Red Money

Le parfum du live n’en sera que meilleur

LES CONFINÉS DE LA MUSIQUE. ÉPISODE 4

Pendant cette période pour le moins troublée et troublante, Longueur d’Ondes fait le tour des artistes et professionnels des musiques amplifiées de l’espace francophone (cœur du magazine) afin de parler de la situation et de ses conséquences… Aujourd’hui : Arnaud Dussiau de Red Money.

Après 2 albums, le duo tourangeau composé d’Arnaud et Laure décidait l’année dernière de partir pour d’autres horizons, répondant à l’appel de l’Ouest et plus précisément de Nashville. Cette envie d’ailleurs n’est pas nouvelle, les Red Money étaient déjà partis en reconnaissance dans la capitale du Tennessee il y a quelques années, le temps d’enregistrer quelques titres au Bomb Shelter et de faire leurs premières scènes au High Watt, endroit névralgique de la scène locale, qui, n’en déplaise aux croyances les plus tenaces, fait la part belle au rock. De retour sur place depuis août dernier et avec cette fois la ferme intention d’y rester un bon moment, le duo promenait infatigablement son rock garage sur les scènes du pays de l’Oncle Sam, de Cleveland à Louisville en passant par Indianapolis, jusqu’à ce que le virus stoppe son élan. Quand Longueur d’Ondes avait rencontré les musiciens en 2018 juste après la sortie de Shake, Burn & Love, leur deuxième opus, Arnaud confiait déjà ses réflexions sur un monde « qui ne peut pas indéfiniment continuer à tourner comme ça. » Prémonitoire, isn’t it ?

Comment vis-tu cette période ?

Je la vis plutôt bien dans le sens où j’ai la chance d’être en bonne santé, d’être bien entouré, de vivre dans un endroit agréable et de ne pas m’ennuyer. J’ai aussi la chance de n’avoir aucun proche gravement touché. Donc ça fait relativiser par rapport à la situation de beaucoup d’autres personnes.

Tu es où là ? Tout seul ?

Je suis chez moi à Nashville avec ma copine et nos 2 colocataires.

Ce qu’on vit là, ce virus qui se propage à la vitesse de la lumière et qui met le monde KO, c’était quelque chose de prévisible pour toi ?

Je pense que c’était quelque chose de prévisible, oui. La mondialisation et le libre échange poussés à l’extrême font que nous devenons plus vulnérables à ce genre de crise car le monde est hyper-connecté et en flux tendu. Je conseille vivement le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens Comment tout peut s’effondrer qui explique bien cela.

 

 

Pendant cette période, tu as continué à jouer et à composer, est-ce que ta musique a été changée/influencée par ce qui se passe dehors ?

Nous continuons à jouer et composer de la même manière qu’avant. On passe juste plus de temps sur la compo et l’écriture des textes car nous n’avons pas de concerts à préparer. Mais on continue à faire tourner les morceaux du set aussi histoire de garder la forme! Et ce qui se passe dehors nous influence un peu forcément, cette période amène à une réflexion encore plus poussée sur le monde qui nous entoure, donc ça doit jouer.

Tu angoisses de ne plus faire de live ?

Cela manque c’est certain car nous avions un rythme assez soutenu ces dernier temps et avons dû annuler toute notre tournée du mois d’avril. Cela étant, je ne crois pas qu’il faille trop angoisser et tomber dans la psychose, le live va revenir et nous l’apprécierons d’autant plus ! Ce sera une belle soirée quand on va pouvoir rejouer, il y aura un parfum spécial qui sera vraiment cool je pense.

Tu crois que tout cela aura un impact durable par la suite, est-ce que la prise de conscience sera suivie d’actes pour minimiser les risques futurs voire les anticiper, ou on reviendra dans le monde que l’on connait parce que l’argent plus fort que tout ?

C’est une très bonne question à laquelle il est difficile, voire impossible de répondre. Une partie de moi espère que notre monde va changer et qu’on va enfin entamer une vraie politique contre le réchauffement climatique et la destruction de notre environnement. Mais une autre partie a bien peur d’un effet rebond, que cela reparte de plus belle et que sous prétexte de la relance économique on oublie complètement les objectifs climatiques et écologiques.

L’industrie de la musique est paralysée, quels qu’en soit ses composants et quelle que soit la taille des acteurs qui la composent. Si Live Nation va certainement pouvoir s’en remettre, que va-t-il se passer au niveau des scènes locales et indés ? Tu penses que tout va repartir comme avant, petit à petit, ou au contraire il va falloir repenser certaines choses ?

Honnêtement, je ne suis pas trop inquiet pour la musique indé et les scènes locales. Il y aura toujours des musiciens pour jouer et des lieux pour accueillir groupes et public. Mais malheureusement, il est possible que certaines petites salles, je pense aux bars-concerts, ne survivent pas à cette crise et ça c’est vraiment triste car il a y beaucoup de ces lieux auxquels les musiciens locaux sont très attachés et qui ont tous de belles histoires.

Ta playlist confinement : 5 titres.

Mississippi John Hurt “Boys you’re welcome”
Car Seat Headrest “Cosmic hero”
Silver Jews “Honk if you’re lonely”
Suicide “Dream baby dream”
Erik Satie par Axel Gillison “Gnossiennes”

 

Propos recueillis par Xavier-Antoine Martin

 


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