathieu Denis (basse) car nous devions jouer en mars à Paris.

Comment as-tu rebondi ? Comment envisages-tu tes prochains concerts ?

Notre concert parisien du 24 mars à La Dame de Canton a été annulé. J’ai rebondi comme une boule de pétanque car il n’y a pas grand-chose à faire dans l’immédiat… Je pense que pour les prochains concerts, au rythme où vont les choses, nous jouerons habillés comme Devo. Nous, et le public bien entendu…

Ça te fait réfléchir différemment ? Est-ce que tu vois les choses sous un autre angle désormais ?

Je voyais déjà les choses sous un autre angle, celui qu’on n’arrondit pas… Cela ne fait que renforcer mes convictions.

My Concubine

 

T’as pas eu envie de tout lâcher ?

Le « lâcher prise » c’est mon truc, ça permet de reprendre les choses en main…

Tu crois que tout cela aura un impact durable par la suite, est-ce que la prise de conscience sera suivie d’actes pour minimiser les risques futurs voire les anticiper, ou on reviendra dans le monde que l’on connait parce que l’argent plus fort que tout ?

J’aimerais qu’il y ait une prise de conscience, mais mon côté misanthrope à tendance à me faire douter de cette possibilité… La plupart des gens retournent vers ce qu’ils connaissent, à savoir pas grand-chose. L’industrie de la musique est paralysée, quels qu’en soit ses composants et quelle que soit la taille des acteurs qui la composent.

Que va-t-il se passer au niveau des scènes locales et indés ? Tu penses que tout va repartir comme avant, petit à petit, ou, au contraire, il va falloir repenser certaines choses ?

Au niveau des petits indés comme nous, les choses ne vont pas foncièrement changer. Il sera toujours aussi difficile de contacter et convaincre des programmateurs. Quant aux grosses structures, elles redémarreront doucement dès lors que le public pourra fréquenter à nouveau les grandes salles sans peur d’être contaminé… C’est un peu à l’image des petits artisans et des grandes sociétés. Mais j’ai bien peur que rien ne change véritablement. Les gens déclarent aimer les petits producteurs indépendants et font leurs courses dans les grandes surfaces…

Si tu pouvais faire un vœu pour demain ?

Que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes ridicules.

Ta playlist confinement en cinq titres.

“Toiler on the sea” (The Stranglers)
“Marquee Moon” (Télévision)
“La tendresse” (Bourvil)
“Indagine su un cittadino al di soppra di ogni sospetto” (E. Morricone)
“I’m only sleeping” (The Beatles)

Propos recueillis par Patrick Auffret.

 


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